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Avesnois/Ternois : les “oubliés” refusent l’amnésie

DailyUne | Réflexions Par | 04 avril 2010

Avesnois et Ternois. Le Lillois se gausse. C’est dans notre région, ça ? Ben oui, il paraît. Même si pour rallier les deux territoires, l’habitant de la métropole a l’impression qu’il va devoir quitter les routes goudronnées et emprunter des chemins de traverse non carrossables. On insiste sur le cliché, mais il est encore bien présent. Et dans ces deux territoires, les responsables politiques et touristiques locaux tentent de faire changer l’image. Pour attirer le chaland.

Fourmies : on vous défie de nous donner le nombre d’habitants de la commune et même de la localiser sur une carte du Nord – Pas-de-Calais. Allez, du côté de DailyNord, on est sympa : 13 155 habitants en 2006 selon Wikipedia. A l’extrémité sud-est du département du Nord, presqu’en Belgique, ça donne le ton. « Si, je vous jure, on a l’électricité ici, se marre Paul Schuler, vice-président de l’Office de tourisme de la région de Fourmies. Mais c’est vrai que les préjugés sont tenaces. Ma soeur vit à Lille. Qu’est-ce qu’elle entend sur notre région… Souvent, elle leur répond qu’on est normaux quand même… »

L’Avesnois se lève pour Dany et l’écharpe

Vous pourriez appliquer ce même premier paragraphe avec le Ternois et le Saint-Polois (ville principale, Saint-Pol-sur-Ternoise, 5 104 habitants, pas loin de la Somme, donc dans le sud du Pas-de-Calais). Et loin des grands centres de décisions urbains, deux territoires qui ont du mal parfois à exister, à se faire connaître. Restons dans l’Avesnois, tant qu’il y fait beau. Depuis quelques mois, on en parle de plus en plus dans la presse. Motifs ? Sieur Dany Boon tourne un film dans le secteur. « Du coup, on en profite, il ne faut pas se leurrer, on a beaucoup d’appels de gens qui veulent voir le tournage. Et la presse », continue Paul Schuler. Mais aussi un drôle de record du monde, mis en route depuis quelques mois déjà et relayé par votre serviteur (souvenez-vous). L’écharpe la plus longue du monde. La première étape est d’atteindre les douze kilomètres (avant d’aller plus loin, l’historique sur le site des tricoteurs). Pourquoi douze ? Comme 10% de 120. 120, la distance qui sépare Fourmies de Roubaix notamment, deux centres textiles de premier ordre il y a encore quelques décennies…

Après le textile et le verre, au tour du bois et de la pierre ?

Depuis, l’époque est bel est bien révolue. Comme nombre de secteurs du Nord – Pas-de-Calais, l’Avesnois a payé un lourd tribut dans les années 70. Textile, verre, les richesses locales disparaissent les unes après les autres. Question symbole, le chemin de fer nous en offre un beau aussi : la ligne Calais-Bâle (en Suisse), qui s’arrêtait dans le secteur, se décide à zapper l’Avesnois. Le début de la fin et le début surtout de l’enclavement : 1h30 à 2h désormais pour rallier Lille via le train, et une voiture n’est pas mieux lotie. L’Arlésienne du secteur, puisqu’il en faut une, étant le doublement de la RN2 qui permettrait notamment de mettre Paris à deux heures de gazole. Le secteur des transports, donc, l’un des points faibles de la région, auquel Jean-Luc Pérat, conseiller général et député, ajoute également le canal de la Sambre à l’Oise. Fermé. Triple punition donc même si question ferroviaire, un TER-GV devrait voir le jour dans les années à venir. Effet induit de cet enclavement : moins de boulot, moins de déplacement, un taux de chômage plus élevé, l’Avesnois cumule donc les handicaps a priori. « Pendant trente ans, chacun a travaillé dans son coin, a défendu les propres intérêts de sa commune, commente Jean-Luc Pérat. On le paie. Maintenant, il faut travailler tous ensemble. »

Et pour travailler, l’Avesnois travaille. On peut mégoter sur la réelle influence-pertinence-coût d’un centre touristique comme le Val Joly, mais le signe est déjà là. L’Avesnois ne sera plus oublié. Touristiquement d’abord. Si Dany et l’écharpe sont de l’instantané, Paul Schuler met en avant « le poumon vert » que peut représenter l’Avesnois pour les métropolitains. « Nous avons la nature, le bocage, le maroilles, les églises fortifiées. Le secteur a un potentiel touristique. » Qui à l’entendre serait en plein boom, ce que ne dément évidemment pas Jean-Luc Pérat de son côté : «On a aussi les musées. Potentiellement, on a une richesse forte. La culture et le tourisme sont des axes. » Tout comme le développement économique bien sûr. Alors, faut pas rêver, l’usine à papa et ses centaines de salariés, c’est bel est bien fini : « Mais on peut – et on travaille à – attirer des services, des créateurs d’entreprises. Le territoire a notamment un Pôle d’excellence rurale bois et pierre. D’après moi, c’est là-dessus qu’il faut travailler. Le bois et la pierre pour remplacer le textile et le verre. »

Ferrat aurait pu chanter Saint-Pol-sur-Ternoise

Deux heures de bitume plus loin. Voici le Ternois et l’Avesnois. Saint-Pol-sur-Ternoise donc. Un peu plus bas, Auxi-le-Château, Frévent. Ça ne vous dit rien ou pas grand chose ? Normal, le secteur n’est pas le plus convoité du Nord – Pas-de-Calais. Là aussi, on a morflé dans les années 70. Même un peu avant. Car le territoire est rural, une terre d’agriculteurs. Qui ont pris leurs retraites, non remplacés pendant que les gamins participaient au phénomène de l’exode rural que chantait le désormais feu Jean Ferrat dans La Montagne. « Avant la guerre, le secteur s’auto-suffisait, raconte Maurice Louf, conseiller général du coin. Progressivement, les centres d’emplois ont bougé. Notre population a vieilli, parallèlement à une baisse des services… » Et à l’instar de l’Avesnois, même si il reste quelques industries (Herta ou Defial par exemple) et une forte présence dans le secteur des soins et de la santé, l’offre d’emploi s’y est raréfiée.

