L'autre information du Nord – Pas-de-Calais

Patrick, greeter des terrils

DailyUne | Petite histoire Par | 14 juin 2009

Greeter, vous connaissez ? Traduisez par habitant qui fait visiter sa ville ou sa région à de petits groupes, en général des familles. Bénévolement bien entendu. Inventé à New-York, le concept s’exporte depuis plusieurs années en France. Et comme le Comité départemental du tourisme du Pas-de-Calais a décidé d’en faire un outil de promotion, DailyNord, toujours en quête de frissons, est parti à Noeux-les-Mines. En compagnie du greeter des terrils, Patrick Guillemant.

Faut le voir gambader. Courbé en deux dans la taille, Patrick Guillemant, trois décennies de plus au compteur,  nous a déjà mis quelques mètres dans les jambes. On essaie de le suivre, péniblement. D’autant qu’en avançant, le bonhomme continue de parler.  [singlepic id=413 w=320 h=240 float=left]Un flot intarissable. Alors que déjà on a du mal à marcher, si en plus, il faut parler, faudrait pas exagérer. “Ne vous inquiétez pas, dit-il en s’arrêtant enfin pour attendre DailyNord en goguette dans le Bassin minier. On va à votre rythme, on n’est pas pressé. Le greeter peut être disponible une demi-journée, voire même une journée si les gens sont demandeurs.

Greeter. Un mot anglo-saxon chez les Gueules noires. Pas très courant dans les mines. Sauf que c’est la nouvelle mode dans le Pas-de-Calais depuis le début de l’année. Le greeter, concept importé de New-York, rien que ça, est un ambassadeur de sa commune ou de son petit coin de paradis. “Mon rôle, en tant qu’habitant,  est de recevoir de petits groupes, des familles en général, explique notre greeter à nous. Et de leur faire visiter Noeux-les-Mines. Mais pas à la manière d’un guide touristique classique. Plutôt en basant la rencontre sur l’échange, le partage. Et sur ce qui intéresse les gens.

Noeux-les-Mines, c’était “la ruée vers l’Ouest”

Alors, qu’est-ce qu’il y a à voir à Noeux-les-Mines, petite bourgade de 12 000 âmes, non loin de Béthune ? Des mines bien évidemment. Héritage d’un passé débuté en 1850 quand un ingénieur malin découvre un filon de charbon dans le petit village de paysans. “Tout de suite, la ville s’est développée ! C’était la ruée vers l’Ouest !” A la grande époque, Noeux accueillera même plus de 14 000 habitants (elle n’en comptait que 900 avant).  La majorité dépendant du système très paternaliste de la mine. Un univers que Patrick a connu dans ses jeunes années, même si l’aventure charbon tirait à sa fin. “Toute ma famille travaillait dans la mine. Au fond ou au jour. J’ai baigné dedans.

[singlepic id=415 w=320 h=240 float=right]On reprend la visite de la Mine Image, musée bâti par d’anciens mineurs. Avec Patrick, pas question d’entrer dans les détails trop techniques ou trop pratiques. Il s’adapte au niveau de l’interlocuteur.  Et de toute façon, il le dit lui-même, “il n’est ni un historien, ni une mémoire vivante.” Son objectif est plutôt “de parler d’amour. D’amour de mon patelin où je suis né, où j’ai vécu. Mais sans être nostalgique ! C’est juste une manière de respecter et transmettre le passé.” En passant, il nous montre quelques appareillages d’époque tout en évoquant la mécanisation progressive des mines, ainsi que les conditions de travail au fond. Avant de ressortir sur terre et de saluer un vieil  homme qui devise tranquillement à l’entrée du musée : “Tiens, bonjour Edmond. Edmond, c’est un de nos anciens mineurs. 80 ans le mois prochain. Au fond pendant 30 ans.” On discute quelques instants. Le retraité de la mine nous explique qu’il a perdu plus de la moitié de sa capacité respiratoire. Et se souvient de l’époque où il faisait Noeux-les-Mines – Lomme en mobylette pour aller voir sa femme “quand elle était hospitalisée à Saint-Philibert.” On prend congé pour traverser la route avec Patrick : “Vous voyez, ça, c’est bien aussi. On n’est pas pressé, on croise la mémoire vivante de la mine. Ils auront toujours plus de choses à dire que moi !

