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Wwoofing : vacances en mode bio

DailyUne | Petite histoire Par | 19 août 2009

Wwoof. Littéralement, world wide opportunities on organic farms. Pour faire court, vous filez un coup de main dans une ferme bio en échange du gîte et du couvert. Un mode de vacances largement évoqué à travers la presse à la faveur de l’été, même si le wwoofing demeure une pratique anecdotique. Davantage qu’un séjour “exotique” chez l’habitant ou qu’une nouvelle forme de tourisme, il s’agit plutôt d’une approche de l’agriculture bio. Des vacances gratuites, mais riches en découvertes.

[singlepic id=471 w=320 h=240 float=left]Cheveux longs, boucle d’oreille, parlant allègrement diverses langues. A l’évidence, Kévin Charnay ne correspond pas à l’agriculteur tel qu’on pouvait se l’imaginer. Rendez-vous pris sur son exploitation à Ennevelin (2,5 ha à 15 kilomètres au sud de la métropole). Ne cherchez pas sa ferme, ce cultivateur habite Lille même. On vous avez prévenu, Kévin n’est pas un agriculteur comme les autres. Aucun parent dans le secteur primaire, le jeune trentenaire a d’abord été prof d’anglais avant de suivre une formation afin de se (re)convertir à l’agriculture bio. Journées et semaines à rallonge, quelques jours de repos par an arrachés à la terre, et encore de la paperasse le soir, une fois le travail aux champs achevé. Forcément, on se dit que notre trentenaire doit regretter ce temps où il était prof. Kévin sourit, trop content de sa nouvelle vie. Trop heureux de cultiver sa passion pour le bio et de « savoir faire des choses de (ses) mains ». Trop content d’agir concrètement pour le bio, pour l’authenticité en général, car notre maraîcher est un peu militant dans l’âme. 

Complet jusque novembre

Le jardinier de famille

Dans le panier du vendredi, pommes de terre, tomates, navets, haricots verts, concombre, aubergine… Mon tout pour dix euros tout rond. Moins cher qu’à l’hyper du coin. Le goût en plus (on a goûté !). Kévin est à l’origine d’une Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne). Amap? Comprendre une association de consommateurs où ceux-ci achètent à l’avance la production d’un cultivateur. Pas n’importe lequel : « une petite ferme à échelle humaine qui s’efforce de respecter l’environnement et le consommateur ». Une idée importée du Japon (« Là-bas, on appelle ça un « jardinier de famille » ») et qui rencontre un intérêt croissant sous nos latitudes septentrionales : trois Amap dans la région l’an passé, une douzaine cette année. En quelques mots, les consommateurs soutiennent ainsi une agriculture locale en participant à ses aléas, et bénéficient de produits de qualité dont ils connaissent la provenance. Des produits moins chers qu’au supermarché du coin, on le rappelle. L’Amap de Kévin existe depuis une grosse année : chaque semaine, il vend une cinquantaine de paniers. Son objectif  ? En vendre trente de plus, afin d’écouler l’essentiel de sa production et de s’autosuffir.

En savoir davantage sur les Amap et en dégoter une près de chez soi : http://www.reseau-amap.org/

Forcément, le wwoofing avait les atouts pour le séduire. « J’avais envie de communiquer sur ma passion du bio. » Et qui sait, peut-être susciter quelque vocation en s’inspirant de son parcours. Au-delà de la promotion de l’agriculture biologique, le wwoofing apporte un petit coup de pouce dans le boulot et permet « de briser la solitude » lorsqu’on est seul aux champs dix heures par jour. Une façon aussi pour Kévin de rencontrer et d’échanger avec des personnes sensibles au bio et venues d’horizons très différents.

Bosser aux champs durant ses vacances, on se dit que les candidats ne doivent pas se bousculer. Erreur. L’offre demeure inférieure à la demande. Même si le wwoofing existe déjà depuis près d’une décennie chez les anglo-saxons, il demeure confidentiel ici. Dans le Nord – Pas-de-Calais, on recense seulement trois fermes adhérentes à wwoof France (deux dans la métropole lilloise, une à Hesdin) parmi les 150 producteurs bio. C’est simple, Kévin est complet jusque novembre. « J’ai à peu près une demande tous les deux jours. » A la ferme du Pommier, on vient des quatre coins d’Europe et même d’outre-Atlantique. Pour quelques jours ou pour quelques semaines. « Personnellement, je demande que les gens viennent entre une et deux semaines. » Le temps nécessaire pour s’adapter à la vie agricole, comprendre l’organisation de la ferme et appréhender la culture bio.

La chasse aux pseudos wwoofers

En l’espace de quelques mois, Belges, Américains, Scandinaves se sont ainsi succédé sur l’exploitation d’Ennevelin. De bons souvenirs ? Oui, beaucoup. Mais au sourire de Kévin, on sent que toutes ces expériences n’ont pas toujours été forcément bonnes. Il y a ce wwoofer débarqué d’un pays nordique, guère enclin à travailler.  Cet autre qui a carrément posé un lapin ou cette jeune candidate qui souhaitait sortir en boîte le soir… Sans doute le revers du succès pour une pratique très médiatisée ces derniers temps et présentée comme inédite. De quoi attirer une faune en mal de sensations et en quête de trips. Certains opportunistes y voient ainsi un vulgaire bon plan d’hébergement chez l’habitant pour des vacances à l’étranger et à moindre coût. Tout en négligeant l’essence même du wwoofing : ce fameux « organic farms » (fermes bio). Résultat, Kévin échange désormais au préalable avec les candidats wwoofers. Histoire de s’assurer de leur motivation. A quoi reconnaît-on un authentique wwoofer ? « Il faut avoir envie de découvrir l’agriculture bio, et pas seulement de venir découvrir du pays. » Moralité : « il faut bien se renseigner sur le wwoofing ». Sous peine de de sérieuses déconvenues.

[singlepic id=472 w=320 h=240 float=left]Vacances harassantes

Justement, ce jour-là, la ferme du Pommier accueille Marcela. Elle est prof d’anglais, elle est tchèque et (forcément) elle s’intéresse à tout ce qui touche le bio. De la terre sous les ongles (ici le désherbage s’effectue à la main), les baskets maculées de boue, elle vit sa première expérience de wwoofing. Deux jours qu’elle est arrivée sous nos cieux, et déjà une journée à arpenter le champs (chez Kévin, le wwoofer bosse un jour sur deux). « J’ai désherbé les oignons, récolté les haricots… » Et encore d’autres légumes dont elle a oublié la traduction. On sent que la journée a été rude. Le retour à la terre et le travail physique s’avère plutôt difficile pour une population wwoofeuse plutôt habituée à un travail de bureau. Première journée, donc et déjà « très fatiguée, le soir ». Le wwoofing n’a rien d’une nouvelle forme de tourisme. La jeune femme n’est pas déçue, elle ne s’attendait pas à autre chose. « C’est l’occasion de découvrir la vie bio, le fonctionnement d’une ferme. C’est aussi l’occasion de parler avec les gens qui y consacrent leur vie. »

En savoir davantage sur le wwoofing : www.wwoof.fr

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