L'autre information du Nord – Pas-de-Calais

Le livre qui décode l’affaire Florence Cassez

DailyUne | Réflexions Par | 07 décembre 2009


Florence Cassez s’apprête à fêter son quatrième Noël dans sa cellule mexicaine. Quatre ans pile, ce 8 décembre 2009. La Béthunoise (35 ans), qui n’a jamais cessé de clamer son innocence, a été condamnée à 60 ans de prison pour enlèvements et séquestrations. Alain Devalpo et Anne Vigna, deux journalistes indépendants, ont repris l’affaire depuis ses débuts. Et décortiqué l’épais dossier judiciaire mexicain. Ils viennent de publier une enquête qui  pointe les failles du dossier et disculpe totalement la jeune femme.

[singlepic id=841 w=320 h=240 float=left]DailyNord: Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Florence Cassez ?

Alain Devalpo: « J’ai eu vent de cette histoire en 2006, lors d’un reportage sur la campagne présidentielle au Mexique. Florence Cassez était emprisonnée depuis deux mois déjà (elle a été interpellée le 8 décembre 2005, ndlr). J’ai alors pu rencontrer la famille qui était sur place. J’ai donc rencontré Florence Cassez une première fois et je l’ai interviewée pour un premier reportage. Dès le début, beaucoup de questions abracadabrantes sont apparues autour de cette histoire: j’ai su alors qu’il était nécessaire de fouiller davantage.  »

Un dossier de 10 000 pages

DailyNord: Comment est né ce livre ?

Alain Devalpo: « La famille de Florence Cassez ne s’est plus exprimée jusqu’au verdict en avril 2008. Avec son accord, je me suis alors penché de nouveau sur cette histoire et nous avons eu accès au dossier. A travers ce que je lisais sur cette affaire, une certaine méconnaissance apparaissait nettement. Il me semblait donc intéressant de reprendre l’histoire depuis le début. De voir comment une opération de communication menée par la police s’était emballée. Dans un deuxième temps, il paraissait important de rappeler le contexte avec un pays victime de nombreux enlèvements. Enfin, nous souhaitions montrer que Florence Cassez n’est pas une simple erreur judiciaire et qu’elle illustre la dérive de tout un système. Il existe ainsi d’autres histoires similaires. »

DailyNord: Quel est l’intérêt de ce livre ?

Alain Devalpo: « L’intérêt du livre est de remonter aux sources. Le dossier de Florence Cassez comporte quinze volumes et rassemble 10 000 pages : la justice mexicaine est une justice écrite. Nous avons examiné les compte-rendus d’audiences, les procès-verbaux, les rapports de police. Nous en avons extrait les documents les plus intéressants et notamment les premières dépositions de Florence Cassez. Nous avons aussi rencontré la jeune femme à plusieurs reprises, sa famille, ses avocats français et mexicains… A partir de là, nous avons mené un travail d’investigations assez long et nous avons reposé les déclarations dans leur contexte afin d’expliquer comment c’était possible. Pour beaucoup de Français, l’affaire Florence Cassez, c’était comme regarder Canal + sans décodeur. Ce livre est un peu le décodeur : il permet d’avoir une vision nette de l’histoire. »

« Nous démontrons que Florence Cassez est totalement innocente »

DailyNord: Vous avez évoqué l’importance du contexte mexicain, quel est-il ?

Alain Devalpo: « Dans le livre, nous restituons le contexte mexicain depuis une dizaine d’années. En 2000, le pays a vécu un séisme comparable à la chute du mur de Berlin: le parti au pouvoir depuis 70 ans a perdu les élections. Du coup, beaucoup de choses ont été totalement bouleversées. Pour bien comprendre l’affaire Florence Cassez et ses méandres politico-judiciaires, il est important de préciser ce contexte. La manière dont certains médias sont utilisés par le pouvoir. Ce livre ne dénonce pas le système judiciaire, mais certaines personnes responsables de dérives. »

DailyNord : Que vient faire là-dedans la jeune Béthunoise  ?

Alain Devalpo: « Florence Cassez est aujourd’hui prise dans cette tourmente. Par sa culture française, par son éducation, elle dénonce aujourd’hui ces agissements et cette dérive, tandis que beaucoup d’autres personnes mexicaines dans sa situation préfèrent se taire. Par l’écho qui lui est accordé, elles est ainsi devenue le porte-parole de centaines de personnes aujourd’hui emprisonnées pour les mêmes motifs. Involontairement, elle est ainsi devenue un symbole. »

DailyNord: Quels sont les enseignements du livre ?

