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Les femmes sont à côté de la plaque

DailyUne | Rebrousse-poil Par | 07 mars 2010

8 mars, journée de la femme. Et forcément, on ne coupera pas aux discriminations auxquelles le sexe dit faible est coutumier. Même en ce XXIème siècle, même dans notre civilisation moderne et occidentale. En parlant de discriminations, justement : on en a retenue une. Présente à chaque coin de rue et souvent passée sous silence. Eh oui, tandis que les hommes passent fort volontiers à la postérité, les plaques des rues, avenues et autres places oublient les femmes.

On avait bien repéré quelques articles de presse épars évoquant le sujet. A Hénin-Beaumont, à Boulogne-sur-Mer, toujours le même constat : les femmes n’ont pas (ou si peu) droit de cité. On a voulu en avoir le coeur net. Une fois n’est pas coutume, on a donc délaissé notre précieux GPS, ce symbole de l’homo automobilus moderne, pour se pencher sur ce bon vieux plan de ville. Au hasard : Béthune. 343 rues*. Plus de 120 dévolues à la gent masculine (on vous épargne les saints-Truc et saints-Machin). Et combien pour les femmes ? Allez, on vous donne dans le mille : quatre. Trois rues et une place, pour être exact. D’ailleurs, même les saints ne sont pas exempts de cette misogynie toponymique : parmi la quinzaine à avoir donné un nom à une rue, aucune sainte. Vous pensez qu’il s’agit d’un particularisme béthuno-béthunois ? Direction Lille. Là, avec une femme maire à la tête de la ville, on se dit que les femmes vont se rattraper. Erreur : plus de 1 100 rues, cinq cents dévolues aux hommes et… une bonne quinzaine aux dames.

Où sont les femmes…

Et on pourrait ainsi décliner l’exercice à d’autres villes de la région (on a aussi jeté un oeil, au cas où) et même aux collèges ou aux lycées (même si le déséquilibre demeure un peu moins marquée de ce côté là). La moralité demeure la même et pour plagier un grand esthète de la chanson française, on se demande bien où sont les femmes ? Et n’allez pas croire que c’est l’apanage des grandes cités, même les villages n’y coupent pas. Ennevelin, par exemple. Bourgade de quelque 2 100 âmes dans la Pévèle. Le calcul est rapide : 45 rues (dixit l’ami Ravet-Anceau), 16 patronymes masculins et pas une de femme… Ah si, peut-être une : Marie Curie, laquelle, même sur la plaque, doit encore composer avec son époux Pierre. Et on pourrait pousser le vice plus loin. Examiner, par exemple, où sont situées ces rues aux noms féminins. Regarder si les femmes ont plutôt droit à des avenues et des places que des impasses ou des ruelles. Si elles sont dans le cœur des villes ou si, au contraire, elles sont soigneusement tenues à l’écart. Reprenons l’exemple de Béthune. Seule Madame De Sévigné a le droit à une petite place (toute petite) dans le centre-ville paumée au beau milieu d’hommes. Ses conseurs n’ont droit qu’à de courtes rues, en périphérie. Autre enseignement apporté par nos pérégrinations à travers le Ravet-Anceau (c’est fou ce que l’on peut y apprendre !), lorsque du côté des hommes, on semble avoir un vivier quasi inépuisable de noms, du côté des femmes l’originalité est souvent à la peine : Sévigné, George Sand, Louise Michel, Elsa Triolet, Marie Curie, Jeanne d’Arc, Camille Claudel, etc. Mon tout parfois complété par quelques noms du cru.

Les hommes façonnent l’Histoire. Et les femmes ?

Pas besoin de se torturer les méninges, l’explication coule de source. Qui dit nom de rue, sous entend souvent dimension historique. Et là, sans verser dans la misogynie,  faut bien reconnaître qu’au rayon Histoire, les hommes se sont davantage distingués et ont pris quelques siècles d’avance. Et ça vaut aussi pour les rayons artistique ou politique. Qu’on aille voir chez les écrivains, les musiciens ou les peintres. Question : les municipalités sont-elles conscientes de cette existentielle discrimination ? Coup de fil en mairie de Béthune, pour en toucher deux mots au responsable de l’urbanisme. On ne vous cachera pas que l’objet de notre appel l’étonne un peu. Comme dans toute ville, c’est le conseil municipal qui distribue les noms de rues. Et comme dans toute commune, l’immense majorité des voies avaient déjà leur nom bien avant le conseil municipal actuel. Jean-Claude Frévent, notre responsable urbanisme, le confesse volontiers, il ne s’est jamais penché sur le problème. Il assure néanmoins qu’il en touchera un mot à l’adjoint chargé de la question, histoire de corriger « éventuellement » ce déficit « lors des prochaines dénominations de voies ». D’autant qu’un nouveau quartier est prévu sur une friche industrielle dans les deux ans à venir. Mais à Béthune comme dans bien des villes, on ne crée pas de nouvelles voies tous les jours. Alors à moins de débaptiser les Clemenceau, les Roger Salengro et autres Charles de Gaulle, les femmes sont condamnées à demeurer la portion congrue encore un bon bout de temps.

(*) Petite difficulté : selon le plan choisi, le nombre de rues peut varier. Mais en dépit de cette subtilité, les femmes n’ont jamais le dernier mot…

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