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DailyUne | Humeur Par | 23H57 | 08 octobre 2009

Hénin, la nouvelle saison démarre

Plus fort qu’une série du début d’après-midi diffusée sur une chaîne de grande audience, Hénin-Beaumont. Et son univers impitoyable. Ou lorsque la politique-réalité ose ce que la fiction jugerait grossier. Le diable Dalongeville enterré par tous surgit de sa boite et on risque même de lui rendre son écharpe de maire. Burlesque, non ? De quoi relancer la nouvelle saison.

En publiant Hénin-Beaumont, le feuilleton, au printemps dernier, on ne pensait pas être autant dans le vrai. Oui, Hénin a décidément tout du mauvais feuilleton. Retournements de vestes, alliances de circonstances, opportunismes, malversations, rebondissements tirés par les cheveux, tous les ingrédients sont réunis. Un illusoire dénouement en juillet avec les élections municipales, une inattendue intrigue judiciaire pour rebondir la saison suivante. Et comme pour une mauvaise saga à bout de souffle, saison après saison, on use de scénarios de plus en plus improbables. Dallas avait osé ressusciter le gentil Bobby (ne me demandez pas de quelle saison il s’agit, ma culture générale a des limites), Hénin nous ressert la même ficelle.

Dalongeville est donc de retour. Depuis sa cellule de Longuenesse (Saint-Omer), l'(ex) maire menace de faire sauter l’arrêté ministériel qui l’a suspendu de ses fonctions en avril (l’article de Nord Eclair par exemple pour le détail). Coup d’éclat voué à l’échec ? Même pas. A la lecture de la presse des derniers jours, notre homme a de solides raisons d’y croire. La suite ne serait plus qu’un château de cartes sur lequel il suffit de souffler. Deux maires pour un fauteuil, inédit et cocasse dans les annales de la République. La promotion de la nouvelle saison est assurée, toute la presse (la grande presse, entendons-nous bien) en parle déjà.

Au royaume d’Ubu

Hénin arrive encore à nous surprendre. Au lendemain des élections de juillet, un journaliste me confiait : « tu verras, ils sont bien fichus d’annuler l’élection et d’aller revoter ! » Sourire amusé aux lèvres. Plusieurs recours avaient été déposés pour invalider l’élection. Motif ? L’actuel maire (Daniel Duquenne) occuperait la fonction de directeur territorial à la Région, fonction incompatible avec le Code électoral (pour se rafraîchir la mémoire, direction LibéLille). Trop facile. Trop couru d’avance. En revanche, l’improbable come back dalongevillesque, ça c’est du deus ex machina de premier choix. Après ça, on peut balancer aisément une page pub, on est sûr de retrouver le spectateur scotché à l’écran. Tenu en haleine. Amusé aussi. Triste à dire, mais c’est comme ça. Et après tout, mieux vaut peut-être en rire. Sinon, quelle autre posture adopter ? Consternation ? Révolte ? Ce serait légitime, mais on imagine que trop bien à quoi cela peut mener.

Car l’histoire pourrait demeurer simplement cocasse sans ces électeurs bafoués (encore une fois !) et ce FN en embuscade. Lequel FN peut sans doute se réjouir: outre l’espoir de voir se profiler un troisième tour, mieux vaut sans doute que les élections soient annulées par la providentielle intervention de Dalongeville plutôt que par son recours devant le tribunal administratif. En cas de retour aux urnes (simple hypothèse), le duo frontiste Steeve Briois-Marine Le Pen (auquel il a manqué deux petits points en juillet) paraît mieux placé que jamais. D’autant que le sursaut républicain à Hénin semble sacrément émoussé à force d’en jouer au fil des scrutins.

Des motivations de Dalongeville

Alors comme tout le monde, on se demande bien ce qui motive Dalongeville. Pourquoi troubler la fragile sérénité héninoise ? Notre homme aspire-t-il à revenir au devant de la scène politique locale ? Peu crédible. Même embastillé depuis six mois, on se dit qu’il a dû conserver suffisamment de bon sens. Laver son honneur ? Peut-être. A moins qu’il ne s’agisse d’un coup de semonce en direction de la maison socialiste à la veille des régionales ? A ce sujet, on ne compte plus les folles rumeurs circulant dans l’ex bassin minier depuis des mois. Sur des accointances avec untel ou untel haut placé, par exemple. Ou sur les atouts que l'(ex) maire aurait conservé dans sa manche. Lui, le dernier protagoniste à demeurer en détention préventive en dépit d’une quinzaine de demandes de remises en liberté. Lui, dont l’avocat dénonce “un traitement judiciaire d’exception” et qui envisage de traîner l’Etat français devant la Cour européenne des Droits de l’Homme. Dalongeville martyr ? Nouveau sourire. Désabusé, parce que dans le fond, on se dit qu’on a bien de la chance aujourd’hui de ne pas être héninois et de pouvoir regarder le feuilleton en simple spectateur.

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