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Enfin. Comme une sorte d’exorcisme de son histoire. La France regarde désormais son passé récent les yeux ouverts. Le film de Rose Bosch est fort, gavé d’émotions qui ne sont pas tièdes, et ne peut laisser indifférent. Les interprétations des enfants et de Jean Reno, Mélanie Laurent ou Raphaëlle Agogué sont parfaites. A ranger à côté de Mr Klein, de Joseph Losey, que certains – dont votre serviteur – considèrent comme un des meilleurs films. De Gaulle avait voulu la réconciliation nationale juste après la Libération, ses successeurs ont appliqué la consigne à la lettre et Jacques Chirac brisa l’omerta française quelque 50 ans après.

Commentaires :

Le 12/03/2010 à 7:51, par pierrot

L’omerta française! Vous rigolez ou quoi? Vous n’écoutiez pas bien en classe ou quoi?Dans les années 60, les profs d’histoire parlaient évidemment de l’extermination des Juifs et de la complicité de l’état du maréchal Pétain, de sa police, de sa gendarmerie, etc.

Les photos, pour la rafle du Vélodrome d’hiver, c’étaient bien des bus parisiens encadrés par des flics français. Il y avait déjà des bibliothèques entières de livres sur les camps de concentration et je vous rappelle que les témoins vivants (nos parents par exemple)de l’occupation étaient nombreux et n’avaient pas obligatoirement leur langue dans leur poche.

Vous allez me dire: peut-être mais cette rafle elle-même, elle n’a pas encore été filmée.

Indirectement, de nombreux films y font allusion. Directement, les “guichets du Louvre” et “Monsieur Klein” (avec Alain Delon et produit par Alain Delon) en parlent directement.

La nouveauté introduite par Chirac, dans son célèbre discours, c’est que, au nom de l’Etat, il faut son auto-critique lui-même. Je vous signale d’ailleurs que ça se discute: je ne vois pas pourquoi par exemple le Général de Gaulle, condamné à mort par le régime de Pétain et dont la famille a souffert très directement de la prise de position du grand Charles, devrait faire amende honorable au nom d’un régime qu’il a combattu directement.

Mais, bon, l’omerta avant Chirac, c’est carrèment de la daube, mon petit Marc.

Le 12/03/2010 à 9:19, par Marc Prévost

Bon d’accord, le Pierrounet métropolitain, l’expression “omerta française” est quelque peu impropre, j’aurais du dire l’omerta de la France pour bien signifier la non-reconnaissance de sa complicité dans la déportation des juifs.

Comment ai-je pu oublier une référence à Mr Klein, le meilleur film d’Alain Delon, mis en scène par l’immense Joseph Losey. L’émotion sans doute.

Quant à de Gaulle il voulait réconcilier le pays, ses démêlés avec le régime de Pétain n’ont pas grand-chose à voir, je pense. Et puis il faut être cohérent -et de Gaulle l’était – puisque l’Etat français de Pétain n’avait aucune légitimité ni existence légale, la cpndamnation prononcée à son encontre n’en avait pas plus…

Des photos de la rafle du Vel d’Hiv ? Je n’en connais qu’une seule. Et elle ne figurait pas dans mes bouquins d’histoire. Moi, je me souviens d’un prof qui nous parlait des gendarmes et autres pandores qui ont raflé, m’enfin ce n’était pas l’histoire vraiment officielle. Mitterrand s’est aligné – une fois de plus – sur de Gaulle. Pourquoi ? Bousquet ?

Heureusement qu’il y a des historiens, des cinéastes et des journalistes, hein le Pierrounet ?

Le 13/03/2010 à 8:23, par pierrot

On n’est pas d’accord sur ce point d’histoire: tu dis que tu aurais dû écrire: “la non-reconnaissance de sa complicité (de la France) dans la déportation des juifs”.La France, nom de Dieu, était occupée et la responsabilité ne concerne que les collabos et ceux qui les soutenaient. Ce qui est déjà énorme, je le sais.

Les Français de base ont planqué presque les deux tiers des juifs qui, tu le sais, avaient été répertoriés par les autorités. Ceux qui avaient été planqué avec succès ont échappé à l’extermination.

Je ne veux pas que mes grands-parents (des instituteurs anonymes qui planquaient des enfants juifs dans un petit village du Pas-de-Calais avec la complicité du marquis local, du curé et de la moitié des villageois) aient, post-mortem, à s’excuser. Ils ont subi, ils ont rusé, ils ont résisté très prosaïquement, du mieux qu’ils pouvaient… Je ne vois pas pourquoi ils s’excuseraient. Et, ces gens-là, désolé, c’est la France.

