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DailyUne | Rebrousse-poil Par | 12H45 | 02 décembre 2009

Le Louvre-Lens pour les nuls

Le Louvre à Lens. Depuis 2003 qu’on en parle… Les mauvaises langues avaient même fini par le surnommer « l’Artésienne ». Mais le voilà, il arrive. La première pierre sera posée en grande pompe ce vendredi, jour de sainte Barbe (patronne des mineurs), pour une ouverture en 2012. Bon, le Louvre à Lens, vous n’y comprenez rien ? Vous avez oublié de quoi il s’agissait ? On a volontairement fait très très simple : le Louvre en questions, rien que pour les nuls.

Un Louvre décentralisé, c’est quoi ?

Dé-mo-cra-ti-sa-tion culturelle. Rapprocher la culture des habitants. Un vieux projet qui sommeillait dans les cartons ministériels et remis au goût du jour en 2003 par le ministre de la Culture de l’époque (Jean-Jacques Aillagon). Et dans son plan de décentralisation culturelle, il y avait l’emblématique musée parisien. Aussitôt annoncé, aussitôt candidate, la Région postule avec Arras, Lens et Calais. Les trois villes seront rejointes dans les mois suivants par Amiens, Valenciennes, Boulogne-sur-Mer et Béthune (laquelle laissera finalement tomber, jugeant ne pas avoir les moyens d’un tel équipement). Pourquoi le Nord – Pas-de-Calais ? Parce que la région offrait les meilleurs atouts : une situation au carrefour de l’Europe, un poids démographique, des infrastructures routières et ferroviaires, une zone de chalandise énorme aussi avec 28 millions d’âmes (8 millions de jeunes) à deux-trois heures maxi de trajet (Paris, Belgique, Pays-Bas, sud de l’Angleterre).

Pourquoi coller le Louvre à Lens ?

Question de symbole. Démocratisation culturelle, on a dit. Forcément, mettre le Louvre dans un bassin ouvrier, ça renforçait encore le symbole. D’autant que le site retenu était un ancien carreau de mine. Dans un premier temps, Lens est apparue moins bien lotie que ses concurrentes (bah oui, Lens c’est juste bon pour le foot, qu’est-ce qu’on va aller mettre un musée là bas?). Mais le lobbying intense de Jack Lang et Daniel Percheron a payé. L’annonce, maintes fois repoussée durant un an, devait finalement intervenir le 29 novembre 2004 avec la visite express de Jean-Pierre Raffarin (alors Premier ministre). Cinq ans, quasiment jour pour jour. La candidature lensoise avait largement exploité le filon de la démocratisation: cette terre souvent délaissée qui avait tant donné par le passé pour la reconstruction de la France, etc. « Un pays ne peut oublier ceux qui se sont sacrifiés pour lui. C’est une décision de mémoire et d’avenir », dira même Raffarin lors de sa venue. Au-delà des beaux discours, il y a aussi cette anecdote moins connue. Juillet 2004, le ministre de la Culture (Renaud Donnedieu de Vabres, on avait changé entretemps) inspectait alors les différents sites candidats. A Lens, trois veuves de mineurs avaient surgi de leurs corons et  apostrophé le ministre pour l’inviter à boire “un tiot’ bistouil”. Avec leurs mots bien à elles, ces trois dames avaient alors dit pourquoi elles désiraient voir ce Louvre à Lens. Une intervention spontanée qui avait séduit le ministre et sans doute plaidé en faveur de Lens.

On l’ouvre quand le Louvre ?

Annoncé en fanfare en novembre 2004, on escomptait d’abord une inauguration pour 2009. Mouais, optimiste. La structure aluminium et verre de l’agence japonaise Sanaa a posé quelques soucis. Du coup, il a fallu revoir le projet, lequel sera validé en 2007. Petit retard. Ouverture repoussée fin 2010. Et puis, il y a eu ce premier appel d’offres demeuré infructueux pour le lot concernant le gros œuvre. Plutôt gênant: les coût dépassaient allègrement les estimations. Nouveau retard. La quinzaine de lots du second appel d’offres lancé en avril dernier ont finalement trouvé preneurs. Les travaux ont déjà commencé avec des sondages début 2009 et le terrassement à l’automne. Le gros du chantier (300 personnes y seront employées) interviendra courant 2010 et 2011. Et l’ouverture ? Mi 2012, si rien ne vient contrarier le projet.

Ça coûte combien un Louvre ?

