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Audience ordinaire au tribunal correctionnel

DailyUne | Réalités Par | 18 septembre 2009

C’est un lieu où peu d’entre nous ont déjà mis les pieds. Un lieu où finalement peu d’entre nous souhaitent aller. Parce qu’il est souvent chargé de tensions, de larmes et de mouchoirs maltraités, le tribunal correctionnel impressionne. Visite dans l’un des onze tribunaux de la région afin d’observer la justice au quotidien. Une audience classique comme il s’en passe chaque jour en France, loin des caméras.

[singlepic id=504 w=400 h=320 float=right] Saint-Omer, mardi 13 h. Un vaste bâtiment chargé d’histoire(s) se dresse autour d’une cour pavée.  Le palais de justice impose par sa stature et sa majesté. Pour parvenir jusqu’aux salles d’audience, il faut d’abord montrer patte blanche. Car si les séances sont publiques, des policiers sont chargés d’assurer la sécurité des lieux. Ici, le tribunal correctionnel et la cour d’assises se partagent la même aile : au rez-de-chaussée, le correctionnel ; à l’étage, les assises. Comme pour symboliser une progression dans la hiérarchie pénale, du délit vers le crime. Dans la salle des pas perdus se côtoient des paumés, des jeunes de bonne famille, des couples qui se déchirent, de simples ouvriers ou des patrons… Des personnes lambda qui peuvent se demander comment elles en sont arrivées là.  L’espace d’un après-midi, elles auront à répondre de leurs actes.

Le « rôle », programme de la séance

Le tribunal correctionnel loge dans une salle sans passé, nouvellement aménagée. Déjà les journalistes étudient  le « rôle », sorte de programme de la séance. Ses colonnes affichent des noms, des dates et surtout des infractions. « Vols avec destruction et dégradation »,  « violence et menace de mort », ou tout simplement « conduite d’un véhicule sous l’empire d’un état alcoolique »… Rien que de l’ordinaire. Rien d’autre que le quotidien tristement banal d’un tribunal correctionnel. Loin des grandes affaires médiatiques. Rien d’anodin non plus. Le tribunal correctionnel juge des délits et peut prononcer des peines d’emprisonnement allant jusqu’à 10 ans (le double en cas de récidive). Il n’y a pas de jurés mais des magistrats professionnels : trois juges (un président et ses deux assesseurs), le Ministère public représenté par le procureur de la République ou un substitut et un greffier.

Une après-midi et 27 dossiers

13h30 : une sonnerie. L’huissier demande à l’assistance de se lever. Rituel immuable pour accueillir la cour ou ce jour-là siège un seul juge. Pour que le tribunal statue « à juge unique », les peines encourues par les prévenus doivent être inférieures à cinq ans. D’emblée, le magistrat prévient : « Nous avons une audience chargée avec 27 dossiers. Si tout le monde est là, nous ne finirons pas avant minuit. » Et de proposer de renvoyer certains dossiers. Mais les volontaires ne sont pas légion (à peine trois). Les prévenus veulent en finir, connaître leur sort. L’après-midi promet d’être longue. Très longue. Surtout pour ceux qui se sont présentés sans conseil. Priorité aux détenus puis aux affaires plaidées par un (voire plusieurs) avocat(s).

Petites frappes et Pieds nickelés

Après l’appel, l’audience peut enfin commencer. Dans le box des accusés, un jeune homme fait son entrée, encadré par deux policiers. Ces derniers lui enlèvent les menottes. A quelques mètres de lui, son jeune frère a pris place à la barre. Tous deux comparaissent pour des affaires de vols et de recels. Ce sont des habitués des lieux aux casiers déjà bien garnis. Pourtant, face aux questions du juge, les jeunes hommes répondent d’une voix faible presque timide. Ils sont bien loin de l’image des petits caïds et se rapprochent beaucoup plus de celle des Pieds nickelés comme le souligne l’avocat d’un des deux. Ce qui est loin d’être le cas du détenu suivant. Incarcéré depuis six mois, il comparait pour avoir menacé un des gardiens. C’est parole contre parole. Le jeune homme le sait. Il s’explique d’une voix forte, le torse bombé. A 22 ans à peine, le cérémonial, la solennité des lieux ne l’impressionnent déjà plus. D’ailleurs quand la sanction tombe, il n’hésite pas à lancer de nouvelles insultes quitte à récolter une peine encore plus lourde.

Caramel, bonbons et chocolats…

15h45 : suspension d’audience. Après avoir étudié cinq dossiers, le juge se retire pour délibérer. Dans la salle des pas perdus, la machine à café et le distributeur sont pris d’assaut. Les conversations vont bon train. On parle de son affaire, on cherche peut-être un peu de réconfort ou de compréhension. Quinze minutes plus tard, nouveau défilé devant les policiers, nouvelle sonnerie, nouveau silence. Les délibérés tombent. Des peines de « prison ferme », des « sursis », des « mises à l’épreuve » ou encore des « obligations de soins ». Des sanctions que le magistrat prend le temps à chaque fois. Le tribunal se veut humain. Son leitmotiv est pédagogie.

Dans ses petits souliers

16 h, l’audience reprend. De nouveaux visages défilent à la barre offrant un brassage de situations, un métissage social hors normes. Un jeune homme de bonne famille impeccable  détone dans le défilé de survêtements. Il a dérapé après une soirée bien arrosée. Une bêtise et les délits se sont accumulés. « Le fait de venir devant le tribunal est déjà une peine. Il a fallu le traîner jusqu’ici, tellement il est terrorisé », explique son avocat. Les morceaux de vie s’enchaînent, s’étalent sans pudeur. Il y a ainsi ces couples qui se déchirent. Madame ne supporte pas la demande de divorce et c’est l’escalade. Au milieu de tout cela, une adolescente prise en otage. Le tribunal n’a d’autre choix que de tenter d’apaiser les choses.  Ce sont aussi des querelles de voisinage qui dégénèrent. Des choses presque anodines, des choses du quotidien.

Le bain de bouche lavé de tout soupçon

Mais il y a aussi ces vies brisées. Pour quelques verres de trop ou pour une seconde d’inattention. L’ambiance se fait alors plus lourde lorsqu’il s’agit d’évoquer l’instant où tout a basculé. Les victimes n’ont pas forcément l’esprit vindicatif et veulent parfois tout simplement  comprendre. Juge et procureur ne sont jamais avare de questions. Le but est de s’approcher le plus possible de la vérité tout en restant conscient que finalement qu’il en échappera toujours une parcelle. Alors chacun s’explique comme il le peut. Et certains ne manquent pas d’originalité et d’imagination pour démontrer qu’ils sont victimes d’un malentendu  à l’instar de cet expert-comptable sexagénaire. Ce dernier a été contrôlé positif pour alcoolémie. Pour se défendre, il met en cause le bain de bouche prescrit par le dentiste. Un an plus tard et une expertise à l’appui, le tribunal peut enfin juger l’affaire. Le bain de bouche est mis hors de cause mais le prévenu aura au moins gagné quelques mois avant de voir tomber la sanction.

* * *

21h20 : L’audience est enfin suspendue. Dans la salle des pas perdus, les conversations se font rares et les traits sont tirés. Même la machine à café est délaissée. Tous savent que c’est la dernière ligne droite avant que tombe la sanction. 21h40 : le juge revient et rend les délibérés à la chaîne. Chacun s’avance à la barre une dernière fois avant de quitter la salle d’audience. Soulagé, dépité ou révolté.

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