L'autre information du Nord – Pas-de-Calais

Criée de Boulogne-sur-Mer : silence, on vend !

DailyUne | Réalités Par | 19 janvier 2010

[singlepic id=942 w=320 h=240 float=right]En décembre, DailyNord vous avait fait vivre 24 heures de pêche avec les Coopératives maritimes étaploises. Dans le prolongement de ce reportage, voici comme promis une nouvelle étape de ce voyage. Cette fois-ci, à terre, à la criée de Boulogne-sur-Mer. Et surprise, ici, on ne gueule pas comme un poissonnier justement pour acheter la cargaison. La criée s’est transformée et modernisée.  Désormais, c’est silence, on vend.

5h du matin, criée de Boulogne-sur-Mer. Comme toujours, c’est la nuit que le quartier du port est le plus animé. Sur les quais en tout cas. Car à l’intérieur du bâtiment, c’est le silence. Limite si l’on ose poser un pied devant l’autre de peur de déranger, d’autant qu’il y a quelques forces de la nature dans le secteur.  Surprise pour l’observateur qui s’attendait à vivre l’ambiance des criées d’antan, une sorte de foire où celui qui gueule le plus fort repart avec la cargaison de cabillauds, encornets ou limandes. Gildas Dubois, chef de service de la marée du port de Boulogne-sur-Mer, n’est pas étonné de notre surprise : « Oui, on n’imagine pas ça comme cela. En fait, tout a changé depuis deux ans. »

Finie la voix, bienvenue à l’informatique

Retour en 2008 donc. Le Port de Boulogne-sur-Mer inaugure sa nouvelle criée. Rien à voir avec l’ancienne, la salle a été refaite, pour un peu, on se croirait dans un amphithéâtre de faculté. Avec des élèves (les [singlepic id=943 w=320 h=240 float=left]mareyeurs qui transformeront le poisson, sagement assis dans les travées), des profs en bas de l’arène (les opérateurs), et de drôles de personnages qui observent le tout derrière des vitres en hauteur (les écoreurs, ceux qui vendent la marchandise des bateaux, une spécificité boulonnaise). Tandis que quatre grands écrans sont l’objet de toutes les attentions. Plusieurs chiffres, un cadran auquel le non-initié ne pige pas grand chose. Gildas Dubois explique : « On voit le nom du bateau, le prix de barrage, le prix minimum garanti, le type de caisse, le poids, etc. Et bien sûr le prix. » Qui descend au fur et à mesure selon des paliers prédéfinis. Le mareyeur qui appuie sur sa petite manette en premier gagne l’enchère (qui est descendante). Et il pourra repartir avec son poisson.

Du coup, on l’aura compris, l’ambiance tableau à la craie et la vente à la voix, c’est bel et bien une époque révolue. Qui d’ailleurs avait bien du plomb dans l’aile, nous rappelle Gildas Dubois. « La criée existe depuis plus d’une centaine d’années à Boulogne-sur-Mer. Mais, ces dernières années, elle ne fonctionnait plus car le poisson était vendu directement par les bateaux à quelques acheteurs réguliers. Il y a eu une demande pour revenir à la criée car quand un bateau perdait un client, ça pouvait devenir très dur. » Criée qui a donc évolué vers ce système moderne et coûteux : « Oui, ça a coûté 1,3 millions d’euros, confirme l’homme. Mais alors que nous faisions 100 enchères à l’heure à la voix, maintenant, nous en avons entre 250 et 300… »

15 000 caisses les gros jours de criée

Quand on sait que 15 000 caisses de poissons transitent pour les gros jours de criée (chacune fait environ une vingtaine de kilos pour une moyenne annuelle de 37 000 tonnes de poissons à l’année), on comprend très vite l’avantage. D’ailleurs, il est à peine 6h du matin ce mercredi que la salle commence déjà à se vider (la vente commence vers 4h30-5h). Presque fini, alors qu’avant ça pouvait s’éterniser, confie Gildas Dubois, qui nous invite à faire quelques pas sur le quai de [singlepic id=944 w=320 h=240 float=right]déchargement du poisson, en évoquant le fait que la Chambre de commerce et d’industrie a étroitement collaboré avec les professionnels de la pêche pour cette installation : « Les concepteurs se sont arrachés les cheveux ! » se marre-t-il. Et les pêcheurs ? Pas trop mécontents a priori du changement : « Il y a des gens qui ont râlé, mais maintenant, il n’y a plus beaucoup de mécontents… »Comme on a de la chance, on a croisé un mécontent pour qui “ces cadrans, c’est la mort de la criée… Mais bon, faut évoluer aussi…

Sur le quai, il n’y a plus de bateaux. Déjà repartis en mer. Au sol, il reste donc les caisses qui sont embarquées par les acheteurs qui ont obtenu l’enchère. « Ils vérifient bien entendu que la qualité est au rendez-vous de ce qu’ils ont acheté, précise l’adjoint au service de marée. Si ce n’est pas le cas, ils peuvent toujours annuler la vente. » Et comment reconnait-on la qualité ? Suffit de regarder si l’oeil est vif, si la robe est brillante. Pas facile pour le poissonnier du dimanche. Bref, et si le tout est ok, charge à acheteurs d’emmener les caisses dans les nombreuses entreprises du port de Boulogne-sur-Mer qui oeuvrent dans la transformation de poisson et attendent sur le pied de guerre l’arrivage du jour. Le quai est maintenant presque débarrassé de ses caisses. Au moment où le soleil se lèvera, peut-être que quelques touristes  découvriront étonnés l’endroit désert : « Ça arrive. Les gens ne se rendent pas compte qu’ici, on travaille la nuit. Le matin, c’est déjà fini. » En attendant le retour des prochains bateaux.