Alain Devalpo: « Nous arrivons à démontrer que Florence Cassez est totalement innocente des charges retenues contre elle. On se retrouve ainsi avec une personne innocente en prison et des coupables courant toujours. Les coupables sont pourtant connus: leurs noms apparaissent même dans le livre. Nous avons aussi rapporté de nombreux faits inédits sur l’ex compagnon de la Française.  »

DailyNord: Innocente et malgré tout condamnée à 96 ans la première fois, puis à 60 ans de prison en appel. Quel espoir demeure pour la jeune Nordiste ?

Alain Devalpo: « Judiciairement, politiquement, diplomatiquement, l’affaire semble au point mort. Le Quai d’Orsay affirme réfléchir à une solution. Sur le plan juridique, il existe la possibilité de déposer un dernier recours. Mais le meilleur espoir de Florence Cassez est sans doute la mobilisation citoyenne. Quinze jours après avoir remis notre manuscrit, Jacinta était libérée (une histoire similaire à celle survenue à la jeune Française, condamnée à 21 ans de prison, Jacinta a été libérée en septembre après trois ans de détention, ndlr). Des journalistes mexicains dénoncent également ces dérives. Ils ont ainsi raconté l’histoire de Jacinta et l’opinion publique a fait pression. En France, il est encore nécessaire d’y travailler et de mobiliser. »

Alain Devalpo est journaliste indépendant basé à Paris. Il collabore notamment pour Radio France international et France Culture pour de nombreux reportages à l’étranger.  Anne Vigna est correspondante permanente au Mexique où elle collabore aux médias audiovisuels français.

Florence Cassez, Jacinta, Ignacio et les autres peines mexicaines, d’Alain Devalpo et Anne Vigna aux éditions First, novembre 2009, 370 pages, 17,90 euros.

Un rassemblement en soutien à Florence Cassez est programmé ce mardi 8 décembre devant l’ambassade du Mexique à Paris. Le site de soutien à Florence Cassez.


Ce contenu est © DailyNord. Si cet article vous intéresse, vous pouvez reprendre un extrait sur votre site (n’excédant pas la moitié de l’article) en citant bien évidemment la source. Si vous désirez publier l’intégralité de l’article, merci de nous contacter »

3 Commentaires

  1. Ce que Blizak dit sont de bêtises. Personne peut dire si Cassez est coupable ou non mais seulement la justice. La justice mexicaine, qui a ses défauts mais qu’elle n’est pas complètement corrompu comme certains le font paraitre, a déterminé que Cassez est coupable, il y a eu de témoins directs qui ne se sont pas démentis. Ce que m’étonne le plus c’est que les français ne se demandent jamais publiquement sur la coupabilité de ses concitoyens, comme dans ce cas, ils se limitent à parler de la mise en scène de la police, c’est vrai c’est une bêtise de la police mexicaine, mais pas si rare dans autres pays, voir même la France. Une mise en scène est en fait courant pour reconstruire de faites, ce qui n’est pas acceptable c’est que celle-ci a été faite pour les media, une connerie qu’il faut bien dénoncer. D’ailleurs, la police l’avait déjà admis il y a longtemps!

    Cette personne qui dit que Cassez a été arrêté sur la route sans rien a voir. Cassez a même accepté être la copine du principal kidnappeur, vous croyez alors qu’elle ne savait rien? Peut-etre… mais il faudrait bien se poser le bonnes questions et non pas les questions idiotes. Vous déterminez qu’elle est innocent seulement parce qu’elle est française, et ensuite on signale que ce le Mexique réagi de manière nationaliste?

    Pareil pour Ingrid Betancourt et d’autres cas que le français achètent toujours et que ne sont que de manipulations politiques motivés par la mauvaise foi, pour gonfler les politiciens qu’y font recours a ce genre de publicité. Ne vous trompez pas, j’aime la France mais arrêtez les bêtises et signalez les vraies injustices.

