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Mon église ressuscitée ?

DailyUne | Réflexions Par | 20 mai 2009

Les églises. L’un des patrimoines les plus importants du Nord – Pas-de-Calais. Pourtant, au fil des années, certaines changent de main. La faute aux coûts d’entretien que l’Eglise (celle avec un E majuscule) ne peut plus assurer. Le lieu de culte situé à Caudescure (hameau de Merville) appartient à cette catégorie. Racheté pour un euro par une association locale, il s’apprête à ouvrir de nouveau ses portes. A la culture. L’exemple d’une résurrection réussie.

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En ce samedi de mi mai, c’est encore le chantier. Le confessionnal traîne devant le choeur. Tables et chaises sont empilées. Les escabeaux et échelles parsèment l’édifice. “On est en train de finir, explique André Calmein. Ce sera prêt pour la fin du mois et l’exposition.” Une exposition de sculptures et de peintures. Le premier événement d’une série, espère-t-il.

[singlepic id=309 w=320 h=240 float=right]Pas de fidèles + pas de messes = pas d’église

Retour vers le passé. Début des années 2000. La décision tombe. Il n’y aura plus de messes dans le lieu de culte du hameau de Caudescure près de Merville. Plus assez de fidèles pour l’unique messe mensuelle. L’évêché scelle donc les portes d’une église construite en 1912 et pas épargnée par les événements (détruite en 1918, incendiée en 1930, de nouveau abîmée pendant la Seconde Guerre mondiale). Et comme le bâtiment date d’après la loi de séparation entre l’Eglise et l’Etat (1905), il est à la charge des ecclésiastiques.

Très vite, la rumeur court. L’évêché aurait décidé de vendre l’église à un habitant du hameau. Lequel voudrait en faire des appartements. Rumeur infondée a priori, mais qui fait réagir quelques locaux. Dont André Calmein qui, avec une dizaine de personnes, décide de créer l’association Sauvons l’église de Caudescure. Objectif : ne pas laisser ce patrimoine partir en lambeaux. “Au début, nous ne savions pas trop ce que nous voulions faire, résume l’ancien professeur d’université, par ailleurs historien local. Mais on voulait en tout cas la sauvegarder.

La culture sans Satan

Rapidement, après plusieurs rendez-vous, les membres de l’association réussissent à convaincre les religieux nordistes. Ils rachètent l’église pour un euro : “On a fait le chèque !” Et la réflexion évolue : “[singlepic id=310 w=320 h=240 float=left] Pourquoi ne pas en faire un lieu à destination de la culture?” Bonne pioche. Les habitants adhèrent au projet. Levée de fonds, réunions avec la mairie de Merville, l’église sera donc transformée. Les travaux commencent. “Elle était en très mauvais état. Avec les dons (42 000 euros fin 2008), nous avons entamé la rénovation.” Et il y a eu du boulot : outre les travaux de maçonnerie, l’association a refait l’intégralité de l’électricité (“soit 1 200 mètres de câbles“). Restauré quelques vitraux aussi. Consolidé l’ensemble. Avec une aide étonnante: “de nombreuses entreprises du secteur nous ont vendu des matériaux à prix coûtants. Beaucoup de gens se sont mobilisés“.  Et l’association, aidée par une architecte, change même la couleur des murs de l’intérieur de l’édifice : “rouge Hermès comme au Musée des Beaux-Arts de Lille. C’est splendide.” Vérification faite sur place, on ne peut qu’acquiescer.