Le 13/03/2010 à 8:28, par pierrot

Ah, oui, les photos. Effectivement, les documents sur la rafle du vél d’hiv sont peu nombreux. Et souvent extérieurs comme ces bus dont je parlais. Mais, s’ils sont très peu nombreux voire inexistants en ce qui concerne l’intérieur du vél d’hiv (comme pour Pithiviers, Drancy, etc), c’est parce que les autorités d’occupation et leurs collaborateurs veillaient à ce qu’aucune photo ne soit prise, y compris par eux-mêmes.

Ce n’est pas de la faute de ceux qui conçoivent ensuite les livres d’histoire.

Le 13/03/2010 à 11:59, par Marc Prévost

On joue sur les mots. Quand je dis la France je parle de l’Etat qui représente la totalité de ses membres, la nation si tu veux. Or l’Etat – ou le régime de Vichy, ses élites et ses collabos de base – s’est rendu coupable et complice de la déportation de 75 000 juifs. Occulter cette réalité, ne pas la reconnaitre officiellement, c’est évidemment jeter le trouble dans les esprits et laisser libre cours à toutes les interprétations possibles de l’attitude des français “de base” pendant l’occupation, ou en tout cas : les limbes de l’histoire, comme une sorte de déni historique.

Nier la responsabilité de la France c’est, en même temps, minimiser voire ignorer les actes de résistance dont tu parles. Ce qui influe nécessairement sur le récit officiel de l’histoire.

Reconnaitre officiellement ces faits, c’est commencer à trier le bon grain de l’ivraie (en termes de comportements bien sûr). Il est évident que les gens dont tu parles n’ont à s’excuser de rien.

Mais je suis sûr qu’ils ont honte de ce que “la France” – ou ceux qui les gouvernaient à l’époque – ont fait. si on veut leur rendre hommage, on ne peut faire l’impasse sur cette fameuse reconnaissance.

Après-guerre, il fallait réconcilier très vite et réunir tout aussi vite les français après cinq ans de tragédies. On avait très peur de la guerre civile à la française en août 44. Ce qui aurait renforcé l’emprise américaine sur fond de guerre froide et de décolonisation, etc…etc…

Ceci dit, pour percer le mur du silence (ou du non-dit), il reste les livres et les films. Le vieil homme et l’enfant, aussi, tiens avec Michel Simon ou Au revoir les enfants, de Louis Malle.

Le 13/03/2010 à 18:13, par pierrot

Non, l’Etat du maréchal Pétain n’était pas la France, je ne joue pas sur les mots. Il y a eu rupture, lutte à mort. Et j’ai toujours été étonné que le représentant de la République Française s’excuse. Jacques Chirac n’était même pas en état de porter les armes en 40-44… <On ne peut pas faire l’impasse sur cette fameuse reconnaissance> dis-tu. Mais, dans les années 90, quand Chirac s’excuse, tout est largement dit et redit sur ce qui s’est passé durant la guerre. En 90, depuis très longtemps, tout était officiellement reconnu.

C’est la fameuse repentance: on doit sans cesse s’excuser de ce qu’on n’a pas fait, voire s’excuser d’un Etat ou d’actes (pour le colonialisme par exemple) que certains de nos parents ont combattu!

C’est marrant comme l’idéologie du péché originel ressort ainsi dans l’espace public.

Tu parles d’un mur du silence. Mais il n’existait sûrement pas en 90.

Le 14/03/2010 à 11:06, par Marc Prévost

“En 90, depuis très longtemps, tout était officiellement reconnu.” Mais non, c’est çà le problème. Il s’agit d’un non-dit d’Etat, assimilable à un silence, si tu veux. Tous les beaux films ou livres ou numéros spéciaux de magazines dont nous parlons ne suffisent pas.

C’est vrai, on ne va pas s’excuser pour le colonialisme, l’esclavage, la guerre de Vendée ou la Saint-Barthélémy, mais qui parle d’excuses ? Il s’agit, pour un Etat représentatif, de reconnaître ce qui a existé. Ceux qui ne veulent pas se pencher sur le passé et le reconnaître, sont condamnés à le revivre. En particulier, la fameuse pathologie de la guerre civile “à la française”. Psychanalyse de bazar ? Peut-être.

Je te laisse ton argument un peu faiblard sur le Jacques Chirac “pas en état de porter les armes en 40-44”.Nuit et Brouillard d’Alain Resnais (que je n’ai pas encore vu). Tiens Jean Ferrat (requiem pour lui) avait fait une chanson du même titre (et déconseillée en radio à l’époque- 1962 je crois)

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