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Bières régionales (1/2) : la classe biberon contre-attaque

DailyUne | Réflexions Par | 28 septembre 2009

Le point commun entre la Bracine, la Lepers et la Saint Glinglin ? La bière, bien sûr, espèce d’inculte.  Oui, mais pas seulement : ces trois bières sont produites par une nouvelle génération de brasseurs. A peine trentenaires (quand ils n’ont pas moins de 25 ans), ces jeunes gens débarquent sur le marché régional avec leurs convictions, leurs envies, leurs idées.  Le pire, c’est que ça marche.

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Blaringhem, un vendredi matin de septembre. On sonne à la porte. Un grand gaillard vient nous ouvrir : « ça te dérange si je finis un truc, sinon, je ne vais pas m’en sortir. » Pas de souci, on en profite pour découvrir l’architecture des lieux. Le revoilà cinq minutes plus tard… « Une facture… Si tu perds le fil, et comme on n’est pas nombreux… » Question nombre, en effet, à la Brasserie du Pays flamand, on est loin de la multinationale. Deux créateurs hommes à tout faire : Olivier qui nous reçoit, qui s’occupe de la partie brasserie, et Mathieu, le commercial. Age : 31 ans tous les deux.

Une médaille d’Or au Salon de l’Agriculture pour débuter

« On se connaît depuis tout petit. L’âge de 10 ans, continue Olivier. On a toujours voulu monter une boîte. On a franchi le pas en 2006. » Avec la Bracine, une bière régionale. Couronnée tout de suite au Salon de l’Agriculture d’une médaille d’Or : « On n’y croyait pas… ça nous a lancé. » Objet du délit : la Bracine Triple. « Une bière pas forcément commerciale à l’origine. » Depuis, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle se vend. A l’échelle d’une micro-brasserie bien sûr – on est loin des volumes d’Heineken – mais petit à petit leur bière (et les autres gammes de Bracine ainsi que la Saint-Martin créée spécialement pour leur village) se fait une place dans le cœur des Nordistes.

Il n’y a pas d’âge pour se lancer

On oriente la discussion vers l’objet de notre curiosité : la nouvelle génération de brasseurs qui débarque sur le marché régional. Car, d’après nos recherches, ils sont quelques-uns depuis quelques années à avoir franchi le pas. A peine âgé de 30 ans, quand ils ont dépassé les 25. « Pourquoi ? Je pense que c’est le hasard, répond Olivier. Il n’y a pas forcément d’explications. Nous, nous avons toujours aimé la bière, maintenant, on la crée. » Un avis partagé par Thomas Pierre, autre brasseur régional. Lui s’est installé il y a deux ans à la Brasserie Artésienne d’Auchy-les-Mines. Sa spécialité ? La Saint Glinglin et la Weed. Son âge ? 23 ans, l’âge où on préfère en boire à en oublier de rentrer chez soi… Lui est chef d’entreprise : « Il n’y a pas d’âge pour ça, se défend-t-il. J’aime le monde de la bière, j’en fabriquais avec un copain et mon père, j’ai eu envie de créer ma propre brasserie. » Du coup,  ses deux bières maisons, commencent aussi à se tailler une réputation. Même si lui est tout seul : « Je produis et je vends seul sur le marché local. C’est dur, mais c’est une passion. »

Concurrence ou bande de potes ?

On pourrait croire qu’avec cette invasion de jeunes sur le marché de la bière, la concurrence battrait à plein régime. Pas tant que ça à les entendre. Là, c’est Charles Lepers, qui prend la suite de son père à bientôt 24 ans pour la brasserie d’Annœullin (le jeune homme représente la sixième génération de cette brasserie née en 1905 et notamment connue pour l’Angélus) qui parle et dégomme nos arguments : « On n’est pas pour la concurrence totale, [singlepic id=548 w=320 h=240 float=left]on communique tous ensemble. Il y a de la place pour toutes les bières de qualité. Si un client recherche une autre bière que la mienne, je peux lui conseiller celle d’un collègue. » Quand ce n’est pas l’un qui vend la bière de l’autre au plan national (la Brasserie du Pays Flamand commercialise la Saint Glinglin et la Weed). Un micro climat économique flotterait-il autour de ces jeunes brasseurs ? « Le tri se fera au fil du temps, reprend Olivier Duthoit pour la Bracine. Pas question de se tirer la bourre. La dernière fois, un collègue n’avait plus de levure, on l’a dépanné… » Comme l’autre le dépannera si le contraire se produit. Et comme parfois ces brasseurs se retrouvent dans des fêtes communes…

Une classe biberon de la bière qui avance donc les coudées franches dans le monde des brasseurs. A l’instar de ses confrères du Pays flamand, Charles Lepers a ramassé aussi quelques médailles lors des précédents salons de l’Agriculture (trois d’Or, deux d’argent notamment pour la bière qu’il a développée, la Lepers). Thomas Pierre suivra peut-être tant les trois brasseries se retrouvent sur ce crédo commun : produire de la bière artisanale de qualité. Et ne pas y déroger comme l’affirme Olivier Duthoit : « Il y a quelques années, des gens ont sauvé le monde de la bière nordiste en commençant à produire des bières de spécialités, alors que celle de table dominait le marché. On se doit de continuer. » « Et d’écrire notre propre histoire », conclut Charles Lepers.

Les avis de…

Annick Castelain, bière du Ch’ti, qui fête ses 30 ans cette année

« C’est très bien de voir des jeunes qui se lancent dans un pays où 85% de la bière est détenu par des brasseries internationales. J’aimerais qu’ils perpétuent ce qu’on essaie de faire avec la Ch’ti depuis 30 ans : donner une culture de la bière, aller vers la convivialité. La concurrence ? Non. Plus vous avez de sortes de bières de qualité, mieux c’est pour le marché. On a plus de choses en commun que de choses qui nous opposent. On partage des valeurs. Et oui, je bois les bières des jeunes brasseurs !»

Gérard Sonnet, Syndicat des Brasseurs du Nord

« C’est très sympa de voir cette jeune génération arriver sur le marché. Ça m’inspire trois choses : on est déjà content de voir que des jeunes comme la Brasserie d’Annoeullin reprennent la saga familiale. Ensuite, ça tend à prouver que la filière brasserie dans la région donne envie aux jeunes. Et eux, y ajoutent leur fougue, leur jeunesse. Enfin, il est bien que le savoir-faire de la bière soit ancré comme une tradition régionale. »

Quelques liens pour retrouver ces acteurs de la bière (attention, l’abus d’alcool est dangereux pour la santé) :
La Brasserie Artésienne (Weed, Saint Glinglin)
La Brasserie d’Annoeulin (Lepers, Angélus)
La Brasserie du Pays Flamand (Bracine)
La Brasserie Castelain (Ch’ti)
Le syndicat des brasseurs du Nord
Photo : Olivier (à gauche) et Mathieu de la Brasserie du Pays Flamand.
Retrouvez le deuxième volet de ce dossier : Richard Tocci, Mr Bière.com

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4 Commentaires

  1. Merci pour votre article de qualité qui relate bien de la situation et surtout de la bonne ambiance qui règne dans notre profession.
    A bientôt.

  2. Collectionneur d’étiquettes, il est toujours très intéressant de connaitre l’humeur des brasseurs et pour ces trois là elle semble excellente … comme leurs bières respectives.

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