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Bernard Paccou, l’homme aux quatre-vingts chapelles

DailyUne | Petite histoire Par | 07 juin 2009

Il y a des retraités qui courent après les lotos de la région. D’autres qui regardent les fabuleux feuilletons de TF1 assis dans le canapé toute la journée. D’autres encore qui s’engagent dans l’associatif. Puis, il y a Bernard Paccou, 77 ans. Depuis le début des années 2000, ce papy nordiste part chaque matin avec son seau et sa truelle à la chasse aux chapelles flamandes détériorées. Son objectif : les restaurer. Bénévolement. Portrait d’un fou de chapelles.

[singlepic id=382 w=320 h=240 float=right]Faut les voir Bernard et Geneviève. Mariés depuis cinq décennies et toujours en train de se taquiner. “Tu me l’avais promis !, peste gentiment Geneviève. On achetait une voiture si tu arrêtais les chapelles. Hors de question de remettre tes seaux et ta truelle dedans et de la salir !” Bernard se marre : “Si, j’en ferai encore. Des plus petites, mais tant que la santé le permet, je continue.

Des travaux gratis

Bernard Paccou. Septuagénaire alerte. Cultivateur à la retraite.  C’est d’ailleurs quelques années après l’arrêt du travail de la terre qu’il s’est attaqué aux murs et toitures de ces petits lieux de culte qui parsèment la Flandre :  “On a déménagé de Rubrouck à Hazebrouck. Tous les jours, je passais devant une chapelle à Bavinchove. Qu’elle était en mauvais état ! Ça me faisait mal au coeur. Je suis allé voir les propriétaires du terrain et je leur ai proposé de la rénover.” Gratis. Fallait juste que les proprios achètent les matériaux.

C’était en 2001. Et c’était censé être la première et la dernière. Sauf que huit ans plus tard, celui qui a toujours aimé bricoler parcourt toujours la Flandre avec son seau et sa truelle. Et il n’a pas besoin de chercher : les chapelles à rénover tombent toutes seules. “Je n’ai jamais plus demandé. A chaque fois, j’ai des appels et des chantiers prévus pour les mois à venir.” Voilà comment on en arrive à quatre-vingts chapelles en 2009. Faites le calcul : une dizaine par an. Faut dire que le retraité s’impose la cadence : “Je pars à 7h30, je travaille jusqu’à 11h30. Ben oui, l’après-midi, je joue aux cartes et le dimanche, je vais danser. Tu vois, je te sors“, ajoute-t-il, clin d’oeil en direction de Geneviève.

Invité sur les Champs-Elysées

Forcément, à force de le voir traîner dans les champs et sur les bords des routes, Bernard s’est fait une petite célébrité en Flandre. Il sort l’album photo et nous montre les chapelles. Avant et après. Des photos accompagnées [singlepic id=383 w=320 h=240 float=left] à chaque fois d’articles de la presse locale.  Un papier sort cependant du lot : “C’est quand je suis allé sur les Champs-Elysées,  se souvient-il. Pour le 14 juillet.” En 2004, Bernard avait été invité par Jacques Chirac, alors Président de la République, en raison de son engagement bénévole pour la restauration du patrimoine. Un beau moment qu’il aurait pu prolonger avec la Garden Party. Mais ça, ça le branchait pas trop, nous dit-il en nous incitant plutôt à regarder les médailles qui traînent sur le buffet : “Il y a la ville d’Hazebrouck, où j’ai rénové sept chapelles. Mais celle aussi de l’Assemblée nationale que le député m’a remise.

Mais qu’est-ce qui le pousse donc à courir tous les matins rénover des chapelles, alors qu’il y a trois ans, il a même perdu l’usage d’un petit doigt en travaillant dans un de ces édifices  ? La foi ? “Non, je suis croyant, mais ce n’est pas ça.” L’ennui ? Ça serait étonnant. En plus des activités citées ci-dessus, le septuagénaire s’occupe aussi des jardins des autres. Juste une volonté de conserver le patrimoine alors ? “Oui, c’est ça. Même si je ne m’intéresse pas forcément à l’histoire. Simplement, je n’aime pas voir des chapelles abandonnées. Je suis content quand elles sont finies et qu’elles ont une nouvelle jeunesse.” Même si parfois ça lui fait mal au coeur : “Il y en a une que j’avais rénovée dans un village il y a quelques années. Elle est de nouveau à l’abandon…

Propriétaires étoilés

La petite grotte qu’il a monté dans son jardin, elle, est entretenue (notre première photo). Tout comme une liste, tenue soigneusement à jour : celle de tous les propriétaires qui ont fait appel à ses services. “Je vous la montre, de toute façon, vous ne connaissez pas les noms, vous ne direz rien ?” On promet et on regarde, intrigué. A côté de chaque chapelle et propriétaire, des étoiles. De 0 à 5. “Comme pour les hôtels, je note les propriétaires. Ceux qui ont été sympas. Ceux qui ne l’ont pas été.” Car si la plupart offre un petit quelque chose à Bernard pour son travail (“un bouquet de fleurs pour Geneviève, un repas au restaurant“), il y en a “c’est même pas un merci… Eux, je les retiens.” Comme ceux qui n’ont pas payé les matériaux avancés par le Flamand : “D’ailleurs, maintenant c’est clair dès le début : les propriétaires doivent me fournir tous les matériaux.

La rencontre prend fin. DailyNord a-t-il le droit de donner le numéro s’il y a des gens intéressés ? “Ah, non“, fait Geneviève. “Si, si“, s’empresse de répondre Bernard.  Je veux encore en faire ! Tu me vois dans mon canapé toute la journée ?” Alors, voici le numéro pour ceux qui sont intéressés : 03 28 48 09 92. On vous souhaite de tomber sur Bernard directement si vous voulez que votre chapelle ait une seconde jeunesse…

Bernard Paccou ne se déplace qu’aux alentours d’Hazebrouck pour la rénovation de chapelles. Pas la peine de l’appeler pour Fourmies…

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3 Commentaires

  1. Cela fait bien des fois que j’entends parler de cet homme et de son action…et cela fait bien des fois aussi qu’on me demande si c’est de moi dont il s’agit….
    Bravo pour sa ténacité et son envie que les belles choses le restent ou le redeviennent….
    transmettez lui tous mes voeux de continuité dans son action bénévole et le “Bonjour” bienveillant d’un homme qui porte les mêmes noms et prénoms

    Bernard Paccou

  2. Vous pouvez féliciter Monsieur PACCOU de ma part. Résidant en Ile-de-France, je suis originaire du nord et dorénavant, j’aurais une pensée pour lui quand, retournant au pays de mon enfance, je verrais une de ces nombreuses petites chapelles fleuries (ou pas) si typiques du Nord.

    Note : J’ai aussi un cousin (même grand-mère) qui s’appelle Bernard PACCOU que je voyais parfois du côté de Lille quand j’étais enfant.
    JPVincent

  3. Je suis directeur de cabinet à la mairie de Saint-Omer, ville au patrimoine religieux fabuleux,mais tant de dégradations,d’abandons, non pas de petites chapelles, mais d’ églises,saint sépulcre, saint denis …alors tous les matins je pars non pas avec ma truelle mais avec l’obsession de convaincre et de trouver des solutions.Je me sens très proche de vous Monsieur Pacou, et je me sens comme encouragé par votre oeuvre.
    Merci pour ce que vous faites. Si mes paroles et écrits pouvaient avoir l’efficacité de votre truelle …
    René Decroix

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