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Saint-Jacques retrouve sa voie

DailyUne | Petite histoire Par | 10 avril 2009

Saint-Jacques-de-Compostelle. Une aventure humaine, un défi physique, mon tout emprunt de spiritualité. Le pèlerinage connaît un regain d’intérêt. Dans notre région, une association jacquaire se charge ainsi de baliser les chemins pour les pèlerins descendant de Belgique ou de plus loin encore. Alors pour ce week-end pascal, nous avons suivi deux hommes sur les routes de Saint-Jacques-de-Compostelle. Enfin, sur quelques kilomètres…

[singlepic id=219 w=320 h=240 float=right]Condé-sur-Escaut, lundi matin. Chaussures de marche et sacs à dos, Michel-Amand et Daniel sont sur le départ. Au menu, quinze kilomètres jusque Sebourg. Des randonneurs ? Plutôt des éclaireurs. Les deux retraités sont en reconnaissance : en quête d’un chemin menant à Saint-Jacques-de-Compostelle. Il y a bien un GR (chemin de grande randonnée) qui passe dans le coin, mais il ne satisfait pas les deux hommes. «La philosophie du pèlerin était d’aller au plus court », explique Daniel. Le pèlerin a décidément du bon sens.

Chemins perdus

Carte IGN en main, GPS en poche, nous voilà donc dans les pas des pèlerins du Moyen Age. Enfin presque. « On ne connaît pas les véritables voies. » Perdues. Sous nos latitudes septentrionales, le goudron a souvent effacé ces chemins médiévaux. Et puisque les archives sont décidément peu prolixes à leur sujet, seuls quelques toponymes ou chapelles dédiées justement à saint Jacques, permettent de présumer du passage de pèlerins ici ou là. En fait, les deux hommes recréent plutôt un chemin pour la Galice (région de la façade atlantique espagnole).

Plus au nord, les pèlerins belges ont déjà leur route à partir de Gand ou de Bruges, passant par Tournai. « Les pèlerins descendent d’Allemagne ou des Pays-Bas pour rejoindre Vézelay. » Manque un petit tronçon depuis la frontière belge jusque le GR 122 afin de conduire les pèlerins dans la vallée de l’Aisne. Les deux membres de l’association jacquaire nordiste (Les Amis du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle du Nord) y travaillent depuis trois mois déjà.
Aujourd’hui, c’est leur ultime déplacement dans le valenciennois. [singlepic id=220 w=320 h=240 float=left]Une fois le chemin reconnu, une fois les autorisations obtenues pour le baliser correctement, un topoguide sera alors édité. Histoire de faciliter les pérégrinations du pèlerin en lui fournissant les bons coins où dormir, les bonnes tables ou les curiosités méritant une pause.

La Galice et ses vérités

Condé-sur-Escaut à peine quitté, première péripétie. On sort la carte, tout le monde colle son nez dessus. Erreur d’aiguillage. « C’est le problème du pèlerin. Quand il rate une balise, il s’en aperçoit après deux à trois kilomètres de marche », explique Daniel. Une demi heure de perdue. Les deux sexagénaires conservent néanmoins le sourire. Le pèlerin n’est jamais pressé. A la différence du Moyen Age, il peut désormais effectuer son périple en vélo. Ou par étapes. Un petit bout cette année, un autre petit bout l’année prochaine. Daniel a adopté cette solution : quinze jours par ci, quinze jours par là (lire le récit de ce pèlerinage jour après jour). « En 1997, j’ai vu les pèlerins dans les Pyrénées atlantiques. L’envie de partir est devenue de plus en plus pressante. » Michel-Amand a choisi une autre formule. Les 2 200 kilomètres séparant Tournai de Santiago-de-Compostela (via Vézelay) ont été engloutis en une seule traite. Trois mois de marche. C’était en 2002, il avait 57 ans. Après huit premiers jours « difficiles », l’ancien médecin parle de « dépossession physique ». Explications. « J’ai maigri de 11 kilos, mais j’étais en pleine forme. Je ne me suis jamais senti aussi bien. Je marchais 25 kilomètres: peu importe qu’il pleuve, j’étais déconnecté. » Loin des bouchons, des sonneries de portables intempestives, des rendez-vous urgentissimes, bref, de la précipitation futile qui occupe souvent notre quotidien.

