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Au théâtre des enchères rurales

DailyUne | Réalités Par | 12 novembre 2009

Le 11 novembre, il y en a qui défilent ou commémorent l’Armistice. Et il y en a d’autres qui ont des activités bien plus terre à terre. Genre assister à une vente aux enchères. Enfin, pas la vente aux enchères de la dernière collection du Duc d’Armentières. Plutôt celle de la vie de tous les jours, entre voitures, électronique ou matériel agricole. Carnet de notes dans une main et appareil photo dans l’autre, nous nous sommes rendus à Lynde (Hazebrouck) pour une vente d’électroménager et d’hi-fi à prix cassés dans un hangar en campagne. Ambiance théâtrale garantie.

[singlepic id=712 w=320 h=240 float=left]Lynde, ce mercredi matin. Lynde ? Petite commune de 625 habitants au dernier recensement, située non loin d’Hazebrouck en Flandre Intérieure. La campagne nordiste.  D’ailleurs, pour y accéder, ce sont les petites routes. Peu fréquentées, à part par les tracteurs ce mercredi matin. Sauf du côté de la rue de Verdun. Il est à peine 9h, le parking d’un hangar agricole, d’un magnifique vert-marron, est bien rempli. Et à l’intérieur, il y a déjà de l’animation.

« Bienvenue dans les ventes aux enchères rurales » s’exclame Jean-François Waeselynck, huissier de justice hazebrouckois. Rurales, en effet. Ici, on n’est pas chez Mercier, la célèbre salle des ventes lilloise. On en est même loin. Pas de sièges, juste trois fauteuils à vendre sur lesquels on s’installe pendant qu’à un bout du hangar, les premiers arrivants observent, soupèsent, notent les lots qui leur seront proposés dans quelques dizaines de minutes. « Ici, c’est de la vie, vous allez voir, reprend notre hôte. L’étude loue ce hangar pour une question de place, ce qui nous permet d’organiser les ventes. » Car à Hazebrouck, comme d’autres villes régionales de cette envergure, les salles d’enchères avec commissaire priseur ont disparu depuis bien longtemps : et depuis trois ans, l’étude Waeselynck a donc été désignée par le tribunal de commerce pour organiser des enchères.

Un coupé de 30 000 kms à 6 400 euros

Les enchères. Une activité qui doit bien marcher en temps de crise. Car acheter un coupé de 30 000 kms à 6 000 euros, ça vaut le coup… « Oui, ça fonctionne bien. Nous en faisons environ une par mois. » Des ventes tantôt issues de saisie judiciaire, tantôt de faillites ou encore d’enseignes qui veulent déstocker les invendus et retour SAV. [singlepic id=714 w=320 h=240 float=right] Comme ce mercredi où l’essentiel de la vente sera consacré au petit matériel électroménager et hi-fi. Mais on trouve de tout selon les ventes. Du matériel agricole, des voitures, des meubles. Et à côté des fameux fauteuils, un vieux vélo de course et des outils traînent : « c’est un artisan qui a fait faillite. On vendra ça prochainement. L’objectif, c’est que lui et moi, on s’y retrouve. On n’est pas là pour flouer les gens. »

Il est dix heures passées. La vente commence. Pas de marteau, ni de siège pour notre huissier à la veste de cuir. En guise d’estrade, une palette. Devant lui, une centaine de personnes qui se rapprochent. Debouts et bien emmitouflées, prêtes à écouter la liste des lots qu’elles connaissent déjà par coeur. On commence par la voiture. 5 000, 5 200, 5 400 et ainsi de suite jusqu’à 6 400. Ensuite, quelques palettes cellophanées. A l’intérieur, imprimantes, scanners, fours à micro ondes, petits gadgets électro en pagaille. Mise à prix : 60 euros. On se les arrache. L’une d’entre elles s’envole à 220. « Qu’est-ce qu’elle a de plus que les autres, plaisante Jean-François Waeselynck, qui a l’air très à l’aise dans son rôle de vendeur et d’amuseur public.

La récré de l’huissier

On continue. Maintenant, c’est du lot par lot : des rideaux Disney, des bouquins, des jeux Playstation, des téléviseurs LCD, des centrale-vapeurs, des chaînes hifi, des cadres numériques, des WII. Mise à prix moyenne : 15-20 euros. Autant dire que dès que les enfants de l’huissier brandissent les objets [singlepic id=710 w=320 h=240 float=left] disposés derrière lui (« oui, c’est de l’esclavagisme moderne, je fais bosser mes enfants »), ça renchérit. Un bras qui se lève par ici. Un autre par là. Un troisième par là-bas. L’huissier pointe du doigt à chaque enchère. N’hésite pas à donner de sa personne : « Les enchères, c’est du théâtre. Surtout ici, en milieu rural, ça a vraiment un côté sympa. C’est un peu ma récré. » Une récré rémunératrice. Car si les sommes paraissent dérisoires pour l’acheteur, il transite tout de même un sacré paquet en ce mercredi. En témoigne cet acheteur un peu à l’écart en train de recompter sa liasse de billets de 50 euros…

Gaëtan, lui, est venu de Holque, non loin de là. On discute avec lui, clope au bec, à l’entrée du hangar. C’est un habitué des salles d’enchères. « Calais, Lille, ici aussi. » Et il aime bien l’ambiance des enchères lyndoises, beaucoup plus que les lilloises d’ailleurs : « N’en parlez pas trop, y a déjà trop de monde aujourd’hui. Ce que je veux acheter ?  Des chaînes hi-fi et des centrales vapeur. » Pour revendre ? « Non, pour les cadeaux de Noël. Mais je ne dis pas que ça vient d’ici, c’est la magie de Noël ! Allez, à plus, j’y retourne. »

Des objets que l’on retrouve sur le web

Si Gaëtan fait des cadeaux, d’autres achètent pour revendre. Jean-François Waeselynck n’est pas dupe. « Il y a des objets qui sortent d’ici que l’on retrouve sur Le Bon Coin. Avec toujours les mêmes excuses, « cause double emploi ». C’est de bonne guerre ! » Avant de parler du public : « On reconnaît les [singlepic id=709 w=320 h=240 float=right]habitués, confirme-t-il en nous designant du regard un bonhomme qui vient d’une solderie du Pas-de-Calais. D’ailleurs, ici, la plupart viennent souvent. Lui, je le connais : il va encore me proposer une enchère à 2 euros, en dessous du prix de départ. Je joue le jeu, je vais encore lui dire non ! » Et ça n’a pas manqué même si notre homme s’est montré plus généreux :  il en a proposé 10. Au lieu des 15. Ce qui n’a évidemment pas suffi. Mais toujours avec le sourire pour l’acheteur et l’huissier, tandis que derrière lui, une sexagénaire consulte fiévreusement la liste des lots restants.

Le show continue. « C’est mieux que de défiler pour le 11 novembre, n’est-ce pas ? » « Ah, c’est mal rangé ici, on dirait ma chambre », « On voit que vous préferez vous amuser que lire ! » « Un lecteur avec HDMI, je ne sais pas ce que c’est ce truc » « Tiens, une litière pour chat automatique, c’est la première fois que je vois ça : pour ceux qui ont des problèmes la nuit », Jean-François Waeselynck est à fond dans son rôle. Il le tiendra avec ferveur jusqu’à la fin de la journée, une fois que les 300 lots auront trouvé preneurs. Le hangar marron-vert n’aura alors plus qu’à fermer ses portes. Jusqu’à la prochaine récré rurale.

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