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Au pays des migrants (5) : Norrent-Fontes, base arrière vers l’Angleterre

DailyUne | Réalités Par | 15 juin 2009

Retour au “pays des migrants”. Cette fois-ci, nous sommes allés un peu plus dans les terres, dans le camp de Norrent-Fontes, entre Béthune et Saint-Omer. Ici, depuis plusieurs années, des réfugiés érythréens tentent de monter dans des camions stationnés sur l’aire d’autoroute voisine. En espérant qu’ils les emmènent directement de l’autre côté de la Manche.  La journée, des habitants, regroupés dans l’association Terre d’Errance, leur apportent du soutien, ainsi que les pouvoirs publics locaux. Reportage le temps d’un après-midi alors que la destruction de cette “jungle” des terres a été annoncée il y a quelques jours par le sous-préfet.

En images
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Ce vendredi après-midi, ils l’attendent avec impatience. D’ailleurs, quand nous arrivons au bout du chemin avec Alexis, bénévole de l’association Terre d’Errance, ils sont déjà prêts à monter dans les voitures. Direction les douches d’un stade municipal voisin. “Deux fois par semaine, nous les emmenons se laver. Le mardi à Ham-en-Artois, le vendredi à Isbergues.” On embarque donc huit migrants dans les deux voitures. A nos côtés, cet Erythréen, arrivé il y a trois semaines. Sourire aux lèvres. On lui demande pourquoi. Tout simplement content de pouvoir se doucher…

A Norrent-Fontes, une gestion à taille humaine

[singlepic id=409 w=320 h=240 float=left]A quelques kilomètres de Norrent-Fontes. Commune d’Isbergues. Des bénévoles sont déjà là. Dans des cartons, ils ont disposé des vêtements et des nécessaires de toilettes. Les Erythréens, hommes, femmes et enfants se servent avant d’aller dans les douches. Sous le regard de PapaClaude. Doyen de l’aide aux migrants à Norrent-Fontes. “Doyen au niveau des cheveux blancs également“, plaisante celui qui ramène chaque jour de l’eau puisée dans son jardin au camp. Pourquoi est-il là ? Comme les autres : l’impossibilité de fermer les yeux sur une situation qui existe déjà depuis quelques années. “Des migrants reviennent de Calais jusqu’ici pour tenter le passage directement de l’aire d’autoroute voisine sur l’A26, nous explique-t-on. Des habitants du secteur sont venus les aider spontanément à supporter leurs conditions de vie. Il y a un an et demi, suite à une destruction du camp, ils se sont regroupés dans l’association Terre d’Errance.”

Plusieurs bénévoles arrivent coup sur coup. Accompagnés de migrants qu’ils ont été chercher à quelques kilomètres de là. Un rituel bien huilé pendant que les premiers lavés sortent des douches. Ils prennent alors une brosse à dents, du dentifrice. Un “Gillette” également pour les hommes. Tout se passe tranquillement. Avec le sourire. Faut dire qu’ils “ne” sont qu’une vingtaine. Rien de comparable avec la situation calaisienne et ses 600 à 700 migrants au bas mot. “C’est une autre gestion, confirme Alexis. D’autant qu’ici, nous sommes aidés par le maire, qui soutient notre action. Même si bien sûr la situation est toujours inhumaine : il est anormal que des gens dorment dans des tentes et des cabanes…

Un camp propre… en comparaison à la “jungle” de Calais

Retour au camp justement, quatre tentes dans un large fossé entre deux champs. A quelques centaines de mètres de l’aire de l’espoir. Un camp propre comparé à ceux du littoral : toilettes sèches un peu à l’écart et ordures enlevées régulièrement par les services municipaux. Les vêtements qui pendent sur du fil à linge. Des escaliers de fortune. Trois des tentes servent de chambres. La dernière de salle commune. Derrière l’une d’entre elles, des panneaux d’informations en plusieurs langues. Expliquant aux migrants qui arrivent comment on fonctionne ici : les vêtements, les douches, les repas, les droits, etc. En espérant que tout ça ne disparaisse pas dans les prochaines semaines : la “jungle” de Norrent-Fontes est de nouveau menacée de destruction à court terme, a annoncé le sous-préfet dernièrement. “Et qu’est-ce qu’on fait pour ces hommes et ces femmes ?“, s’interroge Alexis.