Une séance de glisse pour finir

On rassure Patrick tout de suite. Question parlotte, le retraité de 64 ans a aussi quelques réserves. D’ailleurs, en grimpant le terril de la fosse 1, il s’arrête tous les deux mètres pour continuer : “Il y a des gens qui n’imaginent pas que c’est un terril. Avec toute la végétation qu’il y a dessus !” Confirmation, le charbon a été recouvert par les arbres et l’herbe. On arrive en haut de ce terril 1, l’historique, dit Bracquemont, du nom de l’ingénieur qui a découvert le filon. De là, vue sur tous les alentours. “Les Monts de Flandre quand c’est dégagé. La région lensoise. Les derniers terrils de Bruay-la-Buissière. D’ailleurs, vous savez pourquoi les mines s’arrêtent à Bruay ? Le charbon est trop profond ensuite. L’exploitation du charbon redevient possible au Pays de Galles !” Et bien sûr, dans ce panorama, il y a Noeux-les-Mines dans son ensemble. Les anciens corons d’abord, dont certains d’ici ressemblent à des maisons de poupées. Et c’est l’occasion pour notre greeter d’évoquer l’héritage polonais ou les traditions locales. “Les coulonneux par exemple. Ça a tendance à disparaître, mais c’était la mode ici.”  Ou les personnages [singlepic id=414 w=320 h=240 float=left]célèbres du patelin : “Kopa, vous connaissez ?” Bien sûr (Kopaszewski pour les incultes, c’est un footballeur Ballon d’Or en 58 et joueur du Stade de Reims, puis du Real Madrid). “Il est né ici. Il a même joué ici. Comme Kijno, le peintre, qui a grandi à Noeux-les-Mines.” Une véritable mémoire du patelin, ce Patrick. Mais pas uniquement porté sur le passé : “En face, c’est l’avenir.”

Direction en face justement. On prend la voiture du greeter et le temps de quelques digressions sur l’activité économique de Noeux, nous voilà au sommet de la fameuse piste de ski de Noeux-les-Mines, ouverte sur un terril il y a plus d’une décennie maintenant. “C’est aussi une des spécificités de ma visite : ne pas rester cantonné au passé. Parler du présent, de l’avenir. Comme cette piste de ski qui symbolise la reconversion des mines.” Ou plus bas, ce vaste plan d’eau. On se demande bien le rapport avec les mines d’ailleurs. “Un ancien terril aussi. Devenu un lac où on peut faire du ski nautique ou se baigner. Dès qu’il y a un rayon de soleil, c’est plein !” Et pour nous, c’est l’heure de quitter Patrick, qui attend avec impatience sa première famille pour une visite originale de Noeux-les-Mines : “Ça me démange. J’ai fait visiter aux autres greeters, mais je n’ai pas encore eu de particulier. C’est tout récent ! Mais j’ai vraiment envie d’échanger avec les visiteurs. De m’enrichir culturellement.” On lui fait confiance. Et on vous conseille vraiment d’embarquer avec Patrick, le greeter au pays des mines.

Pour réserver votre Greeter, Patrick ou un autre, direction le site des Greeters


Ce contenu est © DailyNord. Si cet article vous intéresse, vous pouvez reprendre un extrait sur votre site (n’excédant pas la moitié de l’article) en citant bien évidemment la source. Si vous désirez publier l’intégralité de l’article, merci de nous contacter »

Réagir à cet article

La rédaction de DailyNord modère tous les commentaires, ce qui explique qu'ils n'apparaissent pas immédiatement (le délai peut être de quelques heures). Pour qu'un commentaire soit validé, nous vous rappelons qu'il doit être en corrélation avec le sujet, constructif et respectueux vis-à-vis des journalistes comme des précédents commentateurs. Tout commentaire qui ne respecterait pas ce cadre ne sera pas publié. Evidemment, DailyNord ne publiera aucun contenu illicite. N'hésitez pas à avertir la rédaction à info(at)dailynord.fr (remplacer le "at" par "@") si vous jugiez un propos ou contenu illicite, diffamatoire, injurieux, xénophobe, etc.

POLITIQUE

EN ROUTE VERS LES MUNICIPALES 2020

INFORMATIONS ESSENTIELLES, ANECDOTIQUES, DÉCRYPTAGES, ENQUÊTES, RÉVÉLATIONS, INDISCRÉTIONS, REBONDS DÉCALÉS... TOUS NOS ARTICLES S'INTÉRESSANT AUX MUNICIPALES 2020 SONT PAR ICI ! ACCÉDER AU DOSSIER

Abonnez-vous à notre newsletter

Bienvenue dans la ville la plus étrange des Hauts-de-France

Elle pourrait loger 5 000 personnes, mais cette ville n'aura jamais d'habitants. Découvrez pourquoi.

Les tops DailyNord

Les Livres avec Eulalie

AR2L - Agence Régionale du Livre et de la Lecture