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Le “Strip-Tease” de l’huissier (1/2)

DailyUne | Réalités Par | 26 avril 2010

Huissier de justice. L’un des métiers les plus détestés de France. Faut dire qu’aller racketter les gens à leur domicile, on a vu plus gratifiant. Du coup, normal que quelques-uns d’entre eux se fassent poursuivre à la tronçonneuse (souvenez-vous)… DailyNord, amateur de sensations fortes, a décidé de suivre la journée de Jean-François Waeselynck, huissier en Flandre,  pour voir si de tels êtres méritaient une once de sympathie…

[singlepic id=1142 w=320 h=240 float=left]Une petite bicoque en bord de route. Les camions défilent. Impossible de s’entendre : « Vous nous faîtes entrer ? » Bon gré, mal gré, la dame, la soixantaine, nous invite dans son séjour. Petite maison nordiste. Au fond dans la cuisine, le mari. Regard colérique. L’huissier ne se démonte pas. La discussion s’engage. Tranquillement. « Je viens pour votre fille ». « Oui, je sais. Mais elle a payé. » « Ah, oui, c’était quand »… Et blablabla, et blablabla. La mère accepte difficilement de donner le numéro de portable de la fille pour que l’huissier voit directement avec. Huissier qui jette un coup d’oeil au mur où se trouve un cadre. « Tiens, c’est le carreau de mine de Verquin ? » Le mari qui s’est rapproché : « Oui, c’est bien ça. Vous connaissez ? » « Mes grands-parents étaient mineurs. » « Mon père aussi. » Gagné, l’atmosphère se détend…. Et le père s’explique : « Moi, je n’ai pas élevé ma fille comme ça. Ce n’est pas à vous que j’en veux. C’est à elle. Elle doit régler ses propres affaires. » Sauf que la demoiselle s’est remariée et que son mari ne veut rien savoir de son passé. Du coup, le passé arrive toujours par courrier chez papa et maman.

« Vous avez un problème psychologique ? »

Jean-François Waeselynck. 44 ans, père de famille, trois enfants, Dunkerquois qui a repris une étude à Hazebrouck en Flandre. « Marre de la ville, des tours d’immeubles.  Je cherchais autre chose. » Depuis trois ans, après quatorze années sur le littoral, plusieurs fois par semaine, il sillonne donc les routes de Flandre. Les bras chargés de dossiers. Des saisies, des convocations au tribunal, tout ce que vous n’aimez pas recevoir chez vous. Drôle de métier. « Oui, drôle de métier. Je reçois souvent des jeunes stagiaires qui me servent le discours : « J’ai toujours voulu être huissier. » Je leur réponds : « Mais vous avez un problème psychologique ? Vous voulez faire du mal ? » » Cash, l’huissier Waeselynck qui plus jeune se rêvait en inspecteur du travail ou aux impôts. « Jusqu’à ce qu’en fac de droit, un huissier me parle de son travail. Là, j’ai compris que c’était pour moi… Rencontrer des gens, discuter avec eux. En fait, appréhender les choses avec un côté humain…»

Pervers donc notre huissier ? Jugez-en plutôt sur pièces. Autre village, autre maison. Ici, on est chez Mme Machin. « Si son mari est là, nous prévient l’huissier, elle va nous emmener un peu à l’écart. » Pourquoi ? Le conjoint n’est pas au courant de la situation qui peut virer à l’expulsion, l’un des cas « le plus difficile à gérer humainement ». On sonne. C’est la fille et le petit-fils, de passage, qui ouvrent. La locataire nous accueille. L’huissier demande gentiment au gamin d’aller jouer ailleurs. « Votre mari n’est pas là ? Non ? Alors, Mme Machin, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Moi, si vous ne payez pas, dans un mois, on va être obligé d’expulser… » « Non, ce n’est pas possible, je l’aime bien cette maison. » « Votre mari, vous l’avez mis au courant ? » « Non, pas encore. Il est fragile vous savez. » « Comment on fait, madame Machin ? Vous n’avez personne pour vous aider ? » « Mon fils. » « Votre fils, il a quel âge ? » « 34 ans, il vit ici… » « Il vit encore ici ? Et il ne paie pas de loyer ? Un Tanguy ? Il faut lui en parler. Absolument. Il nous faut une solution la semaine prochaine. » « Oui, oui. Merci. »

Trois secondes pour savoir où l’on met les pieds

« Merci ». Notre huissier nous avait prévenu. Dingue le nombre de fois où on lui dit merci quand il quitte une maisonnée. Pas qu’il se prenne pour un saint – « je sais que parfois d’ailleurs l’apparence, ils n’en pensent pas moins » – , mais l’homme a compris comment manoeuvrer en terrain miné. « Si vous arrivez, que vous réclamez le dû de votre client de but en blanc, sans un sourire, sans psychologie, oui, ça peut mal finir. » Et nous de lui rappeler cet exemple récent douaisien quand un huissier a été poursuivi par une tronçonneuse. « Je ne connais pas cet huissier personnellement, donc je ne peux pas juger son cas. Mais je sais qu’il y en a qui ont toujours des problèmes avec les gens. Tout est dans l’attitudeVous avez trois secondes pour savoir où vous arrivez. Vous adapter à la situation. Mettre le bon masque. » Et prendre ses précautions, à chaque fois : « On fait un métier d’autorité uniquement avec du papier. Donc, il faut regarder s’il y a un fusil de chasse au mur, un fils excité dans la cuisine près des couteaux. Analyser la situation très vite et se mettre en position pour sortir s’il y a le moindre doute… Mais bon, ça ne m’est jamais arrivé. L’avantage du gabarit, peut-être ! »

Nouvelle demeure. A deux pas de la frontière belge, plutôt cossue. Comme quoi l’huissier n’est pas réservé qu’aux classes sociales défavorisées. Une voiture immatriculée dans le 60 sur le parking. Ça sent le leasing à plein nez. On entre. Une femme nous ouvre. Elle doit 20 000 euros de TVA pour son entreprise, fermée depuis. Encore une fois, il va falloir trouver une solution. Mais pour l’huissier, il faut des garanties. Pas la voiture vu qu’elle est en leasing. Pas le mobilier non plus. Selon ses dires, l’ex-chef d’entreprise n’a rien à elle dans cette maison. Tout est à son compagnon. Mais bien sûr. Rien à saisir, rien à faire. Mais elle promet qu’elle va faire le nécessaire pour payer. En sortant, on demande à l’huissier, si il croit : « Elle se moque de moi. Mais, ça, c’est la plaie de l’huissier. Rien à eux. Enfin ce qu’ils disent. Il ne manque plus que leurs salaires soient domiciliés en Belgique et c’est cuit… »

Découvrir la suite de ce reportage.

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