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Ch’ti d’ailleurs : Etienne, journaliste d’Afrique

DailyUne | Petite histoire Par | 05 avril 2009

DailyNord adore voyager. Enfin, par téléphone, c’est moins risqué.  Quelques semaines après notre escapade à La Nouvelle-Orléans, atterrissage cette fois-ci à Dakar, au Sénégal. Notre interlocuteur : Etienne Rougerie, 36 ans, né à Calais et ancien journaliste de France Bleu Nord et France 3 Nord – Pas-de-Calais Picardie. Parti à l’origine pour un mois, il vit depuis six ans sur le continent africain. Interview de ce Ch’ti d’ailleurs.

DailyNord : Comment êtes-vous arrivé en Afrique ?

Etienne Rougerie : C’était en 2003. Il y avait la création d’une radio, Okapi, au Congo. Le projet était financé par les Nations Unies et dirigé par une fondation suisse qui soutient les médias oeuvrant pour la paix. A l’époque, la République démocratique du Congo, un pays grand comme l’Europe de l’Ouest, était divisée en trois zones, dont certaines en guerre civile. [singlepic id=202 w=320 h=240 float=right] On m’a proposé de participer à la formation des journalistes là-bas. C’était une mission d’un mois à l’origine, mais j’y suis resté cinq ans !

DailyNord : En cinq ans, vous n’avez pas dû faire que de la formation ?

Etienne Rougerie : Les deux premières années, j’étais chargé d’ouvrir des stations régionales de la radio dans tout l’est du pays. Ensuite, je suis retourné à Kinshasa, la capitale, pour m’occuper des programmes électoraux de la radio. Puis, j’ai succédé à Yves Renard, ch’ti lui aussi, à la rédaction en chef de la radio. Avant de transmettre cette fonction, et ça reste le moment le plus marquant de ma carrière, à un Congolais.

DailyNord : Les conditions pour exercer votre métier ne devaient pas être évidentes…

Etienne Rougerie : C’est au Congo que j’ai appris mon métier.  En France, on apprend la forme du reportage. En Afrique, les sujets doivent être précis. Je vais vous raconter une anecdote : un jour, dans la zone de guerre civile, l’un des chefs d’une milice vient me voir et me dit :”vous êtes avec les autres“. Je lui ai prouvé que ce n’était pas le cas. Le lendemain, c’est le chef adverse qui est venu pour la même chose ! Ça veut dire qu’il faut vérifier les infos et que, là-bas, l’enjeu peut être votre vie !

DailyNord : Vous avez eu peur ?

Etienne Rougerie : On avait peur très souvent. On se baladait avec des gilets pare-balles. On était protégé par l’ONU dont des soldats se faisaient tuer dehors…

DailyNord : Qu’est-ce qui vous a le plus surpris au Congo ?

Etienne Rougerie : Je ne savais pas où je mettais les pieds en arrivant. Pour tout vous dire, dans l’avion, avant d’atterrir, je me demandais s’ils avaient l’électricité dans la capitale, Kinshasa. Quand on a amorcé l’atterrissage, j’ai vu des lumières. Mais en bas, je me suis rendu compte que c’étaient des chandelles ! Les conditions de vie sont surprenantes. A Bounia, il n’y avait ni eau, ni électricité. Pour se laver, on faisait chauffer de l’eau dans un demi-seau et on se lavait à l’ancienne. Mais on acquiert vite la technique !

DailyNord : Aujourd’hui, vous êtes à Dakar, au Sénégal…

Etienne Rougerie : Oui, je travaille désormais pour l’ambassade de France à Dakar. Je suis attaché de coopération avec les médias, c’est-à-dire que je mets en relation les médias français et africains en Afrique de l’Ouest.

DailyNord : La vie y est différente…

Etienne Rougerie : Les deux pays n’ont rien à voir. De Lille, on pense que l’Afrique est une grande zone uniforme, que tout est identique… A Dakar, il y a l’électricité et un choix de nourriture impressionnant par rapport au Congo. D’ailleurs, ça me rappelle une anecdote : un jour, au Congo,  je vais dans une supérette. Et là, je tombe nez à nez avec deux Maroilles ! Evidemment je les ai achetés tout de suite et fait une tarte au Maroilles à mon colocataire canadien ! Je pense que ça devait être une commande – le Congo a longtemps été sous domination belge – et que la personne n’était pas venue les chercher !

DailyNord : La France, le Nord… Vous y revenez de temps en temps ? Vous suivez l’actualité ?

Etienne Rougerie : Je suis revenu à Lille quelques semaines entre Kinshasa et Dakar. De longues vacances. J’ai été fasciné par la qualité des transports en commun : le bus, le métro, le tram… Au Congo, c’était des taxis collectifs à 4 à l’arrière et 3 à l’avant… Les rues où l’on peut marcher tranquillement ou flâner, Euralille qui avait fini de pousser… C’était un bon moment. Et je me tiens toujours au courant de l’actualité lilloise. D’ailleurs, c’est surprenant, quand on parle de Lille en Afrique, c’est le côté culturel qui est mis en avant avec Lille 2004 et Lille 3000…

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