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Les terrils : un belvédère sur l’histoire régionale

DailyUne | Petite histoire Par | 14 septembre 2009

Deux terrils en forme de cônes, tels qu’on les dessinerait sur une feuille de papier. Les deux jumeaux du 11/19 à Loos-en-Gohelle (Lens) sont aussi des géants. On dit même qu’ils sont les plus hauts d’Europe avec leurs 186 mètres. Quarante kilomètre de vue de part et d’autre. Mais la balade ne vaut pas seulement par son panorama. Le 11/19 érigé en symbole de la sauvegarde du patrimoine minier jette un regard sur plus de deux siècles d’extraction charbonnière.

Patrick les aime bien ces deux terrils. Fils et petit-fils de mineur, il est l’un des trois guides de la Chaîne des terrils; cette association née à la fin des années 80 pour sauver ces montagnes de schistes tandis que les Pouvoirs publics s’empressaient de les gommer du paysage. Des groupes comme le nôtre, il a dû en conduire des centaines sur les pistes schistes. Aucune lassitude, presqu’un devoir de mémoire. En préambule, le guide a prévenu : deux heures de visite en moyenne. « En moyenne » : car si le groupe fait preuve d’un peu de  curiosité, alors la balade peut allègrement s’étirer. La nôtre prendra trois heures.

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Témoins de la richesse passée

Point de départ, le carreau de fosse de Loos-en-Gohelle. L’un des quatre à ne pas avoir été démantelé dans le Nord – Pas-de-Calais (avec la fosse 9/9bis à Oignies, Wallers-Arenberg et Lewarde). Désormais voué à la culture (avec l’association intercommunale Culture commune) et tourné vers l’avenir avec son Eco-pôle, le 11/19 est aussi le point de départ de l’initiative Bassin minier Unesco (*). Un chevalement métallique digne de Zola côtoie une tour béton de 66 mètres.  “J’ai toujours pensé que c’était un silo”, lance quelqu’un du groupe. Non, c’est bel et bien un chevalement (et non chevalet!) dernière génération. L’endroit a désormais des allures bucoliques et l’esprit peine à imaginer 1 300 gueules noires à l’ouvrage, le ballet des trains, le tri du minerai… Autour, plusieurs bâtiments avec leurs soubassements de pierre. Monumentaux. L’architecture soignée et propre à la Compagnie des mines de Lens témoigne de la richesse passée. Cette opulence reviendra tout au long de la balade à travers les chiffres : 70 millions de tonnes de charbon puisées parfois à 1 000 mètres de profondeur et remontées à partir du 11/19 jusqu’en 1986. Plus de trois milliards de tonnes pour toute la région.

La fosse tombe aux oubliettes

Péril sur les terrils

Combien de terrils sont demeurés dans le Nord – Pas-de-Calais ? Quelque 200 disséminés depuis Fresnes-sur-l’Escaut (où le charbon a été découvert en 1720) jusqu’à Auchel. Pas forcément coniques, certains sont plats (à l’instar du 16 accolé aux jumeaux du 11/19) et d’autres si discrets qu’on peut marcher dessus sans les apercevoir. D’autres encore ont carrément disparu tout comme les installations minières : l’acier des chevalements pour la ferraille, les schistes pour les routes, les carreaux de fosse pour des projets urbains… Qui avait envie de conserver alors cet embarassant patrimoine rappelant un passé ô combien riche, mais aussi douloureux ? Le regard sur les vestiges miniers a changé: en l’espace de vingt ans, l’ex-bassin minier s’est rapproprié ce patrimoine. Avec la dissolution en 2008 des Charbonnages de France, les terrils relèvent désormais des collectivités et sont ouverts au public. Quelque 120 devaient être préservés mais devant la multiplication des accidents (accidents de quad, de VTT…), il est question d’en conserver 70 désormais.

Bon an, mal an, quelque 20 000 personnes (dont 17 000 scolaires) arpentent les pentes des terrils. Seulement 20 000 ? Dérisoire au regard du million d’âmes demeurant aujourd’hui dans l’ensemble de l’ex-bassin minier et comptant souvent un grand-père (voire un père) mineur. D’autant que la moitié de ces visiteurs sont étrangers à la région. En témoigne notre groupe : Vaucluse, Ardèche… Et on vient parfois de bien plus loin encore. Patrick évoque des classes des Etats-Unis, d’Allemagne et même un vulcanologue nicaraguayen carrément abonné au site puisqu’il y revient d’année en année. Mais finalement, et à son grand regret, bien peu de visiteurs du cru. Peut-être que la population locale n’a rien à apprendre de ces terrils ? Faux. La mémoire se perd. « Un jour, j’ai accueilli une classe de Bordeaux une matinée, et l’après-midi une classe de région lensoise : les gamins de Bordeaux en savaient davantage. » A force de les avoir sous les yeux, on finit par ne plus y faire attention. Peut-être aussi, continue-t-on, ici, à les considérer comme ce qu’ils étaient à leur origine : de vastes montagnes de rebuts sans valeur.

La nouvelle vie des terrils

Dommage, car désormais réhabilités, ces terrils demeurent les témoins vivants de l’histoire régionale. Vivants, oui. Car bientôt 20 ans après la remontée de la dernière gaillette dans la région (à Oignies en 1992), la nature a reconquis ces schistes amassés par l’homme. Le 11/19 abrite ainsi une faune et une flore insoupçonnée. Au cours de la balade, on apprendra par exemple que 41 espèces nidifient sur les 70 hectares du site (90 en comptant le carreau de fosse). On fera aussi la connaissance du criquet turquoise ou de cette plante à l’allure inoffensive mais pouvant occasionner des brûlures au second degré. « On peut trouver de tout sur les terrils. » Du panais, de l’oseille à feuille d’écosse (arrivé dans le bois de sapin utilisé pour consolider les galeries), des orthoptères de tout poil ou le lapin de Garenne qui ne cesse de se reproduire. La visite alterne ainsi éléments historiques, faits d’arme de la Grande Guerre, lecture du paysage. Transformés en bases de loisirs, en lieux de balades, en espaces naturels, les terrils se sont ainsi réinventé une seconde vie.

* BMU : Bassin minier Unesco rebaptisé en Bassin minier uni en juin. Lancée il y a plus de six ans, l’initiative vise à inscrire l’ex bassin minier au patrimoine mondial de l’humanité à l’horizon 2011, dans la catégorie paysages évolutifs.

Voir les balades proposées par la Chaîne des terrils

Le programme des Journées du patrimoine dans le Nord – Pas-de-Calais (et ailleurs)

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