SAINT JACQUES, RETOUR EN AFFECTION

Si au Moyen Age, Saint-Jacques était plutôt plébiscité (« un des trois principaux pèlerinages avec Rome et Jérusalem »), on se demande bien qui sont ces pèlerins au XXIe siècle. Difficile à savoir. Seul chiffre pour notre région: une centaine de pèlerins recensés à la cathédrale de Tournai, chaque année. Beaucoup de Néerlandais à vélo (forcément!). Mais, ces pèlerins sont sans doute plus nombreux, et n’empruntent pas forcément les mêmes routes (« la vraie route pour Saint-Jacques-de-Compostelle est celle qui part de chez soi »). Daniel évoque ainsi 31 000 pèlerins à Saint-Jean-Pied-de-Port juste avant le col de Ronceveau et l’Espagne. Tombé en désuétude, le pèlerinage connaît un regain d’intérêt depuis quelques décennies. Les deux hommes évoquent un effet Jean Paul II: en 1982, le Pape s’était rendu à Santiago, puis y avait organisé les Journées mondiales de la jeunesse. Ces pèlerins des temps modernes n’ont rien d’illuminés. Motivations religieuses, sportives, retour à la nature, parcours d’histoire, quête de soi… Tous les chemins mènent à Saint-Jacques.

Atterrissage douloureux

Et puis, il y a les rencontres sur les chemins de Saint-Jacques. Les deux hommes y reviennent souvent sur cette fameuse « fraternité ». Parce que tout le monde est identique. Les différences de la vie séculière (boulot, salaire, maison…) sont gommées : rien ne ressemble à un pèlerin plus qu’un autre pèlerin.  A écouter les deux hommes, ces voies ont des allures de havre de paix. « Lorsqu’on s’approche de Saint-Jacques, on ralentit le pas inconsciemment, témoigne Daniel.  Parce qu’on n’a pas envie que cela s’arrête. »

Autant dire que le retour sur Terre est plutôt douloureux. « Lorsqu’on a marché aussi longtemps, on a du mal à rentrer », confie Daniel. Nostalgie partagée par Michel-Amand. « La fraternité nous manque. Lorsque vous rentrez, vous avez envie d’en parler. Les gens vous écoutent poliment pendant un quart d’heure, mais ne peuvent pas comprendre. » D’où l’idée de prolonger ce pèlerinage au travers d’une association. Parce que seul un pèlerin peut comprendre un autre pèlerin.

Les Amis du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle du Nord, Hôtel de Ville, 298, rue Clemenceau 59 139 Wattignies http://www.compostelle-nord.com/

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3 Commentaires

  1. Se superposant au faisceau convergent de routes vers Compostelle, un autre faisceau de routes conduisait à Rome, comme on peut le voir sur cette carte dressée d’après les témoignages de pèlerins du Moyen Âge :

    http://www.villemagne.net/site_fr/rome-tous-les-chemins-menent-a-rome.php

    Parmi ces chemins, la Via Francigena ou « voie des Français », qui n’est pas une route unique, mais un ensemble de parcours pour les pèlerins vers Rome (roumieux) venant de France et du sud de l’Allemagne actuelle. Un de ces multiples parcours connaît depuis plusieurs années une popularité grandissante : celui que consigna l’évêque anglais Sigéric durant son pèlerinage qui le mena de Canterbury à Rome en 990 :

    http://www.villemagne.net/site_fr/rome-via-francigena-sigeric.php

  2. Retrouvez l’actualité de Compostelle dans la presse et les blogs sur http://www.compostelleinfo.fr et sur http://www.facebook.com/compostelle.info

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