Forcément, un Louvre, ça coûte un peu plus cher qu’un musée de la tyrosémiophilie (*). A l’origine du projet, on parlait de 30 à 45 millions d’euros… C’était en 2003 et il s’agissait alors d’une vulgaire estimation. Un an et demi plus tard, lorsque Lens a été choisie, on tablait plutôt sur une ardoise de l’ordre de 100 millions d’euros et de 10 à 15 millions d’euros de frais de fonctionnements annuels. Puis, 127 millions en 2007. Et une nouvelle inflation de 23 millions d’euros supplémentaires en février 2009… Tout compris :  frais d’études, aménagements extérieurs, honoraires d’architectes… Qu’on se rassure, en fin de compte, lors de la signature des marchés, le coût de la construction a déjà été abaissé de 20 % passant ainsi de 109 à 83 millions d’euros. Chic alors, ça valait peut-être le coup d’attendre… Forcément, des millions d’euros ça parle pas. Pour se faire une idée, le coût total de ce musée est l’équivalent de trois gros lycées.

Qui c’est qui paye ?

Le contribuable, évidemment. Qui voulez-vous que ce soit d’autre ? Quelques mécènes privés (Nexans, Veolia environnement…) interviennent cependant à hauteur de 5%. Pour le Louvre-Lens, l’Etat qui ne devait pas mettre la main à la poche (c’était le contrat initial dès 2003) s’est ravisé: il financera le musée à hauteur de 4%. Moralité, le Conseil régional se retrouve en première ligne: il financera l’équipement à hauteur de 59%. L’Union européenne (à travers le Feder) ouvre aussi le porte-monnaie à hauteur de 20%. Le Conseil général du Pas-de-Calais, 6 % tandis que la ville de Lens et la communauté d’agglomération de Lens-Liévin se partagent les 6% restants. Les frais de fonctionnements (estimés à 15 millions d’euros par an) seront répartis entre les différentes collectivités territoriales. Quelque 500 000 visiteurs annuels sont escomptés et sans doute beaucoup plus pour la première année.

On va y voir la Joconde ?

Ah, ça forcément, le sourire de la Mona Lisa à Lens, ça vous plairait. Eh bien non. Peu de chance qu’elle quitte la rue de Rivoli. Le Louvre-Lens n’aura pas de collection propre. En revanche, il recevra deux expositions temporaires alimentées par les huit départements du musée parisien. La première expo temporaire devrait être consacrée à la Renaissance. Il y aura donc des chefs d’œuvres qui passeront par là. A l’ouverture du musée, il est aussi prévue une “galerie du temps” de 2 000 m2 et 300 œuvres, allant du IVe siècle avant notre ère jusque 1850. Enfin, des artistes contemporains de renommée internationale seront aussi amenés à exposer. Dernière chose, le Louvre-Lens se veut innovant: il dévoilera ses coulisses d’ordinaire non accessibles au public. Les visiteurs pourront ainsi accéder aux ateliers de restauration des œuvres, aux réserves, etc.

La cérémonie officielle de la pose de la première pierre aura lieu ce vendredi 4 décembre, à 11h, à la Fosse 9, site du musée. Par la même occasion, la Maison du projet Louvre-Lens (dans l’ancien centre culturel Albert Camus à Lens) ouvrira officiellement ses portes.
(*) Collection d’étiquettes de fromages.

3 Commentaires

  1. Soit dit en passant, avec une grève des employés du Louvre et d’autres musées depuis deux jours pour cause de baisse d’effectifs et de moyens à gérer, il va être chaud comme une baraque à frites le Fredo pour la pose de la première pierre de ce vendredi.

  2. Bonjour,
    avec un peu de retard : pourquoi être si méchant par rapport à cette démarche ?

    Pourquoi voulez-vous confondre vulgarisation de l’art, incitation à aller plus loin comme au vrai Louvre et démocratisation ?

    Je suis allé à Lens hier.
    C’est évidemment “pauvre”, tout comme c’était à Metz il y a quelques années et, peut-être, encore aujourd’hui.

    C’est normal non ?
    La Joconde ne supporte plus les voyages à son âge. Sourires

    Que ce soit à la charge du citoyen ?
    Tout est à sa charge et, à la limite, je préfère donner quelques Euros pour ce projet que pour entretenir des projets avortés tels que la taxe sur le gas oil pour éponger l’écotaxe…

    Vous en pensez quoi, là-haut, chez Daily Nord ? 😉

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