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Ch’tis d’ailleurs : Marc De Muynck, artisan des Enfants du Dragon au Vietnam

DailyUne | Petite histoire Par | 28 février 2010

Retour de notre série des Ch’tis d’ailleurs. Après la Bolivie et La Paz, on change de continent : direction le Vietnam, en compagnie de Marc De Muynck, Arrageois de naissance. Ce militaire, en retraite depuis 2000 après 32 ans de service en France et en Outre-Mer, a posé ses valises en Extrême Orient en 2007. Non pas pour y couler une retraite paisible mais plutôt par philanthropie. Après avoir œuvré dans différentes ONG, ce sexagénaire (61 ans) a ainsi créé sa propre association qui chapeaute notamment deux maisons d’accueil pour des enfants abandonnés ou orphelins.

[singlepic id=1022 w=320 h=240 float=left]DailyNord : Vous souvenez-vous de votre premier contact avec le Vietnam ?

Marc De Muynck : J’ai découvert le Vietnam pour la première fois en 2001. Durant trois mois, j’ai ainsi visité le pays du nord au sud. A cette époque, j’ai établi un premier contact avec sœur Bénédicta qui œuvrait dans un orphelinat à Sadec (delta du Mékong). J’étais là pour remettre des dons de la part de l’Association nationale des anciens et amis de l’Indochine (ANAI) de Valenciennes dont le président était mon regretté ami Marcel Ooghe. Pour la première fois, j’ai pris conscience des grandes difficultés sociales pesant sur le pays. Au cours de ce voyage, je me suis aussi lié d’amitié avec des Vietnamiens avec lesquels je suis demeuré en contact.

“Avec le Vietnam, le lien est différent”

DailyNord : Ce  premier voyage vous a encouragé à  vous investir davantage dans l’humanitaire ?

Marc De Muynck : Oui, à mon retour, j’ai effectué un stage à Versailles auprès d’un organisme “Volontaires pour le monde” menant des actions humanitaires dans plusieurs pays du globe. L’année suivante, en 2002, j’ai entrepris un nouveau voyage qui m’a conduit entre autres au Myanmar (ex Birmanie) : j’avais un projet humanitaire avec l’association Karuna au profit des enfants pauvres et des enfants des rues avec un prêtre à Rangoon et un autre à Mandalay. Malheureusement, je me suis heurté à des difficultés pour obtenir une autorisation de séjour de longue durée : c’est un pays où la junte militaire contrôle tout et où le mot “liberté” demeure inconnu. De plus, le Myanmar entretient une grande méfiance à l’égard des religieux catholiques et des étrangers. Je suis donc rentré. J’ai ensuite visité d’autres pays d’Asie, je suis repassé pour deux brefs séjours au Vietnam et en 2006, j’ai fait une mission de cinq mois et demi auprès d’une ONG suisse à Saigon (Ho Chi Minh. On peut lire le témoignage sur le ce site, ndlr).

DailyNord : Et finalement, vous avez choisi de vous installer au Vietnam

Marc De Muynck : Au retour de cette mission en 2006, je me suis fait opérer d’un cancer. La convalescence me paraissait bien longue face à moi-même et mes interrogations sur l’avenir. Alors, j’ai décidé de repartir là-bas sans vraiment me fixer de date de retour. Depuis 2007, je vis donc à Saigon – comme les Vietnamiens du sud, j’ai une préférence pour l’ancien nom – . J’habite l’extrême banlieue ouest de cette mégalopole de près de 10 millions d’habitants où on compte environ 3 000 Français. Avec le Vietnam, le lien est différent. Il est indéfinissable, composé d’un faisceau de sensations qui font que je me sens très bien ici.  Je ne rencontre pas de difficultés à vivre ici : excepté celle à marcher. Car dans le pays, rien n’est adapté aux personnes à mobilité réduite ou handicapées : elles ne sont pas prises en charge par l’Etat, et en général, seules les ONG s’occupent de leur sort.

DailyNord : Qu’est-ce que vous appréciez tout particulièrement ?

Marc De Muynck : J’apprécie beaucoup la simplicité et le bon accueil des Vietnamiens. Les séductions peuvent être nombreuses ici, mais, à mon âge, c’est probablement la cuisine qui m’enchante le plus. Les “anciens” que j’ai connus disaient qu’ils avaient le “mal jaune”. D’ailleurs, ne dit-on pas que le Vietnam possède un pouvoir de séduction capable de provoquer le désir d’y venir ou d’y rester ? Je me sens bien ici. J’ai toujours su m’adapter facilement à mon environnement quel qu’il soit (le pain ou le steack frites ne me manquent pas…). Et puis, je préfère la chaleur des tropiques aux rigueurs de nos hivers.

“Le Nord – Pas-de-Calais, ché où cha ?”

DailyNord : Quel regard les Vietnamiens jettent-ils sur les Français ? Peut-être connaissent-ils la région ?

Marc De Muynck : Les Vietnamiens semblent n’avoir aucune rancune envers leurs anciens “occupants”. Qu’ils soient français ou américains. A la limite, je me demande s’ils ne sont pas plus vigilants vis-à-vis des Chinois ; mais ça n’engage que moi. A part les étudiants, peu de Vietnamiens connaissent nos régions de France. Ils vous demandent parfois d’où vous êtes : Paris, Marseille, Lyon sans trop savoir exactement où ça se trouve sur une carte. En revanche, ils connaissent bien certains de nos joueurs de football ou notre Président de la République. Quant au Nord – Pas-de-Calais : ché où cha ???

