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Michael, jeune agriculteur d’aujourd’hui… Et demain ?

DailyUne | Réalités Par | 07 février 2010

C’était il y a un an. DailyNord consacrait l’un de ses grands formats à Michael Dumont, jeune agriculteur qui s’installait dans le GAEC familial de Sercus en Flandre Intérieure. En ce début d’année 2010, nous avons voulu savoir ce qu’il devenait. Hasard de l’actualité, au moment où les Jeunes agriculteurs du Nord – Pas-de-Calais, syndicat auquel il appartient, décident de se lancer dans l’arène des élections régionales. En 2009, Michael était encore confiant. En 2010, pendant que sa compagne remplit le frigo, les points d’interrogations s’accumulent…

[singlepic id=995 w=320 h=240 float=right]10h du matin, vendredi,  dans la ferme de Sercus, non loin d’Hazebrouck. Rien n’a vraiment changé ici depuis un an. Michael nous avait prévenus, en ce moment, comme chaque début d’année, c’est pommes de terre. On se dirige vers le hangar. Sensation de déjà vu. Les mêmes gestes. Trier les pommes de terres, les ensacher, les mettre sur palette. En attendant le camion. Direction le bureau pour discuter un peu.

“Plus aucune visibilité”

Dur, dur. Le constat est sans appel. Un an après son installation, le jeune agriculteur se prend la réalité économique en pleine gueule. « On pensait que ce n’était qu’une crise passagère, que ça irait mieux, confie-t-il. Comme les crises qu’ont pu connaître nos parents : quelques mois, un an tout au plus. En janvier, on a eu l’impression que ça repartait un peu… Et non. » Et non. L’agriculture régionale et hexagonale souffre toujours de cours détestables. Sur quasiment tous les produits : pommes de terre, lin, légumes de conserverie, blé…  Pendant ce temps, le prix des engrais, indispensable à l’activité agricole du GAEC, retrouve une courbe ascendante. Et le lait, l’objet de leurs combats de printemps, oscille désormais entre 260 et 280 euros alors qu’il en faudrait au moins 300 pour 1 000 litres… « Depuis un an, ça s’est fortement aggravé. Il n’y a quasiment plus de produits avec des cours corrects. Le pire, c’est que nous n’avons plus aucune visibilité. Il ne faudrait pas une troisième année comme ça… »

Un poulailler à la place des fraises

Dur, dur on l’a dit. Surtout quand on n’a pas trente ans et que l’on était forcément plein d’espoirs comme tout jeune entrepreneur. On se souvient notamment qu’il y a un an, Michael voulait apporter sa touche personnelle à l’exploitation en cultivant des fraises. Quelques mois plus tard, on l’avait retrouvé lors d’une manifestation. C’était déjà compromis. En février 2010, le projet est bel et bien enterré : « C’est vrai que je n’imaginais pas ça comme ça. Je savais que ce serait dur. Mais pas aussi longtemps. Les fraises, non, je n’en ferai pas. Trop de risques. Je ne peux pas me le permettre. » Le GAEC ne peut prendre le risque en effet. Depuis des mois, l’argent s’y est raréfié. Au point qu’ensemble, avec son beau-frère, sa soeur et ses parents, ils envisagent de céder à la mode des poulaillers : un élevage sous contrat avec des sociétés. Du coup, un fixe qui tombe tous les mois. Même si c’est pas Byzance, « au moins, ce sera ça qui tombe ».

Depuis plusieurs mois, c’est sa compagne qui remplit le frigo

Car outre le fait de se lever tous les matins pour travailler « pour rien », le climat morose qui entoure le monde agricole se ressent désormais aussi dans la vie de tous les jours. Michael vit dans un village voisin avec sa compagne. Depuis quelques mois, c’est elle qui remplit le frigo. Pas le choix, l’agriculteur ne prend plus de salaire. « Heureusement, sa famille est dans l’agriculture. Donc, elle comprend comment ça se passe. Mais combien de temps pourra-t-on encore tenir ? Il y a un agriculteur qui m’a dit il n’y a pas longtemps : avant on raclait les fonds de tiroir, maintenant on va bientôt vendre le tiroir. » Sourires car Michael ne veut pas non plus passer pour pessimiste et geignard : « On espère que ça va s’arranger.  Ce métier, c’est ma passion. » En attendant, s’il ne fait pas partie de la liste des Jeunes agriculteurs qui a décidé de se présenter aux Régionales (« je ne voulais pas faire ça en plus »), il soutiendra bien évidemment ses camarades au scrutin : « L’objectif, c’est de montrer que nous existons. Que l’agriculture a une place dans l’économie régionale et qu’on ne peut pas faire sans. » Avant un dernier espoir : transmettre ce métier à ses futurs enfants, comme ses parents ont pu lui transmettre (et ce depuis quatre générations à Sercus). « Ce sont nos terres, nos vaches. C’est notre vie. Mais là, il y a des gros points d’interrogation…

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