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Dépôts de produits frais bloqués : Michael, agriculteur d’aujourd’hui en colère

DailyUne | Réalités Par | 28 mai 2009

L’action était bien préparée et tenue presque secrète jusqu’à hier soir (quelques fuites ont eu lieu dans la journée). Dès 22 h, ce mercredi, les agriculteurs ont bloqué sept plateformes “produits frais” de la grande distribution dans la région. L’occasion pour DailyNord de retrouver Michael Dumont,  jeune exploitant que nous avions suivi il y a quelques mois lors de son installation. Depuis, le prix du lait dégringole, les autres productions ne se portent pas mieux, au point que le jeune homme n’a pas pu s’offrir un seul euro le mois dernier. Reportage au coeur du blocage, qui doit durer jusqu’à vendredi soir.

En images

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La dernière fois qu’on l’avait vu, c’était fin janvier (consulter le grand format). Pour trier les pommes de terre, l’une de ses activités quotidiennes hivernales. En plus de la traite des vaches pour le lait. Produit a priori de base qui valait à peu près 300 euros les mille litres. Un prix très faible déjà, qui permettait à peine d’arriver à l’équilibre. “Aujourd’hui, c’est à 210 euros. On ne tient plus, on travaille à perte. ” Derrière un sourire de façade, Michael Dumont souffre. Installé depuis même pas un an, les premiers mois de 2009 ont été très durs. Trop durs. “C’est pour cela qu’on est ici ce soir. On n’a plus rien à perdre, c’est notre survie qui est en jeu.” Ici, c’est devant l’une des plateformes “produits frais” de la grande distribution. Celle de Match à Lomme, l’une des sept centrales bloquées dans la région depuis ce mercredi soir par les FDSEA (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles) et les Jeunes Agriculteurs du Nord – Pas-de-Calais. Revendication : une répartition équitable des marges entre industriels et exploitants agricoles.

“On devrait pouvoir vivre de notre travail”

[singlepic id=362 w=320 h=240 float=left]La nuit est tombée sur la métropole lilloise. La centaine d’agriculteurs présents se regroupent pour regarder les tracteurs déverser des tas de pneus afin de bloquer le site. Pendant ce temps, Michael (photo ci-contre) et quelques autres saisissent des palettes transportées depuis Méteren en Flandre, point de rendez-vous en début de soirée. Ils allument le feu avec un ballot de paille. Crépitements. Ça réchauffe le corps. Et les paroles s’échauffent. “Y’en a qui s’en mettent plein les poches, s’exclame Ludovic, exploitant à Terdeghem, installé depuis un an. Ceux-là, d’après les producteurs, c’est la grande distribution. Qui réalise, selon eux, des marges record derrière le dos des agriculteurs et des consommateurs. “Regardez, reprend Michael. Pour nous, le prix du lait a chuté de 30 %. En grande surface, on a comparé. Les produits à base de lait ont à peine baissé de 2%. Pour résumer, la grande distribution vend le litre de lait entre 60 centimes d’euros et un euro. Si on le vendait seul, en schématisant, on arriverait à 35, voir 40 centimes d’euros. Il y a un problème quelque part.

Un problème qui touche de plein fouet les jeunes agriculteurs, majoritaires en ce premier soir de blocage. Le mois dernier, Michael, 26 ans, ne s’est pas versé de salaire. “Heureusement que nos femmes sont là, renchérit-il. Mais ce n’est pas normal que nous dépendions d’elles. On devrait pouvoir vivre du fruit de notre travail.” Qui lui prend au bas mot 70 heures par semaine. Car tous les jours, il faut être sur le pont : la traite des vaches, notamment, c’est sept jours sur sept. Deux fois par jour. “Vous accepteriez d’être payé un ou deux euros de l’heure ?“, s’exclame-t-il avec Ludovic.

“Même si je gagnais au Loto, je réinvestirais l’argent dans la ferme”

[singlepic id=364 w=320 h=240 float=right]Pendant que le peu de camions qui s’engagent dans l’allée voisine font demi-tour, quelques visages se montrent aux fenêtres du bâtiment. Les oeufs volent sur les vitres, le feu reprend de plus belle. Et Michael renonce déjà à des projets qu’il avait évoqué lors de notre rencontre en début d’année. Les fraises, son bébé, sa touche personnelle au GAEC qu’il possède avec ses parents, sa soeur et son beau-frère, à Sercus. “Pour le moment, ce n’est plus possible. J’ai déjà du mal avec les emprunts en cours, mon banquier ne va pas en accepter un autre !” Et l’Europe, pour laquelle on vote dans une semaine, elle n’est pas là pour l’aider ? “L’Europe… Pfff… Les aides, c’est bien beau. Mais franchement, nous, ce qu’on voudrait, c’est ne plus avoir d’aides. Et  subvenir à nos besoins avec le produit de notre travail.” Un rêve qui malheureusement n’est pas prêt de se réaliser. “Les charges sont de plus en plus lourdes. Il y a un an, quand les prix montaient et que je me suis installé, j’y croyais. Maintenant…

Près de minuit. Le téléphone de Michael sonne. Il y aurait un deuxième site Match dans le secteur. Une équipe se prépare à aller le bloquer. Lui va donc rester ici, alors qu’il aurait bien aimé se reposer quelques instants car le blocage doit durer jusqu’à vendredi soir. “Demain, la traite, c’est à 6h. Mais, je ne lâcherai rien, même si on ne sait plus quoi faire. Bloquer la circulation, ça ne sert plus à rien. Cette action, j’espère qu’elle aura du retentissement. En tout cas, on est prêt à aller plus loin.” Pour défendre ce métier en crise qui le passionne et le passionnera toujours.”Même si je gagnais au Loto, je réinvestirais l’argent dans la ferme. C’est ce que j’aime.”

Retrouvez notre reportage grand-format, réalisé en début d’année,  Michael Dumont, 26 ans, agriculteur d’aujourd’hui
Pour un résumé de la situation européenne, notamment sur le prix du lait, voir cette dépêche AFP .

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1 Commentaire

  1. Bonjour,

    Je ne sais pas où poster cette réaction, vous n’avez pas fait d’articles sur les manifs d’agriculteurs d’aujourd’hui. juste pour dire que ce soir, j’ai entendu une pub sur Europe 1. Une promo de carrefour pour la viande : le jour où les agriculteurs clament qu’ils crèvent à petit feu, c’est bienvenu. Quand on sait que la grande distribution n’est pas toute blanche dans cette histoire

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