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Mer patrie : vingt-quatre heures en mer avec les pêcheurs d’Etaples (1/3)

DailyUne | Réalités Par | 04 décembre 2009

Ils s’appellent Bruno, Nicolas, Vincent, Jean-Noël, Freddy, Karl et Eric. Leur vie, c’est la mer. Celle qui sert à se nourrir. Celle qui les envoie au large des jours durant pendant que la famille les attend à la maison. A l’occasion d’un nouveau grand format, DailyNord a choisi d’embarquer sur le Nicolas Jérémy, l’un des bateaux des Coopératives maritimes étaploises. Récit en trois temps de vingt-quatre heures en mer.

Le récit en images

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2h30 dans la nuit de dimanche à lundi. Le rendez-vous a été donné à côté de la criée à  Boulogne-sur-Mer. Une voiture arrive. Bruno Margollé, notre contact qui a accepté de nous emmener. Il est accompagné de deux autres hommes. « Vous avez tout pris ?  Bottes, sac de couchage ? » Oui, on peut y aller. Quelques centaines de mètres plus loin, on s’arrête devant un bateau. Celui de Bruno, justement.

Pas le temps de discuter, pour le moment, il faut tout mettre en place. Une camionnette arrive. Quatre autres bonshommes en sortent du matériel à la main. Bruno Margollé se dirige directement dans la cabine de pilotage du chalutier, la timonerie. La nuit donne une impression quasi-irréelle à la scène pour le non-initié. Le moteur se met en marche, c’est le moment de partir. Enfin presque, il faut encore attendre le passage de l’écluse. Quelques minutes plus tard, c’est chose faîte. Le chalutier prend la mer. On en profite pour faire le tour des lieux : en haut, la cabine et les filets du chalut. En dessous, par un escalier étroit, la cuisine, les toilettes, une sorte de vestiaire, une douche.  Au milieu l’entrepont, un espace tout en longueur qui servira à pêcher et trier les poissons. Plus bas encore, via un nouvel escalier, à côté de la chaufferie et des moteurs, ce sont les chambres. Des petites couchettes superposées où, une fois l’écluse passée, certains des pêcheurs se rendent pour finir leur nuit.

[singlepic id=809 w=320 h=240 float=left]35 ans de mer pour Bruno

En haut dans la timonerie, Bruno Margollé n’est pas prêt de se coucher malgré son peu d’heures de sommeil cette nuit-là. D’ailleurs, il n’en a pas vraiment envie. Cinq semaines qu’il n’était pas sorti en mer : « J’assure la transition au niveau de la direction des Coopératives maritimes étaploises, explique-t-il.Jusqu’en janvier. Après, je repartirai en mer comme avant. » Alors, ce lundi, c’est un peu la bouffée d’oxygène : « Oui, j’en avais marre de passer mon temps au téléphone. » 35 ans de mer, Bruno. Tombé dans la marmite depuis qu’il est tout petit d’ailleurs. Son père était déjà pêcheur : un bateau en bois. A l’ancienne. Plus rien à voir avec le Nicolas Jérémy, concentré de technologies maritimes. Disponible pour la coquette somme de 2 millions d’euros. Parce que l’inflation a suivi les évolutions de l’informatique : « En 83, quand j’ai acheté mon premier bateau, ça coûtait quatre millions de francs. Il n’y avait pas tous ces appareils bien sûr ! En 1990, pour mon deuxième, c’était 9 millions de francs (soit 1,5 millions d’euros). Celui-ci, je l’ai depuis 9 ans. Mais je n’ai jamais réussi à amortir un bateau. Le remboursement, c’est quand même près de 13 000 euros par mois…  Si je voulais en acheter un neuf : tu comptes 3 millions d’euros.»