Tout le monde est maintenant rentré d’Isbergues. L’après douche est l’occasion de se retrouver entre bénévoles et Erythréens. Il y[singlepic id=416 w=320 h=240 float=right]a  la présidente  Lily. L’une des plus célèbres membres de l’asso, aussi : Monique, celle qui avait été placée en garde à vue il y a quelques mois pour avoir rechargé les portables des Erythréens. D’ailleurs, MamaMonique, comme elle est surnommée, vient juste de déposer plainte contre le ministre de l’Immigration, Eric Besson. Pour diffamation. Le sujet de conversation entre bénévoles ce jour-là. Tout comme l’info qui vient de tomber : les gendarmes ont reçu l’ordre de surveiller l’aire de Saint-Hilaire-Cottes la nuit. Ce qui empêchera les passages pendant quelque temps. Les migrants sont au courant. Dépités, mais pas découragés. Des milliers de kilomètres depuis l’Erythrée en passant par la Libye et l’Italie, ça forge les caractères. Surtout dans des pays difficiles : “Les Italiens…, nous confie celui-ci avec une moue qui en dit long, ils n’ont pas été sympas quand nous étions là-bas ! On préfère les Français !

Au revoir, au pays des migrants, c’est “Good luck”

Les Erythréens nous invitent à boire le thé. Dans la cabane de fortune qui sert de salle commune. A l’intérieur, des fauteuils de récup’. Un réchaud au gaz. Ils se lèvent pour que nous puissions nous asseoir. Hors de question que l’invité du jour reste debout. On se pose donc à côté de Petros, 29 ans, une moustache et le visage marqué. Lui était agent d’opération sur un aéroport en Erythrée. Face à la situation politique du pays (une dictature militaire), il a préféré partir. Laisser une partie de sa famille en Afrique. Rejoindre l’autre en Angleterre.  L’Angleterre “parce que [singlepic id=412 w=320 h=240 float=left]c’est plus facile. L’anglais est ma langue secondaire. Si je m’installais en France, je devrais tout réapprendre.” De l’autre côté de la Manche, Petros aimerait reprendre son boulot. Sachant que ce n’est pas gagné. Mais de toute façon, “je savais que ça serait dur.

Le thé est servi. Sur le fauteuil voisin, Samara nous sourit. Lui a 25 ans. Même parcours. Des problèmes dans son pays qu’il préfère passer pudiquement sous silence. Un parcours dont il énumère les villes les plus marquantes : “Bolognia (Italie), Hazebrouck et Calais. Au fait, pourquoi n’y a t-il pas de toilettes à la gare d’Hazebrouck ?”, nous demande-t-il. “Pas de toilettes, ce n’est pas propre !” Eclat de rire avant de s’emporter contre des conditions qu’il juge indigne : “La “jungle”, c’est pour les animaux. Pas pour les hommes.” Rien à lui répondre…

L’après-midi touche à sa fin. Les bénévoles s’en vont petit à petit pour laisser les Erythréens à leur intimité. L’une des femmes note encore quelques mots sur son carnet. “Pour communiquer un peu. ” On retrouve Alexis, lui aussi sur le départ. Pour évoquer quelques instants les attaches qui peuvent se créer entre les membres de Terre d’Errance et les migrants, d’autant plus quand on peut tous les connaître par leurs prénoms : “Ici, la plupart réussissent à passer. En une ou plusieurs fois, selon la chance qu’ils ont. Parfois,  tu t’attaches plus à l’un. Tu échanges, tu discutes. Même avec mon très mauvais anglais ! Et en fait, à chaque fois que tu t’en vas le soir, tu ne souhaites qu’une chose : ne jamais le revoir, ce qui voudrait dire qu’il a réussi.” D’ailleurs, au revoir, au pays des migrants, ça se dit : “Good luck (bonne chance)”.

Pour aider l’association Terre d’Errance : http://terreerrance.wordpress.com
Retrouvez les précédents articles de notre grand format :
Au pays des migrants (1/7) : les étoiles du midi
Au pays des migrants (2/7) : les femmes et les enfants dehors
Au pays des migrants (3/7) : la « jungle» , en attendant
Au pays des migrants (4/7) : une vie dans un sac poubelle
– Au pays des migrants (5/7) : Norrent-Fontes, base arrière vers l’Angleterre
– Au pays des migrants (6/7) : au milieu du non-droit, l’information sur les droits
– Au pays des migrants (7/7) : ballet nocturne en Calaisis

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