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DailyUne | Petite histoire Par | 01H00 | 16 avril 2009

Michaël Hecquet, détective privé nouvelle vague

Détective privé. Une profession qui fait fantasmer : le chapeau solidement vissé sur la tête, le nez dans le journal, une vieille Volvo enfumée un jour pluvieux de filature, l’appareil photo crasseux posé sur le tableau de bord… Et dans le viseur, le mari bécotant sa maîtresse en ne se doutant de rien… On a voulu vérifier si les privés étaient toujours comme ça. Rencontre avec Michaël Hecquet à Arras.

On serait presque déçu. Ok, on n’est pas dans la zone la plus sympa d’Arras (en face du centre de tri de La Poste), mais l’ensemble de bureaux est tout ce qu’il y a de plus moderne. Pas possible, notre privé ne peut pas se trouver là… Pas de chance, le panneau indique CERIPE. C’est bien ça. On frappe. La porte s’ouvre. Là encore, on imagine l’odeur de renfermé, de tabac

froid dans la pénombre. Re pas de chance. Michaël Hecquet se dresse devant nous. Jovial, bien sapé. Tout ce qu’il y a de plus normal. Comme son bureau. Une pile de dossiers à droite, un ordinateur à gauche, les lunettes de soleil qui traînent (premiers jours de beau temps de 2009) et petite bouteille de whisky… non d’eau sur la table.

A 41 ans, Michael Hecquet est ce qu’on appelle un détective privé nouvelle génération. D’ailleurs, il préfère le terme “enquêteur privé”. “La profession a beaucoup évolué ces dernières années, résume le bonhomme. Depuis trois ans, il faut des diplômes pour exercer.” Niveau Licence, un examen que l’Arrageois a dû passer en faculté à Paris. Car oui, Michaël Hecquet, malgré sa quarantaine, est encore un jeunôt dans le métier : il y a trois ans il était cadre en pharmacie. “J’avais envie de changer depuis un moment. Et le métier de privé m’attirait. L’occasion s’est présentée. J’ai franchi le pas.

Principaux clients ? Assurances et entreprises

Forcément, depuis un an et demi, le quotidien de ce père de famille a changé. Finie l’ambiance pharmaceutique, désormais, c’est études de dossiers, prises de renseignements et filatures. Le triptyque du privé. Mais loin des clichés. “Les particuliers pour les soupçons d’infidélité ou les recherches de personnes disparues, ça représente un infime pourcentage de ma clientèle. Les plus gros clients, ce sont les avocats (15%) qui doivent chercher des preuves pour leurs dossiers, les entreprises (40%) et les compagnies d’assurances (40%).”  Les entreprises et les assurances ? “Oui. Ma principale clientèle.” Mais que peuvent-ils bien lui demander ? Plein de choses : “Pour les assurances, j’enquête sur les vols, les incendies, les accidents. A visage découvert d’ailleurs. Sauf quand on est obligé d’organiser des filatures : quand par exemple quelqu’un se fait passer pour handicapé, mais c’est plus rare.” Et pour les entreprises ? “L’essentiel, ce sont les problèmes avec les salariés et la concurrence déloyale.” Entendez surveiller quand il y a des vols en entrepôt, des absentéismes trop fréquents, un fichier client qui passe d’une entreprise à une autre, les cartes essences des entreprises qui servent pour la voiture de madame et des enfants, des contrats qui disparaissent mystérieusement. “Il n’y a pas longtemps, j’ai eu le cas d’une comptable. Elle travaillait dans un cabinet, mais petit à petit les clients partaient. Les patrons ont eu des doutes. Ils m’ont engagé. J’ai commencé une filature. Je me suis rendu compte qu’elle faisait la compta au black pour ses anciens clients.”  Virée dans la foulée.

Pas le droit de filer un conjoint PACSE

Dix-huit mois à peine de pratique et Michaël Hecquet semble connaître toutes les ficelles du métier. Et surtout les travers à éviter, ceux qui ont discrédité la profession pendant des années : “on a une formation de droit. On ne peut pas faire n’importe quoi !” Comme poser des micros, mettre sur écoute des téléphone ou donner des renseignements sur son voisin,  demandes qu’il a encore régulièrement… “Strictement interdit“. Plus surprenant, avant d’engager la filature d’un conjoint prétendu volage, il faut se renseigner sur la condition maritale : “Nous n’avons le droit de filer que les personnes mariées car il y a un engagement de fidélité dans le mariage. Demain, vous voulez faire filer votre compagne, si vous êtes concubin ou même Pacsé, je n’ai pas le droit.” D’ailleurs, en cas de filature légale, comment réagissent les maris ou femmes quand finalement il n’y a pas anguille sous roche : “Ils ne sont pas plus rassurés… Ils ont toujours des doutes ! Même si je n’ai rien vu pendant plusieurs nuits.

Privé dans la ville de Vidocq, le premier détective de France, une affaire qui roule, alors ? A l’entendre, oui. Le bouche-à-oreille fonctionne et surtout il est le seul à avoir pignon sur rue dans la Préfecture du Pas-de-Calais qui ne comptait pas d’enquêteur avant son arrivée selon lui. D’ailleurs, quand on lui demande ce qu’il fait dans la vie, sa réponse surprend toujours l’interlocuteur : “C’est vraiment mystérieux, les gens fantasment sur ce métier, imaginent un barbouze.” On vous le garantit, Michaël Hecquet n’a pas le profil du barbouze. En revanche, si vous l’avez derrière le dos un de ces quatre matins, appareil photo ou camera vidéo à la main, c’est que vous êtes peut-être mal barré…

CERIPE (Cabinet d’Enquêtes Recherches & Investigations Privé Européen), Arras. www.ceripe.fr

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