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Les chiens en bout de messe

Petite histoire Par | 06 novembre 2009

Une église qui admet les chiens, c’est pas courant. Et un prêtre qui leur accorde sa bénédiction? Ça court pas les rues non plus. Ce samedi, le Père Olivier Plichon bénira les chiens à l’issue de son office à Rejet-de-Beaulieu (près du Cateau-Cambrésis) et à l’occasion de la fête de saint Hubert. Une tradition ancienne souvent oubliée et remise au goût du jour.

L‘idée semblera peu orthodoxe. Mais à la vérité, le père Olivier Plichon paraît lui même être un drôle de curé. Quarante-cinq ans, amateur de whisky, de cigares, internaute… Notre curé télécharge sa musique sur iTunes, utilise un iPhone et il lui arrive aussi de courir les bois pour chasser. Rien d’étonnant donc qu’à la Saint-Hubert (patron des chasseurs), le Père Plichon ait coutume de bénir les chiens de chasse en forêt de Mormal. C’est d’ailleurs après une de ces séances que l’idée d’étendre cette bénédiction à Rejet-de-Beaulieu lui est venue. Légitime puisque la commune est placée sous le patronage de saint Hubert. Non pas parce que ce modeste village (235 âmes) serait voué corps et âme à la chasse, mais en raison d’une anecdote historique. Anecdote contée par Madame la maire, Augustine Noirmain : “Cela remonte très loin, en 1707. Un vieil homme s’était fait mordre par un chien enragé. Il a été implorer saint Hubert qui l’a guéri et, en signe de reconnaissance, il a érigé une chapelle”. Et depuis, on célèbre saint Hubert dans le village.

Anima signifie “âme” en latin

La chasse a beau être étrangère à cette dédicace, le Père Plichon s’attend à voir pas mal de chiens de chasse à l’issue de son office. Rien n’empêche cependant mémé de se pointer avec son yorkshire. Notre curé promet de ne faire aucun “racisme canin”. Caniches, chiens leveurs, chiens d’arrêt, terriers… tous seront bénits. Sans distinction du moment qu’il s’agit de chien et non de poissons rouges, de chats, de canaris comme ça se voit parfois lors de messes dédiées aux animaux (oui, ça existe!). D’ordinaire, notre prêtre officie à l’extérieur pour cet exercice particulier. Cette fois, faute de parvis, les animaux pourront pénétrer dans l’église. Après tout, “dans la tradition et les peintures du Moyen-âge, on voit des chiens dans les églises.” Et l’érudit curé nous apprend même que dans ces temps reculés, on a vu des vaches recevoir ce sacramental.  “N’importe quel animal a une âme et peut donc être bénit”. Petit coup de latin pour asseoir la démonstration: anima = âme.

Simple bénédiction

Dans la pratique, on est curieux de voir ce que cela peut bien donner. Détail du programme livré par le Père Plichon. “Au début, je vais reprendre un petit texte sur le livre de la Genèse concernant les animaux.” Et ensuite ? “Je peux asperger d’eau bénite les chiens et leurs maîtres, mais la dernière fois que j’ai fait ça, j’ai eu un concert d’aboiements.” La scène est promise à un certain folklore. Mais notre curé n’est nullement gêné: “Vous savez, une messe a un aspect théâtral.” Et la portée de cette bénédiction ? “Bénir, cela veut signifie “dire du bien”. A travers cette bénédiction, on dit donc du bien de la part de Dieu, parce que ces animaux nous aident dans notre vie.” Sans autre prétention. Le prêtre dit d’ailleurs “être attentif à ce que les gens prennent cela comme un rite de passage et non comme un acte magique.”

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2 Commentaires

  1. Tout à fait étonnant. D’autant que j’ai connu un Olivier Plichon, excellent attaquant du club de foot de Meurchin. Il doit avoir le même âge. Un homonyme ?

  2. Un coup de goupillon n’a jamais fait de mal à un chien…
    Ce prêtre me semble bien sympathique.
    Je trouve tout de même dommage qu’il se rende complice d’une des plus cruelles pratiques de chasse (interdite dans de nombreux pays) et je ne suis pas sûr que tous ces chasseurs considèrent la messe Saint Hubert comme un simple “rite”…
    De plus en plus de prêtres se montrent hostiles à cette tradition qui a toujours été douteuse (Le clergé a maintes fois interdit la chasse à courre au cours de l’histoire).
    N’oublions pas que Saint Hubert a été un chasseur repenti, ce qui rend cette messe encore plus incompréhensible pour de nombreux croyants.

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