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Hadopi : la réponse du geek

DailyUne | Réflexions Par | 07 avril 2009

Hadopi fait décidément sourire (*). Tant décriée, tant discutée, la loi anti-piratage d’abord votée (par seize députés) est finalement recalée une semaine plus tard. Nous avons demandé à un geek de la région ce qu’il pouvait bien penser de cette chasse au peer-to-peer (P2P, réseau d’échange et de partage de fichiers). Hadopi va-t-elle réellement l’empêcher de télécharger films ou musiques ? Pure illusion. La loi n’est pas encore sortie qu’elle paraît déjà totalement désuète. Et notre geek le prouve.

Geek. A traduire par passionné de la chose informatique. Le nôtre habite le Valenciennois (n’insistez pas, vous n’en saurez pas davantage) et s’appelle CrackManix. Il a 20 ans, bidouille sur internet depuis un bon bout de temps déjà, a un peu touché au hacking (« par amusement, par défi, pour voir si je pouvais pénétrer sur des sites »), mais se contente aujourd’hui de sagement télécharger. « Pour moi et mes amis, je ne revends pas. » Comme des millions de Français en somme. D’ailleurs, CrackManix se demande si le téléchargement n’est pas l’essence même du net : « Au départ, le net reliait des universités pour échanger des fichiers ». En somme, rien n’a vraiment changé.

Sauf qu’on a décidé que ce serait illégal. Après la loi Dadvsi en 2006 (loi demeurée inefficace selon son propre rapporteur, le député du Nord, Christian Vanneste), voilà Hadopi chargée de contrôler et de punir les vilains internautes téléchargeant frauduleusement films et musiques. Encore un coup dans l’eau avec une réponse au piratage des années… 2000. Pour lutter contre les Napster et autres Kazaa (les pionniers du P2P, faut-il préciser) délaissés depuis des lustres ou pour traquer le malheureux utilisateur du peer-to-peer lorsque les gros téléchargeurs, eux, ont déjà migré ailleurs, vers le téléchargement direct par exemple. Seuls les moins avisés demeurés sur E-mule (un leader du P2P) et consorts se feront finalement pincer. Car au jeu du chat et de la souris, le pirate averti conserve une longueur technologique d’avance. L’offensive est déjà contrée. Et finalement, Hadopi (si elle est réellement appliquée, à la différence de Dadvsi) ne pourrait bien que promouvoir les alternatives existantes ou balbutiantes. Notre geek valenciennois nous fournit quelques exemples d’alternatives déjà disponibles sur le marché (**).

Le partage des liens

Prenez un fichier divx (700 mégaoctets). Les Charlots font l’Espagne, par exemple. Hâchez-le menu et uploadez (en les déposant sur un serveur du type rapidshare.com ou megaupload.com) chacun des morceaux de ce grand classique du cinéma hexagonal.  Postez ensuite vos liens correspondant à chacun des morceaux sur des forums de partage (les warez pour les intimes, Google en fournit à la dizaine). A la base, il s’agissait de sites pour stocker et échanger des fichiers, mais les internautes ont vite compris l’utilisation qui pouvait en être faite. « Des logiciels tels que criptload permettent ainsi de télécharger de gros fichiers par petits bouts. » L’ordinateur décompresse et recolle ensuite tous ces fichiers pour en faire un film de 700 Mo. Selon notre expert, c’est difficilement décelable d’autant que les fichiers demeurent modestes: « c’est plus petit qu’une démo de jeu ».

Les newsgroups

« C’est le même principe. On se connecte à un serveur, il existe ensuite des annuaires de liens. » Un divx sera décomposé par exemple en 200 fichiers à la différence du peer-to-peer, où il n’en fait qu’un. Du coup, télécharger un divx de 700 Mo prendra une quinzaine de minutes et demeure quasi sans risque. Inconvénient ?  Faut payer pour accéder à ces newsgroups (newsbin par exemple).

Des systèmes alternatifs

A l’instar du partage de fichiers, certains logiciels peuvent être détournés de leur application originelle. Exemple ? Live Mesh de Microsoft. On vous explique. Quiconque possède plusieurs ordinateurs peut les synchroniser. Ainsi, lorsqu’il travaille sur un fichier, celui-ci est automatiquement mis à jour sur ses autres PC à condition toutefois qu’ils soient connectés. « Mais le système a été prévu pour que des amis puissent s’y joindre. » En somme, on peut puiser directement dans l’ordinateur de l’autre. « J’ai testé avec un ami, je lui ai envoyé 30 gigas d’un coup. »

Le système Tor

« Il s’agit d’un système de connexion anonyme à internet. » Pour faire simple, tout ordinateur sur lequel est installé Tor se transforme en client et serveur. Moralité : « si je télécharge un divx, cela passe par 15 ou 20 ordinateurs ». Naturellement, quelqu’un de particulièrement zélé peut toujours dénicher la source. Mais c’est se donner beaucoup de mal pour attraper le pauvre internaute qui a téléchargé une chanson de Jean-Pierre François (c’est un juste un exemple).

Et pour les paranoïaques…

Les plus malins ont déjà pensé à brouiller leur adresse IP, la signature de votre ordinateur. Comment ? « En passant par un serveur qui fera la demande à votre place. » Seule précaution selon CrackManix, veiller à la localisation de ce serveur. Eviter la France et l’Europe, privilégier un pays d’Amérique du sud, par exemple. « Mais c’est vraiment pour ceux qui sont paranoïaques », poursuit notre geek. Vraiment au cas où un jour, une loi efficace sortirait pour lutter contre le téléchargement illégal. En attendant, pour ceux qui verraient leur connexion suspendue, le site recours-hadopi a déjà prévu la contre-attaque avec un dossier de recours à remplir.

(*) HADOPI: littéralement Haute autorité pour la diffusion d’oeuvres et la protection des droits sur Internet.

(**) Ces exemples sont fournis à titre indicatif. Il ne s’agit nullement d’inciter au téléchargement illégal, mais de montrer combien la loi est déjà dépassée.

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1 Commentaire

  1. tres bonne intervention… juste un peu de vocabulaire… notre ami n’est un pas un geek mais un NERD.

    Le GEEK est un passionné de tout ce qui ce fait de nouveau dans le domaine de la technologie. Le geek est a la limite un maniaco depressif. Il lui faut a tout prix le dernier gadget high tech qu’il a pu voir dans une serie américaine ou une pub sur le net. Le nerd est lui un bidouilleur en informatique. Bill Gates( dans sa jeunesses) etait le parfait NERD, cheveux long, lunettes vissées sur le nez, souvent rempli de boutons. Limite hacker ou hacker off shore. Le nerd ne sort pas de chez lui, mange de la pizza, possede une armée sous DOFUS, Linux est pour lui son meilleur copain, souvent seul , il vit dans son monde.
    Le geek est lui l’inverse. Il faut qu’il montre aux autres qu’il sait et surtout qu’il possede. Le nerd peut etre geek sans le show.

    voila.

    a bientot..

    avec direct connect , les newsgroup, les reseaux privés, le google hacking ( intitle:index.of.mp3 par exemple) le telechargement restera toujours en avance.

    richard

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