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DailyUne | Réalités Par | 23H05 | 11 mars 2009

Poker : des cartes et de la méthode

Le poker. Le vrai, celui où on joue de l’argent. Même si les jeux de mise demeurent un monopole des casinos ou de la Française des Jeux, les pouvoirs publics ferment les yeux. Pas le choix devant l’ampleur du phénomène. Suffit de jeter un œil sur Internet. Dans la région, la seule association PokerLille annonce ainsi plus de 3 000 inscrits sur son forum. Arnaud, alias ChristoK9 (27 ans), est l’un de ces joueurs. Tantôt virtuel, tantôt réel.

Entre euros et dollars, il avoue lui-même s’emmêler parfois les pinceaux. La devise du poker, c’est le billet vert. Tout comme son langage venu d’outre-Atlantique. « Gamble », « buy in », « flop », « bad beat », « cash game », « fire roll »… A chaque mot, Arnaud sourit avant de se corriger et nous livrer sa traduction. Ni Stetson, ni cigare, ni whisky-glace. Un sweat à capuche, du coca et des clopes faites maison. L’image du « poker western », comme il dit, le fait doucement sourire.

Magie du virtuel

17h et quelques. Première partie en ligne de la journée. « La meilleure heure pour jouer, c’est en fin de matinée. Lorsqu’il fait encore nuit aux Etats-Unis : les Américains sont alors bourrés et/ou fatigués. » Direction Pokerstars, le meilleur site de poker online selon cet étudiant en deuxième année d’éducateur spécialisé. Et il ne semble pas être le seul à le penser : nous sommes en pleine semaine et quelque 139 000 joueurs du monde entier l’attendent déjà. Magie du virtuel, ChristoK9 (son pseudo) peut se dédoubler et s’asseoir à deux tables simultanément. Deux tables ? Forcément, nous, on est surpris. Lui sourit : « D’habitude, je joue sur quatre tables ». Aujourd’hui, c’est différent, il y a quelqu’un dans la pièce. Autre prouesse du virtuel, ces 10 dollars réels se sont transformés en 1 500 virtuels lorsqu’il s’est assis à la table. Une clope à la main, la souris dans l’autre, Arnaud poursuit la discussion tout en jouant. Parfois, il s’interrompt. Juste un coup d’œil. Avant de reprendre et de livrer quelques explications. « Au flop, j’ai deux valets, je suis imbattable. » « Là, c’est un bad beat (coup malchanceux, ndlr), il ne faut pas rester dessus. » « Là, c’est du 40-60. » Des statistiques connues par cœur qui lui indiquent le pourcentage de chances de gagner avec telle ou telle main. Le poker ne serait donc pas qu’un jeu de hasard ou de bluff ? Question de maths aussi.

Arnaud lâche ses tables de poker pour afficher des statistiques à l’écran. Parties virtuelles ou réelles, tout y est. Carré. « Toutes les parties sont référencées. Cela permet de savoir où on en est dans les gains et pertes. » Toujours décontracté. Et l’adrénaline dans tout ça ? « Je joue sur une table à 10 $ et une seconde à 6 $. » Pas de quoi stresser. Quarante minutes plus tard, Arnaud est rincé. « Seize dollars perdus, cela ne représente plus rien. Avant, je jouais des parties à un dollar et si je perdais 16 dollars, c’était énorme. »

1 937 parties, 250 tournois

Avant, c’était il y a deux ans, lorsque cet ancien rôliste (amateur de jeux de rôles) a découvert le poker. D’abord avec des amis à cinq euros la soirée et une mallette achetée sur internet. Plus tard, en ligne et en vrai de vrai au sein de l’association PokerLille. Une véritable communauté avec ses codes, son langage, et où chacun s’invite chez soi pour un tournoi en chair et en os. Sur le planning du club, on trouve des tournois quasiment tous les jours. Coup d’œil aux statistiques d’Arnaud : en 2008, il en a disputés 116. « Ça commence à 20h30 et cela peut finir tard dans la nuit. » A côté de ce poker réel, il y a encore le poker en ligne. Nouveau coup de stats : 1 937 parties en deux ans à 40 minutes la partie au bas mot. « C’est très variable, je peux y passer de cinq à trente heures par semaine. » Profit moyen par partie: 2 $. 

ChristoK9 vient de lancer une autre partie. Cash game cette fois : une table à 50 $ avec des blinds (mises) à 0,25 cent. Servi : 10 et roi. Tout le monde se couche, un seul joueur suit. « S’il a un carreau, je suis mal. » Pas de carreau, Arnaud ramasse trois dollars. Question essentielle : est-ce qu’il gagne souvent ?

Arnaud sourit : « aucun joueur de poker ne dit qu’il perd ». Retour aux stats. Des pertes, des gains mais un bilan positif depuis deux ans.  Forcément, il s’enhardit. Alors, depuis décembre, il a ajouté le poker en casino à sa panoplie. De Namur à Marseille, en passant par Paris ou Saint-Amand-les-Eaux : dix-neuf sessions en l’espace de trois mois. Encore un monde où l’argent est virtualisé, remplacé par des jetons.

Un jour, j’irai là-bas

Une addiction ? Arnaud n’aime pas le mot et préfère parler de passion. Une passion violente « au niveau de l’adrénaline », une passion exigeante aussi. « Il y a une phrase que j’aime bien : au poker, on dit qu’il faut cinq minutes pour apprendre les règles et toute une vie pour apprendre à jouer. » Apprendre sans cesse, à travers les blogs, les forums, les discussions, les posts où chacun raconte sa partie. Un peu comme aux échecs. Arnaud ne souhaite pourtant pas passer joueur pro comme quelques-uns déjà dans la région. « Aujourd’hui, je joue lorsque j’ai envie et non par obligation. Ça me sert à arrondir les fins de mois. » Parfois copieusement comme lorsqu’il a remporté ce tournoi en live à Lille (120 joueurs), ou ce tournoi en ligne (avec 800 joueurs et 5 500 dollars de gains). Un goût pour la compétition, le jeu, les montées d’adrénaline et aussi l’espoir de décrocher un jour la timbale. « Le poker vend du rêve. Si je suis fan de foot, je rêve de jouer un jour avec Zidane mais je sais que c’est impossible. Au poker, s’asseoir un jour à la table des plus grands est un rêve accessible. » Et de citer l’exemple d’un agriculteur américain (forcément) qui a empoché un jour deux millions de dollars à Las Vegas. Las Vegas, justement. Arnaud économise ses gains. Déjà 1 500 euros de gains mis de côté : en doublant la mise, il pourra s’offrir le voyage.

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