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Marine Le Pen, la campagne commence maintenant

DailyUne | Réflexions Par | 24 mars 2010

Les élections ? Circulez, y’a plus rien à voir. Le FN ? Comme à chaque fois, on en a beaucoup parlé. Et comme à chaque fois, on ne s’en souciera plus jusqu’au prochain scrutin. C’est oublier que le FN de Marine Le Pen demeure en campagne permanente. Bien inspiré par les méthodes qui lui ont tant profité à Hénin-Beaumont, le Front national pourrait être tenté de faire de la Région sa nouvelle vitrine électorale pour les prochaines échéances nationales. Le troisième tour commence.

Dix-huit sièges au Conseil régional. Que peut bien faire le FN avec ça ? Pas de quoi s’en inquiéter. Après tout, ce FN déjà élu lors des deux mandatures précédentes est jusqu’à présent demeuré transparent au sein de l’assemblée régionale. Oui, mais avec Marine Le Pen, la méthode change sans doute. Depuis son passage à la région Nord – Pas-de-Calais (1998-2004, son tout premier mandat en politique), la novice a fourbi ses armes, s’est forgée de nouvelles ambitions. Cette fois, elle ne veut pas seulement séduire, elle veut convaincre.

Jean-Paul Huchon, le président PS de la région Ile-de-France, dit d’elle qu’elle connaît fort bien ses dossiers. Pour qu’un élu socialiste se risque à un compliment à l’égard de Marine Le Pen, c’est qu’il doit y avoir du vrai. L’ex avocate promettait d’ailleurs, il y a peu, « une véritable opposition compétente, énergique et courageuse ». Promesse de campagne ? A voir. Car ces dernières semaines, elle n’a cessé de multiplier les petites phrases du genre. « Sa mandature sera beaucoup moins cool que la précédente», confiait-elle encore à Libération (17 février 2010), à propos de Daniel Percheron. Logique. On prépare d’ores et déjà la prochaine échéance. « Si je pense qu’il y a peu de chance que la région bascule, ça sera peut-être le cas la prochaine fois », toujours à la veille du premier tour. Surtout, il s’agit de transformer ce Conseil régional en une vitrine crédible à l’échelle nationale. Tout comme Hénin-Beaumont a servi de tête de gondole dans la région, celle-ci sera utilisée de la même façon, à deux ans des présidentielles et alors que la succession à la tête du parti se profile.

[singlepic id=439 w=320 h=240 float=right]Méthode héninoise

Pour y parvenir, l’avocate emploiera les méthodes éprouvées dans l’ex bassin minier. Hénin-Beaumont, son laboratoire. «Tout ce que je fais ici à Hénin-Beaumont montre ma méthode. Je veux l’exporter partout en France et la généraliser au sein du Front. » (Libération du 17 février 2010) Sa méthode, c’est d’abord une vieille recette électorale : une omniprésence sur le terrain avec des élus et des militants qui ne se bornent pas à montrer leur nez à quelques semaines avant le scrutin. Un quadrillage systématique. Bien sûr, le FN ne dispose pas des forces militantes pour être présent partout et tout le temps, comme il le fait à Hénin. Mais la méthode Marine Le Pen ne se borne pas à balancer des tracts chaque semaine sur le marché.

A Hénin, les élus FN ont construit une opposition systématique. Sapant le Conseil municipal, profitant des errements et des divisions de la majorité, tirant à boulets rouges sur la classe politique au pouvoir sur l’air du “tous pourris”. Contribuant aussi à faire surgir les scandales, à les nourrir avant d’en récolter les fruits. Depuis dix ans, en terre héninoise, le FN s’est aussi illustré par une véritable guérilla procédurière au travers de nombreux recours judiciaires. En la matière, la campagne des régionales a déjà livré un avant-goût: début mars, la tête de liste FN saisissait la Chambre régionale des comptes dénonçant des irrégularités dans le budget de la région. Effet de manche à quelques jours du premier tour ? Sans doute. Mais cela donne aussi le ton de ce que devrait être l’opposition du FN dans les mois à venir. Des recours servis par une exploitation médiatique.

La banalisation du parti

La méthode Hénin-Beaumont nous apprend aussi combien le FN peut se fondre dans le paysage. “Hénin terre de dédiabolisation”, titrait lundi Le Monde. La benjamine Le Pen, née à Neuilly-sur-Seine et parachutée en terre minière lors des législatives de 2002, a réussi une greffe improbable dans une terre solidement vissée à gauche. C’est là que le FN a réalisé ses meilleurs scores aux dernières consultations. La personnalité de Marine Le Pen y aide sans doute, moins sujette aux dérapages verbaux de son père. Mais on a vu aussi la communication du parti évoluer. Si ce n’est au travers du champ lexical : prière de ne plus parler d’immigration, mais d’ “islamisation “, pour ne citer que cet exemple. Au passage, on a aussi vu cette immigration, le fonds de commerce historique du FN, relégué en arrière-plan au point parfois de disparaître totalement de certains tracts durant la campagne.

Jouer de la peur de l’autre appartient désormais au passé. Il ne s’agit plus de miser uniquement sur un vote contestataire, mais de présenter une option politique. La benjamine du clan Le Pen renouvelle ainsi les thèmes du discours. « Contre l’UMPS », n’a-t-elle cessé de marteler durant la campagne. Lors du débat d’entre deux tours, sur le plateau de France 3, elle disait ainsi refuser la bipolarisation. On sait combien le thème peut-être porteur, il a plutôt bien réussi à François Bayrou, naguère. La numéro 2 du Front national s’emploie ainsi à gommer la référence extrémiste et à sortir le parti du monothématisme dans lequel il s’était enfermé. En quête de respectabilité, elle le dit fort bien : « Je ne suis pas d’extrême droite » (Métro, 24 février 2010). Et le Front national ? “Un parti social et populaire” (Nord Eclair du 7 juillet 2009), “une alternative au PS et à l’UMP” (Le Monde). Signe de ce changement, durant la campagne, on l’aura vue aussi jouer la carte régionale, stratégie plutôt nouvelle pour le FN : Total et la destruction d’emplois industriels ont été des références récurrentes dans sa campagne, par exemple. Tout comme son père avait sorti le groupuscule de l’anonymat pour le transformer en Parti dans les années 70-80, Marine Le Pen tente désormais de le présenter sous un meilleur jour. Et transformer l’épouvantail en véritable force de nuisance.

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