Reste maintenant ‘à faire vivre le lieu. C’est bien parti. Pour ouvrir les festivités, une exposition de peintures et de sculptures associée à une manifestation poétique est prévue à partir du 31 mai. Tout comme un bal folk le jour de la Fête de la Musique. Un bal, un choix osé pour un édifice religieux ? “On va voir comment les gens vont le prendre.  On se pose encore la question : quels types d’événements ? Musique classique, théâtre (l’association travaille désormais avec les théâtres du secteur, Ndlr), spectacles, conférences, oui. Maintenant, est-ce qu’un concert de hard rock sera accepté ? Pour moi, ça ne me pose pas de soucis. Evidemment, après, on n’organisera pas un concert sataniste.” Satan dans une maison de Dieu ressuscitée, sûr que ça ne serait pas du meilleur goût…

La première exposition aura lieu du 29 mai au 1er juin de 10h à 12h et de 14h à 18h. Manifestation poétique le 31 mai à 16h.
L’association Sauvons l’église de Caudescure (qui va d’ailleurs changer de nom vu que l’édifice est sauvé) a besoin de dons pour continuer à entretenir et restaurer l’édifice. L’adresse : 297, route de Caudescure, 59 660 Merville. Tél.03.28.49.63.91.

LES EGLISES N’AIMENT PAS LES RECONVERSIONS

Son patrimoine est monumental. Entre églises, chapelles et autres sanctuaires, on estime à près de 100 000 le nombre de bâtiments cultuels à travers l’Hexagone. Quarante-cinq mille églises. Mille, rien que pour le diocèse d’Arras. Faut dire que dans la région, ce patrimoine a connu une sérieuse inflation au cours du XIXe siècle. Eclairage de l’abbé Emile Hennart, chargé de la communication au diocèse d’Arras : « Au XIXe siècle, avec l’expansion industrielle et démographique, beaucoup d’églises ont été construites. Les paroissiens ne devaient pas être à plus de dix minutes-un quart d’heure à pied d’un lieu de culte ». Un siècle de déchristianisation plus tard, la donne a changé. Diocèses et communes (qui se partagent ce patrimoine depuis la loi de 1905 sur la séparation entre l’Eglise et l’Etat) se retrouvent parfois embarrassés. Pas assez de prêtres, une fréquentation parfois désuète, des coûts d’entretien exorbitants, un bâti qui ne vieillit pas toujours bien… Autant de raisons pouvant justifier leur cession voire leur destruction. « Plutôt que d’avoir deux églises dans une même commune, nous essayons d’en avoir une seule bien entretenue », témoigne à son tour Sylvie Chaussoy, du service immobilier diocésain.

Transfert Eglise-communes

Qu’on se rassure, Eglise et communes ne semblent pas prêtes à bazarder leur patrimoine. Dans la région, les exemples en la matière demeurent plutôt rares : une église vendue à Lille, une autre détruite à Hénin-Beaumont, une autre encore à Lambersart… Les évêchés comme les communes n’aiment guère se séparer de ces lieux de culte. Pas plus que les populations d’ailleurs. En témoigne le projet de démolition-reconstruction de l’église de Lumbres dans les années 2007-2008 où une association locale avait incité le diocèse à faire machine arrière.

Restaurant ? Chambres d’hôtes ? Ou supermarché ?

Du côté de diocèse d’Arras (qui possède une centaine d’églises sur les 1 024 de son territoire), on parle davantage de « rétrocession » : l’église est cédée à l’euro symbolique, à la commune, laquelle pourra bénéficier de subventions et assurer son entretien. En somme, l’édifice conserve sa vocation cultuelle. Contrairement à d’autres pays davantage touchés par la déchristianisation où on observe des réaffectations parfois surprenantes. En vrac : une église aménagée en chambres d’hôtes (à Courtrai en Belgique), une autre en logements (à Tournai, toujours en Belgique), une autre encore en restaurant (en Ecosse) voire en supermarché (aux Pays-Bas). Inimaginable ici, à en croire le diocèse d’Arras. D’autant plus que les cas d’églises cédées à des privés sont extrêmement rares : « En vingt ans, j’ai dû en voir deux », confie Sylvie Chaussoy. Et même dans ces cas là, la loi de 1905 accorde au diocèse un droit de regard sur leur réaffectation. « En général, c’est pour faire des salles de concert, des musées, des lieux d’expositions… », ajoute l’abbé Emile Hennart. A l’instar de Caudescure ou encore de l’église Sainte-Madeleine à Lille.


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