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Dix jours pour apprendre à zapper la télé

DailyUne | Réflexions Par | 18 mars 2010


Le jeu de la mort. Le faux jeu  de France 2 diffusé hier soir nourrit de vives polémiques depuis quelques jours. Une façon d’illustrer les dangers de la télé, pour ceux qui en doutaient encore. Hasard du calendrier, cette émission électrique intervient à quelques jours de l’initiative « dix jours sans écrans » (du 22 au 31 mars), proposée à plusieurs centaines d’enfants du Boulonnais. Dix jours sans télé, sans ordi, sans console de jeu. Non, ce n’est pas une punition, mais une façon de montrer tout ce qu’on peut réaliser une fois qu’on a décollé le nez du petit écran.

Quinze ans qu’elle se bat contre la violence à la télé. Contre une consommation abusive de la petite lucarne. Quinze ans qu’elle tente de réveiller les consciences et de mobiliser les politiques. Janine Busson-Baude, la cinquantaine, a sans doute toujours jeté un oeil critique sur la télé. Comme beaucoup, Dieu merci. La différence avec bon nombre d’entre nous, c’est qu’elle n’a pas oublié ce funeste fait divers. 1994. En Norvège, deux enfants de cinq ans tuent un camarade en reproduisant une scène vue à la télé la veille. Pour Janine Busson-Baude, il marque le début de l’engagement. Choquée, l’instit de maternelle – aujourd’hui en retraite – fonde l’association « Enfance – télé : danger ? ». Déjà, à l’époque, elle estime qu’une certaine télé peut être néfaste et provoquer des comportements dangereux (« Les enfants sont des imitateurs nés », aime-t-elle à rappeler). Déjà à l’époque, elle pense que les enfants consacrent bien trop de temps à la petite lucarne.

[singlepic id=1070 h=500 float=left]Envahissant petit écran

Et nous ne sommes qu’en 1994. Justement, qu’est-ce qu’elles disaient les statistiques dans les années 90 ? Janine Busson-Baude évoque alors 1 400 heures devant la télé annuellement. Bien plus que l’école à laquelle les enfants consacrent en moyenne 850 heures par an. Eloquent. Depuis, l’ordinateur, les Wii, Playstation et autres consoles de jeux se sont imposés dans le quotidien et a induit une nuance sémantique : « la semaine sans télé » de l’association s’est ainsi muée en « dix jours sans écrans ». Autre statistique, à présent, datée de 2009 : les enfants et jeunes de moins de 14 ans passent 6 à 8 heures en moyenne devant un écran. Chiffre du Ciem (collectif interassociatif enfance et média) martelé par la présidente de « Enfance – télé : danger ? ». Colossal. De 2 200 à 2 900 heures par an devant un écran !

On peine à réaliser. Mais comment un gamin fait-il pour caser autant d’heures dans une journée de 24 h ? « Par exemple, l’enfant se réveille à 6h, regarde la télé jusque 8h, puis va à l’école. Et le midi, lorsqu’il rentre, il regarde 1 heure encore. Et après l’école, vers 17h, il regarde à nouveau la télé ou joue à la console. » Mine de rien, déjà six heures de télé en une journée. « Et ça, c’est valable pour une journée de classe, précise Janine Busson-Baude. Il y a aussi les jours libres, les vacances, où certains restent scotchés devant la télé. » Alarmant lorsqu’on songe que les pédopsychiatres recommandent cinq heures de télé maxi par semaine et zéro télé avant l’âge de trois ans. Forcément, un quotidien régi par la grille des programmes n’est pas sans conséquences. La présidente de l’asso en évoque une seule, stat à l’appui : « depuis 2000, l’activité des enfants a baissé de 40% ».

Raisonner la consommation

Quinze ans qu’elle lutte, quinze ans que les stats ne cessent de grimper. Mais Janine Busson-Baude ne désarme pas, encouragée par cette prise de conscience qu’elle dit relever au cours des années 2000. En témoignent des réactions de parents ou la hausse des sollicitations dont elle est l’objet, pour animer des conférences dans les établissements scolaires. « Quand j’ai lancé la semaine sans télé en 1997, c’était une première. Tout le monde se moquait de l’initiative. » Et d’expliquer alors combien l’action n’est pas dirigée contre la télé, mais plutôt contre sa consommation abusive et non réfléchie. Elle le dit volontiers, toute la télé n’est pas mauvaise : elle est par exemple la première à s’enthousiasmer d’une émission telle que « C’est pas sorcier ». Mais combien de séries américaines, combien de dessins animés violents pour cette émission vertueuse ?

Depuis quinze ans, Janine Busson relève des avancées. Ne serait-ce que cette timide signalétique perdue dans un coin d’écran. Ou le discours de Nadine Morano, secrétaire d’Etat à la Famille, en mai 2009 à Genève, en grande partie dédié aux violences à la télé. Des avancées insuffisantes, naturellement. Alors elle ne lâche pas son bâton de pélerin. Ecrit aux politiques, aux ministères, quelle que soit leur couleur, afin qu’ils se saisissent du problème et cessent de le reléguer en arrière-plan. Lance des pétitions par exemple contre la télé pour bébés. Prend la parole lors d’un colloque à l’Unesco en décembre dernier. Sans relâche, afin de réveiller les consciences. Elue au Cofrade (Conseil français pour les droits de l’enfant) ou dans des associations telles que Udaf ou Uraf (Unions départementale et régionale des associations familiales), elle participe à des tables rondes, à des colloques, des conférences sur le sujet.

Se faire violence

Les adultes ont naturellement un rôle de régulateurs à jouer. Mais Janine et son association tentent également de mobiliser les jeunes. Depuis deux ans, les « 10 jours sans écrans » s’accompagnent ainsi d’un travail pédagogique dans 26 classes du Boulonnais. Histoire d’inciter les enfants à se priver eux-mêmes de télé. Sans les contraindre, l’ex institutrice leur explique ainsi combien le temps consacré (perdu ?) à regarder la télé peut s’avérer profitable. « Nous voulons que les enfants se privent volontairement d’écrans pour découvrir les choses à côtés desquelles ils passent. » Démonstration au travers de l’opération qui démarrera lundi : durant ces dix jours, une quinzaine d’associations locales proposeront une flopée d’activités sportives et culturelles (lecture de contes, char à voile, tennis, etc.). L’initiative est sans doute louable, mais malheureusement locale. Difficile de faire davantage pour cette modeste association (environ 100 à 150 adhérents à ce jour) bénéficiant certainement de nombreuses bonnes volontés, mais de peu de subventions. Mais sa présidente n’hésite pas à refiler ces bonnes recettes aux personnes désirant initier une opération similaire sur d’autres territoires.

Le site de l’association (ancienne version en attendant l’arrivée du nouveau site)
Le blog de l’association

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