[singlepic id=1023 w=320 h=240 float=right]DailyNord : Parlez-nous un peu de votre action…

Marc De Muynck : Au début, j’ai travaillé seul sur le terrain, allant à la recherche de projets que je soumettais à des associations françaises ou ONG pour les prendre en charge… La tâche n’était pas facile : il faut être convaincant et surtout inspirer et gagner la confiance des intervenants ou donateurs. Jusqu’au début 2009, tous les projets ont été menés en partenariat avec des associations telles que Mère Isabelle ou Coup de Pouce Humanitaire. S’il fallait se définir, je me définirais plus spécialement comme “urgentiste” : je privilégie les plus pauvres parmi les plus pauvres dans l’action immédiate et en assurant un suivi dans le temps.

DailyNord : Pourquoi avoir créé votre propre association ?

Marc De Muynck : Bénévole auprès d’ONG, je n’ai jamais réellement trouvé ma place : le bénévole demeure souvent un pion que l’on assigne à une tache. Il est très peu impliqué dans les projets ou les prises de décisions. En revanche, dans cette nouvelle démarche, je mène les projets de bout en bout, depuis la conception jusqu’à la réalisation. Mais comme je suis en relation avec des associations de petite taille, je m’efforce de trouver des projets à leur échelle. En relation avec ces associations, nous avons néanmoins construit plus de 30 maisons pour nos pauvres à Phu An, mais je souhaitais que l’action aille au-delà. Dans cette région très pauvre, les gens exercent généralement un travail de culture fruitière saisonnière, c’est pourquoi je souhaitais développer une petite activité pour qu’ils disposent d’un travail permanent. De la sorte, nous pouvions espérer faire revenir ceux partis travailler dans les grandes villes. Malheureusement, les associations avec lesquelles je travaillais n’étais pas intéressées par mes projets. En janvier 2009, j’ai donc proposé à mon ami Bui Huy Lan, chirurgien-dentiste à Quarouble (près de Valenciennes, ndlr), de créer “notre” association : Les enfants du dragon existent officiellement depuis le 7 mars 2009.

L’union d’un dragon et d’une fée

DailyNord: Les enfants du dragon… Le nom interpelle, quelle est sa signification ?

Marc De Muynck : L’origine du nom vient de la légende voulant que les Vietnamiens soient nés d’un dragon et d’une fée. Le pays lui-même évoque la forme d’un dragon : une bande sinueuse dont les côtes s’étendent sur 3 000 km. D’ailleurs, la sublime Baie d’Along, avec ses 3 000 îles rocheuses et ses grottes-cathédrales, signifie “La baie du dragon descendant”. De la poésie pure ! Selon la longue tradition orale, vers 4000 avant J.-C., le petit fils de la cinquième génération de Shennong, Lạc Long Quân, dragon roi de la mer de Đông, épousa une fée, Âu Cơ, fille du roi Đế Lai. Âu Cơ pondit 100 œufs desquels éclorent 100 fils. Le dragon est une créature liée à la mer et la fée liée à la montagne et l’air, ils se sont ensuite malheureusement séparés, le dragon emmenant cinquante enfants vers la mer et la fée emmenant cinquante enfants vers les montagnes. Les descendants des enfants du dragon et de la fée vivaient en bonne intelligence, chaque enfant étant l’ancêtre d’un royaume séparé. Le premier né devint le roi du Lạc Việt, la première dynastie du Vietnam…”

DailyNord : Quelle est l’action des Enfants du dragon ?

Marc De Muynck : Nous soutenons principalement deux maisons d’accueil pour enfants abandonnés ou orphelins soit environ 70 enfants. Mais nous apportons aussi une aide plus ponctuelle en fonction de l’urgence du moment. Par exemple, lors du dernier typhon (en septembre 2009, ndlr). Nous avons aussi mis en place l’an dernier un système de parrainage (voir sur le site des Enfants du dragon, ndlr). Le projet qui me prend énormément de temps depuis fin novembre est la mise en place de deux fermes de culture de spiruline (une algue) dans le delta du Mékong (en savoir davantage. Vous pourrez aussi lire un résumé des réalisations sur le site internet ainsi que les différents projets.) Nos besoins sont essentiellement financiers.  Nos sources de revenus proviennent des cotisations, parrainages, dons et mécénat d’entreprises; notamment BASAID en Suisse.

DailyNord : Enfin, la région vous manque-t-elle ? Songez-vous à rentrer ?

Marc De Muynck : Je rentre une fois par an en France pour des séjours de deux à trois mois. La région par elle-même ne me manque pas. Par contre, je suis grand-père de deux petits enfants et j’ai hâte de les revoir, je suis convaincu que ma famille accepte mal que je me sois expatrié… Mais il m’est maintenant très difficile d’abandonner le travail en cours, j’ai lancé un appel pour trouver un remplaçant. Partir ou rester ? Je n’ai pas de réponse.

Le site des Enfants du dragon
Le blog de Marc De Muynck
En 2007-2008, Marc De Muynck a contribué au film documentaire du réalisateur, Peter Latzko. Le film présente notamment différentes actions; le DVD est en vente au siège de l’association, 73, rue Roger Salengro, 59 243, Quarouble, Tél.: +33 (0) 327 273 751.

Retrouvez nos interviews de Nordistes expatriés sur notre carte des Ch’tis d’ailleurs.

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