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Les homos des villes moyennes veulent être comme les autres

DailyUne | Petite histoire Par | 29 avril 2010


L’homosexualité plus difficile à vivre à Boulogne-sur-Mer, Lens ou Cambrai qu’à Lille ? C’est le constat dressé par une poignée d’homosexuels du littoral qui ont décidé de se constituer en association à vocation régionale. « Comme les autres », ça s’appelle. Et ça veut dire ce que ça veut dire : les homosexuels ne veulent plus du ghetto dans lequel ils se sont parfois eux-mêmes enfermés. L’occasion d’évoquer avec le président, Vincent Claptien, la vie d’un gay dans une ville moyenne.

[singlepic id=1157 w=320 h=240 float=right]L‘homosexualité est-elle entrée dans les moeurs ? Attention, scoop de DailyNord : on n’en est pas encore là. Bien entendu, rien de neuf sous le soleil de l’amour entre personnes du même sexe. Mais c’est toujours bon de le rappeler. « Il y a un mois, du côté de Saint-Omer, il y avait une soirée transformiste. Façade et voitures taguées. C’était clairement homophobe, explique Vincent Claptien. Moi-même, en six mois, à Boulogne-sur-Mer, j’ai eu deux fois des problèmes. » Deux fois des problèmes dus à son homosexualité, faut-il le préciser. Le quotidien d’un homo dans une ville moyenne (45 000 habitants pour Boulogne-sur-Mer) ? « C’est plus dur dans les villes moyennes, continue-t-il. Même s’il n’existe pas de statistiques, régulièrement, à la sortie de lieux références gays ou gays-friendly, on a des problèmes. Avec de jeunes cons d’ailleurs… Dont certains sont des homos refoulés qui veulent prouver leur virilité devant leurs copains. »

Le PACS a contribué à l’évolution des mentalités

Evidemment, vu de l’hétérosexualité, on se dit que le bonhomme exagère. Que désormais, les homos n’ont plus de problèmes. Que la société a bien évolué, notamment avec le PACS, qui a fêté sa première décennie en 2009. Vincent Claptien, commercial dans la vie,  ne dit pas le contraire : « Attention, on ne veut pas être victimisés. Aujourd’hui, il y a une évolution. C’est clair. Quand on discute avec des quinquas ou des sexas, ils nous disent que ça fait dix ans qu’ils ne se cachent plus. Mais il reste des problèmes. » Plus dans les villes moyennes ou les campagnes qu’à Lille ou Paris, bien évidemment. « Prenons l’exemple du métrosexuel. A Lille, personne ne fait attention à un mec habillé de cette façon, qui n’est pas forcément homo d’ailleurs. Dans les villes moyennes, on réfléchit avant de s’habiller. » Et dans les villes moyennes, on réfléchit aussi avant de se tenir la main entre personne du même sexe : « Surtout pour les hommes. Pour les femmes, il y a encore le fantasme de la lesbienne. Moi, tenir la main en public à un homme dans les rues de Boulogne-sur-Mer, je ne le ferais pas. Egalement, parce que j’estime que les enfants ne comprennent pas encore. La société change, évolue, ça va venir, mais c’est long. Il a fallu attendre 1999 pour le PACS, en 2012, peut-être que ça bougera encore plus… »

Marre des reportages caricaturaux

En attendant que ça bouge plus, Vincent Claptien et quelques habitants du littoral ont donc décidé de se bouger eux-mêmes. En créant il y a quelques semaines une association pour les homosexuels. On vous voit venir ? « Tiens, encore une asso qui veut se ghettoïser d’elle-même… » On a eu la même réaction. Que nenni, cher lecteur, selon le président. L’asso s’appelle « Comme les autres », ce qui veut dire ce que ça veut dire : « Ce n’est pas pour autant que nous renions notre sexualité, mais cette appellation parle d’elle-même dans l’optique que nous visons, c’est à dire, le droit à l’indifférence. » Le droit à l’indifférence plutôt qu’à la différence, voilà donc l’objectif poursuivi avec en particularité le fait que « Comme les autres » ne soit associée à aucune fédé nationale. En arrêtant de stigmatiser les choses : « J’ai eu un appel d’une chaîne de télé dernièrement. Ils cherchaient un homosexuel mis à la porte de chez ses parents. J’ai dit qu’on ne proposait pas ça. Ras-le-bol des reportages caricaturaux. Plein d’homosexuels vivent bien leur sexualité. »

Amener les événements gays friendly vers les villes moyennes

Bon, et comment s’y prendre alors pour réclamer l’indifférence ? Parader en folle dans la Gay Pride ? « Je comprends le cliché, mais la plupart des gens qui y assistent sont habillés comme tout le monde. Non, nous souhaitons travailler sur plusieurs axes. » Sensibiliser les plus jeunes aux maladies sexuellement transmissibles, organiser des groupes de paroles avec les parents d’homosexuels, se constituer partie civile en cas d’agressions homophobes, etc., mais surtout développer des rencontres dans toute la région. Et inverser une tendance : « Aujourd’hui, les événements gays se passent à Lille. Parce qu’il est plus simple d’être homo à Lille. L’objectif est d’inverser la tendance et d’amener les gens vers les villes moyennes de la région. Dans des lieux gays-friendly. » Bars, mais aussi lieux artistiques, « des endroits plus neutres » avec des événements pour tous pour éviter le ghetto, la volonté de Vincent Claptien et de ses acolytes. « L’homo, c’est Monsieur ou Madame Tout-le-Monde. Ce n’est pas écrit sur notre front, c’est aussi le message que nous voulons faire passer. »

Soirée de lancement de l’association le 2 mai à Hardelot. Toutes les infos sur le site de l’asso (encore en construction).
Photo page d’accueil : Andy54321 sur FlickR

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3 Commentaires

  1. Je suis gay mais tout ça me gêne un peu : on a l’impression que la géographie et la soi-disant bêtise des gens des petites villes (ah oui c’est sûr, l’homophobie a été complètement éradiquée dans la métropole lilloise…) est prise comme prétexte pour la création d’un club de rencontres… On a aussi l’impression que comme souvent, les LGBT passent leur temps à se dire hostiles à toute victimisation pour mieux adopter une posture de victime (totalement nombriliste) dans la seconde qui suit.

    Le discours du président est truffé d’incohérences. Qu’est-ce que c’est que cette opposition villes moyennes/grandes villes ?! On serait forcément mieux traité en tant que LGBT à Lille qu’à Boulogne ? Mieux traité en tant que gay si on vit au Faubourg de Béthune ou à l’Epeule à Roubaix, que sur la place Dalton en plein centre de Boulogne ? C’est quand même une vision très simpliste. D’autant plus que si on suit ce jeune homme, être homosexuel, c’est tenir la main de son copain dans la rue et aller à des soirées transformistes. Et il prétend « en avoir marre des reportages caricaturaux » ?!?!!

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