  2. Tout de même on est gêné par ces leçons que donne « la » France avec une certaine condescendance voire mépris surtout en cette période. Florence Cassez était bien la compagne d’un gus connu pour être un spécialiste des enlèvements contre rançon, et de surcroît vivait avec lui dans l’hacienda même où les otages étaient détenus, non ? Pas trop curieuse si réellement elle ne s’est rendue compte de rien. Quid des gens qui l’ont reconnue ? Un complot? Bon. Et du détenu qui l’a lui aussi mise en cause ? Un deal avec les policiers contre une réduction de peine, des heures de télé en sus etc? D’accord. Mais tout de même : pourquoi elle ? Parce qu’elle a dénoncé la vidéo de son arrestation, certes bidouillée, on est d’accord, c’est embêtant certes mais pour laquelle on en fait des tonnes (!)… bidouillage qui n’est en aucun cas une garantie de son innocence, juste une tache sur la manière dont les flics veulent à tout prix redorer leur blason. Malgré toute notre bonne volonté, on a du mal à y croire. Une question jamais posée toutefois : quid du frère pote avec des grossiums peu présentables et en bisbille avec iceux, (une question d’argent évidemment) qui auraient pu utiliser Florence comme moyen de pression sur lui ? De son frère, installé au Mexique qu’elle venait rejoindre, celui-là même qui l’avait présentée au kidnappeur qui devient son élu, vous remarquerez que plus personne ne parle jamais. Cela effectivement accréditerait la théorie du complot qui ferait d’elle un fusible voire une otage ou encore un exemple genre « voilà ce qui arrive lorsqu’on parle ». Mais on a un peu de mal à le croire (et puis, lorsqu’elle fut arrêtée et emprisonnée, dénoncer depuis la prison -ce qui prouve par parenthèse que les prisons mexicaines sont plus cool que les françaises- le bidouillage de la vidéo de son arrestation avec une belle vigueur et présenter ça comme un scoop prouvant son innocence… était, dans sa situation, d’une rare maladresse voire arrogance, vulgairement parlant, quand on a un trou à son pantalon, on ne monte pas au mât de cocagne) et les rodomontades de Sarko ne font qu’accentuer encore ce sentiment de gêne. Reste que 60 ans c’est beaucoup, et qu’elle serait mieux à les purger en France pour pouvoir recevoir ses proches : au Mexique, c’est bien à une double peine qu’elle est condamnée, pas prévue.

  3. En fait, j’ai un peu modifié ma position à la lecture de divers documents. Connaissant le Liban mais non le Mexique, je n’imaginais pas à quel point la police de ce pays était corrompue et reliée aux gangs, à la politique parfois (c’est pire qu’au Liban en fait, et le pays -hors situation de guerre- est encore plus violent). La voici résumée avec un « scoop » intéressant qui change pas mal la donne :
    http://www.lepost.fr/article/2011/02/16/2407240_sanofi-et-florence-cassez-ou-on-retrouve-des-liens-avec-les-labos-et-les-affaires_1_0_1.html
    Et je salue un auteur qui pour la première fois, en défendant Florence Cassez mentionne aussi d’autres victimes, Jacinta, Igniatio et tant d’autres qui furent détenus comme elle (pour raisons « politiques » dans le cas d’Igniatio, burlesques seulement dans celui de Jacinta, accusée d’avoir -seule?- retenus « prisonniers » deux ou trois flics armés jusqu’aux dents -pas forts les gus ! on devrait les virer fissa-.) Par ailleurs, le cas de Florence Cassez est différent et je maintiens qu’elle ne pouvait ignorer les gestes de Vallarta mais à tout coup elle est une otage qui a payé bien plus que son dû et qui devrait être rapatriée fissa si seulement Sarko ne la ramenait pas trop genre continental droits de l’homme contre rastaquouère droits de bibi et mes potes, ça lui va comme un tablier à un canard. Ma qué!

Réagir à cet article

La rédaction de DailyNord modère tous les commentaires, ce qui explique qu'ils n'apparaissent pas immédiatement (le délai peut être de quelques heures). Pour qu'un commentaire soit validé, nous vous rappelons qu'il doit être en corrélation avec le sujet, constructif et respectueux vis-à-vis des journalistes comme des précédents commentateurs. Tout commentaire qui ne respecterait pas ce cadre ne sera pas publié. Evidemment, DailyNord ne publiera aucun contenu illicite. N'hésitez pas à avertir la rédaction à info(at)dailynord.fr (remplacer le "at" par "@") si vous jugiez un propos ou contenu illicite, diffamatoire, injurieux, xénophobe, etc.

POLITIQUE

EN ROUTE VERS LES LÉGISLATIVES

INFORMATIONS ESSENTIELLES, ANECDOTIQUES, DÉCRYPTAGES, ENQUÊTES, RÉVÉLATIONS, INDISCRÉTIONS, REBONDS DÉCALÉS... TOUS NOS ARTICLES S'INTÉRESSANT AUX FUTURES LÉGISLATIVES 2022 SONT PAR ICI ! ACCÉDER AU DOSSIER

NEWSLETTER DAILYNORD

Bienvenue dans la ville la plus étrange des Hauts-de-France

Elle pourrait loger 5 000 personnes, mais cette ville n'aura jamais d'habitants. Découvrez pourquoi.

Les + lus