Retrouvez les trois volets de notre escapade en mer sur le Nicolas Jeremy

Ce contenu est © DailyNord. Si cet article vous intéresse, vous pouvez reprendre un extrait sur votre site (n’excédant pas la moitié de l’article) en citant bien évidemment la source. Si vous désirez publier l’intégralité de l’article, merci de nous contacter »

3 Commentaires

  1. Vous écrivez dans cet article :” En fait, c’est étonnant, mais la criée n’existe que depuis une dizaine d’années à Boulogne-sur-Mer, pourtant premier port de pêche français.”

    Ah, bon! A vous lire la criée n’existerait que depuis une dizaine d’années à Boulogne sur mer? On m’aurait donc menti pendant si longtemps..? Je tombe de haut!

    Jeune journaliste à Boulogne sur mer dans les années soixante dix, je suivais régulièrement “les cours du poisson” et, de temps à autre, j’allais assister au “spectacle de la criée” vers 5 heures du matin. dans une salle annexe à la halle du premier port de pêche d’alors. J’y croisais des types qui criaient, qui levaient la main et d’autres qui inscrivaient des trucs à la craie sur des tableaux, dans ce qui me paraissait être une grande confusion. J’aimais tellement cette ambiance que j’y ai poursuivi mes visites jusqu’à la fin des années quatre vingts. Très souvent des mareyeurs ou des armateurs venaient me voir et m’expliquaient comment fonctionnaient les enchères. Et moi j’y croyais.

    Et voilà que j’apprends, en vous lisant, que tout cela n’était qu’un spectacle, une comédie jouée pour le journaliste naïf que j’étais, et que la criée n’existerait en réalité que depuis le début des années 2000 à Boulogne sur mer. Tu m’en diras tant, Jonathan !

    A part cela, c’est bien, continuez!

    JG

  2. Très bonne remarque cher confrère !
    Il y a eu en effet une mauvaise compréhension sur ce sujet lors de notre reportage à la Criée. Le rédacteur avait compris cela, et ça l’avait d’ailleurs tellement étonné qu’il se l’était fait répéter… Et il n’avait toujours rien compris, son manque d’habitude de se lever à ces heures non-chrétiennes étant peut-être une – très – faible excuse. Bref, nous avons recontacté Gildas Dubois qui nous avait reçu. Il nous confirme que la criée existe bien depuis une bonne centaine d’années et qu’elle était tombée en désuétude ces dernières années (avant le passage à cette criée moderne). Nous corrigeons bien entendu cela de ce pas et vous remercions pour votre remarque. Et on ne vous a donc pas menti ! Toutes nos excuses ! Quant au “à part cela, c’est bien, continuez !”, on peut le prendre dans les deux sens. Alors, rassurez-vous – ou pas -, on continue et la prochaine que quelque chose nous paraîtra bizarre, on se le fera répéter au moins trois fois !

  3. impossible d’avoir les prix du poisson sous criées via internet,pourquoi????

Réagir à cet article

La rédaction de DailyNord modère tous les commentaires, ce qui explique qu'ils n'apparaissent pas immédiatement (le délai peut être de quelques heures). Pour qu'un commentaire soit validé, nous vous rappelons qu'il doit être en corrélation avec le sujet, constructif et respectueux vis-à-vis des journalistes comme des précédents commentateurs. Tout commentaire qui ne respecterait pas ce cadre ne sera pas publié. Evidemment, DailyNord ne publiera aucun contenu illicite. N'hésitez pas à avertir la rédaction à info(at)dailynord.fr (remplacer le "at" par "@") si vous jugiez un propos ou contenu illicite, diffamatoire, injurieux, xénophobe, etc.

POLITIQUE

EN ROUTE VERS LES DÉPARTEMENTALES ET RÉGIONALES

INFORMATIONS ESSENTIELLES, ANECDOTIQUES, DÉCRYPTAGES, ENQUÊTES, RÉVÉLATIONS, INDISCRÉTIONS, REBONDS DÉCALÉS... TOUS NOS ARTICLES S'INTÉRESSANT AUX FUTURES RÉGIONALES ET DÉPARTEMENTALES 2021 SONT PAR ICI ! ACCÉDER AU DOSSIER

NEWSLETTER DAILYNORD

Bienvenue dans la ville la plus étrange des Hauts-de-France

Elle pourrait loger 5 000 personnes, mais cette ville n'aura jamais d'habitants. Découvrez pourquoi.

Les + lus