Solutions pour là-bas ? Les mêmes. Redonner du peps aux transports qui ont longtemps crus être portés par une A24 avec une bretelle du côté de Saint-Pol. Problème – ou pas selon où on se place – ce n’est plus dans l’air du temps. Reste les D939 et 941, deux gros chantiers pour raccourcir les distances. Mais la communication, c’est aussi internet pour Maurice Louf. Et l’élu de citer un exemple : « une PME du coin était en difficulté en partie parce qu’elle n’était pas en mesure de répondre à la nouvelle donne d’internet. » Du coup, le conseiller général voit d’un bon oeil la généralisation de l’ADSL dans le secteur… Impensable pour le Lillois habitué à sa connexion ultra-rapide depuis des lustres. Qui ne comprendra pas non plus la difficulté inhérente à un tel territoire : « Ici, tous les problèmes sont individualisés. Je m’explique : quand vous organisez une action de formation, il faut aller chercher tout le monde dans les villages… C’est une autre manière de fonctionner qu’en tissu urbain. » Avant d’ajouter, lucide : « Même si notre territoire a des atouts, il ne faut pas se leurrer : une entreprise de 300 salariés ne viendra pas s’installer ici. Comme nous ne voulons pas que le Ternois et le Saint-Polois deviennent uniquement des secteurs dortoirs. Il y a d’autres créneaux à trouver, à inventer. »

Dans le Ternois, les locaux n’y croient pas ?

D’autres créneaux ? Tiens, ça nous fait penser au tourisme, la marotte de tout territoire qui a une église construite au moins dans les années 70 (on plaisante à peine…). Car ce qui marche dans l’Avesnois peut éventuellement se décliner dans le Ternois, non ? Même si, avouons-le, le Ternois n’est pas une destination à la mode. Sur le sujet, Jean-Marie Juts, directeur-adjoint du Comité départemental du Tourisme du Pas-de-Calais est lui aussi lucide : « Le Ternois n’est pas le territoire le plus simple qui soit… » Sous-entendu, si le Pas-de-Calais a profité du Tunnel sous la Manche pour développer son littoral, compte profiter du Louvre-Lens pour continuer à développer l’ex-bassin minier, le milieu rural du 62 a encore des progrès à faire. « Et il faut une volonté sur le sujet. » Pas forcément visible à l’heure actuelle (pour Maurice Louf, ce n’est par exemple pas la priorité des priorités, même si c’est un axe de développement). Et le responsable touristique de continuer : « Il y a des gens qui s’installent pour le tourisme. Mais le problème, c’est qu’on a l’impression que les gens de l’extérieur y croit plus que les locaux. » Reste que le territoire est étudié très sérieusement : « On a fait une étude qui préconise de développer des circuits d’itinérance d’un point à un autre tout en prenant en compte les histoires locales. Il y a quelque chose à faire d’autant que des sites phares vont évoluer : les Haras nationaux, le Domaine du château de Cercamp, l’Abbaye de Belval. A nous d’en profiter. Et je suis persuadé que l’économie peut suivre le tourisme. » Tourisme-économie, le binome secret pour réussir et faire changer d’avis les Lillois ? Pour réussir la mutation peut-être. Pour faire changer le regard des Lillois, il y a encore du boulot. Mais d’ailleurs, les habitants de l’Avesnois ou du Ternois le leur rendent bien : “Moi, quand je regarde les bouchons lillois, assure par exemple Paul Schuler, je me dis que je suis très heureux de vivre ici. Et que pour rien au monde, je ne déménagerais dans la métropole lilloise…

Photo une : une église de Thiérarche (Avesnois) extraite du blog de l’Office de tourisme de Fourmies

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1 Commentaire

  1. Il y a un crédit de photo à la fin de l’article, mais la photo n’apparaît pas sur ma page (Firefox 3.6.3). Quand je veux partager l’article avec addonany, je la vois en vignette, mais quand je veux le partager avec shareaholic, il ne la trouve pas…

    Sinon, l’article appelle beaucoup de commentaires pour une avesnoise comme moi, qui ai vécu près de dix ans à Lille, avant de revenir à mes racines… Le problème de l’Avesnois, c’est que la sortie de crise se trouve essentiellement dans le tourisme, mais la population n’y est pas préparée, les commerçants ne s’y sont pas encore adaptés, la notion d’accueil chaleureux (image d’Épinal sur le Nord) est conforme à la réalité en ce qui concerne les gens, majoritairement, mais pour ce qui est des services, passez votre chemin…
    On ne peut pas aller au Val Joly, au cinéma, ou au supermarché, sans déplorer l’attitude fermée et à peine courtoise des “hôtes” et “hôtesses” d’accueil ou de caisse…
    Comment leur expliquer qu’on ne dit pas “ah, j’prends pas les chèques, c’est écrit là…” mais “désolée, la maison n’accepte pas les chèque, auriez-vous un autre moyen de paiement ?”.
    L’esprit “village” est très ancré : on sourit et on plaisante avec les connaissances, les amis, la famille, mais on reste fermé aux étrangers. Voilà le constat que je fais, que je regrette… Les professionnels doivent se professionnaliser, l’accueil doit devenir un point fort, car c’est ce que les touristes viendront chercher…

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