Placards cadenassés

En attendant, le Nicolas Jérémy, du nom de deux de ses garçons, dont le premier est aussi sur le bateau, tout comme le plus jeune, Vincent, 17 ans et demi, file dans la nuit. Et la mer calme ne dure pas bien longtemps. Au bout de quelques minutes, le bateau roule de bâbord à tribord (de gauche à droite). On comprend d’un seul coup pourquoi les placards sont cadenassés. D’ailleurs, Nicolas, le fils de Bruno, prévient : « Si tu prends de l’eau dans le frigo, prends-la au moment où le bateau est dans le bon sens. Sinon, t’es bon pour tout ramasser. »  On demande si pour eux la mer est calme… « Rien de bien méchant, mais c’est pas non plus la mer d’huile de l’été. Mais c’est déjà mieux que la semaine dernière. » La semaine dernière, c’était normalement la date prévue pour le reportage. Mais devant le sale temps sévissant sur le Nord – Pas-de-Calais, les pêcheurs avaient décidé de se la jouer plus prudents dans leurs sorties en évitant notamment d’embarquer un passager. « Et surtout, vous auriez été malade. »

L’or noir du moment, c’est l’encornet

[singlepic id=810 w=320 h=240 float=right]Pas malade le journaleux pour le moment, il a pris ses précautions. Mais pas habitué à tenir debout entre les vagues. « Faut s’accrocher », souffle Nicolas. On se cramponne pendant que la poubelle s’offre un bâbord. Le jeune homme l’attache. « Elle ne bougera plus. » Et on en profite pour demander où l’on se dirige. « Aujourd’hui, on reste dans le détroit du Pas-de-Calais, répond Bruno. Regarde là-bas, c’est le phare du cap Griz-Nez. Pas la peine d’aller plus loin. Il y a du poisson à quelques kilomètres des côtes, autant en profiter. » Du poisson à foison ? Pas mal en effet. Notamment du cabillaud… Le mot à ne pas prononcer devant nos hôtes qui s’emportent : « Il y a eu raréfaction du cabillaud en 2005. Il y a donc eu un plan de reconstitution. On n’en voyait plus et d’un seul coup, ils sont revenus. » Pas la peine de se fâcher donc ? Eh bien si, il est là le problème : les pêcheurs doivent respecter un quota. Quand en 2001, il était de 2 400 tonnes pour la flotille, il n’est plus que de 300 tonnes aujourd’hui. Et comme il y a un certain pourcentage à respecter chaque trimestre, ça n’arrange pas du tout les affaires des pêcheurs. « En fait, on nous propose des quotas annuels. Nous, on voudrait des quotas pluriannuels. Comme ça, ça nous permettrait d’anticiper. Notamment financièrement. » Faute d’anticipation, à la place, parmi une trentaine d’espèce de poissons qui reviennent régulièrement dans leurs filets, ils mettent depuis quelques semaines l’accent sur les encornets. Un produit à forte valeur exporté vers l’Espagne ou l’Italie : et pas de problème de quota, là. « Ils ont une espérance de vie très courte. Si on ne les pêche pas, ils meurent.En ce moment, c’est un peu notre or noir.» Autant en profiter.
Pour ceux qui sont partis se reposer dans les couchettes, c’est l’heure de se lever quelques instants : afin de mettre en place le chalut (le filet) dans la mer. Il est 5h30. « Va te coucher, ordonne Bruno. Dans trois heures, ce sera la première pêche. Ne t’inquiète pas, tu seras réveillé. »

Retrouvez l’intégralité de ce grand format :

Mer patrie : vingt-quatre heures en mer avec les pêcheurs d’Etaples (1/3)

Mer patrie : vingt-quatre heures en mer avec les pêcheurs d’Etaples (2/3)

Mer patrie : vingt-quatre heures en mer avec les pêcheurs d’Etaples (3/3)

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3 Commentaires

  1. tanguer : de proue à poupe
    rouler : babord à tribord

  2. Merci pour votre précision sur ce vocabulaire maritime. Donc la phrase doit donner : “le bateau roule de bâbord à tribord”, si je comprends bien ? Je le corrige de ce pas. Si d’autres marins voient des termes mal employés, qu’ils n’hésitent pas à nous éclairer…

  3. Reportage de qualité qui montre une fois de plus l’intérêt que vous portez à la vie des gens.
    Le métier de marin pêcheur est particulièrement difficile et dangereux
    Vivement la semaine prochaine pour lire la suite.

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