L'autre information du Nord – Pas-de-Calais

Diversité : la région fait pâle figure

DailyUne | Réflexions Par | 09 mars 2009

L’Obamania. Un véritable courant de sympathie en faveur de la diversité. La région n’y coupe pas. Une façon de se déculpabiliser ? Peut-être. Alors qu’on reparle des discriminations avec la nomination d’un commissaire à la diversité et à l’égalité des chances, nous nous sommes penchés sur ce Nord – Pas-de-Calais, terre d’accueil par excellence. Le constat est amer : les Français issus de l’immigration demeurent (quasi) absents du champ politique. La région est diverse, mais semble l’ignorer.

Doit-on être blanc pour exister en politique ? Au regard de la classe politique régionale (ça vaut aussi au niveau national), on s’interroge sur la représentativité des Français issus de l’immigration. Les minorités dites visibles demeurent invisibles (lire ci-dessous). A croire que ces populations se désintéressent de la res publica. [singlepic id=153 w=260 h=350 float=right]A moins que les électeurs ne manquent de maturité pour désigner un maire beur ou black ? Deux explications un peu faciles. Pour le socialiste Walid Hanna ou l’UMP Barry El-Hadj (*), l’explication est à chercher ailleurs. Les électeurs ? « Je n’ai jamais eu l’impression que les gens me jugeaient par rapport à mon accent. On se trompe lorsqu’on dit que les Français ne sont pas prêts », lance l’adjoint à la mairie de Lille. « Qu’est ce qui est le plus important ? La politique ou la santé ? Or, aujourd’hui, les gens n’hésitent plus à aller chez un médecin d’origine étrangère, à partir du moment où celui-ci est compétent. » Même constat pour Barry El-Hadj réélu pour la troisième fois au sein du conseil national de l’UMP. Les militants UMP seraient-ils si différents de la population en général ?

Des partis incolores

Peut-être une question de compétences ou une pénurie de candidats alors ? Autre idée reçue, selon les deux hommes. Les compétences existent bel et bien. En témoigne l’ouverture du monde économique sur la diversité, justement encouragée par les politiques. « Je suis enseignant dans un lycée à Roubaix. 80% de mes élèves sont issus de l’immigration : croyez moi, il y a du talent ! », témoigne Barry El-Hadj. Du talent réduit au silence, puisqu’on ne lui permet pas de s’exprimer. « On » ? Les appareils partisans. Quelle que soit leur couleur. Certes, on trouve des commissions chargées de réfléchir au sujet, on entend des grands discours sur la discrimination, mais les actions demeurent modestes et les résultats davantage encore. Walid Hanna évoque un « manque de volonté des partis politiques » ; Barry El-Hadj réclame « un changement de mentalité au niveau des décideurs et des élus ». A ce chapitre, on peut aussi évoquer l’ouvrage de Vincent Geisser et El Yamine Soum (**) où les partis politiques sont clairement montrés du doigt. Les deux chercheurs décrivent un système où la diversité récolte les miettes lorsqu’elle ne doit pas se contenter des seconds rôles voire de la simple figuration.

Politique d’affichage

Droite ou gauche, on pourra se défendre en invoquant la liste des investitures dans la région aux derniers scrutins. C’est vrai. Aucun parti  n’hésite à choisir un candidat issu de l’immigration… à condition que l’élection soit jouée d’avance. « A chaque fois, que l’on envoie quelqu’un issu de la diversité sur un canton de gauche ou de droite, on s’assure qu’il est imprenable », déplore Walid Hanna. Barry El-Hadj en a fait les frais aux dernières cantonales. Le cardiologue Salem Kacet (UMP), aux dernières législatives (septième circonscription du Nord), est un autre exemple. Même chose sur les scrutins de liste où il est toujours bon d’avoir quelques noms à consonance exotique, mais pas forcément en position éligible. Histoire de montrer qu’on joue la carte de la diversité. Question de communication. Question de calculs aussi. Barry El-Hadj avait ainsi hérité d’une trente-deuxième place aux élections régionales. Aucune chance d’être élu, il a décliné l’offre.

Les minorités dites visibles restent invisibles

Rapide coup d’œil sur les différentes collectivités de la région. Aucun député, aucun sénateur, aucun conseiller général (que cela soit dans le Nord ou dans le Pas-de-Calais). Pas convaincu ? Poursuivons. Aucun maire d’une ville importante (et même moins importante) et seulement trois élus sur 113 au Conseil régional. Scrutin uninominal ou scrutin de liste, la diversité est toujours perdante. Guère logique lorsqu’on songe que la seule population immigrée s’élève à 170000 personnes, 4,5% de la population régionale (chiffre Insee). Seul chiffre disponible. Car faute de statistiques sur les origines ethniques (toujours interdites à ce jour), il demeure impossible de connaître la part des Français d’origine étrangère dans notre région.

En fouillant bien, on trouve forcément quelques élus ici ou là dans les conseils municipaux. Pas de premier adjoint aux finances ni de maire bien sûr, mais parfois un adjoint à la Jeunesse, à la solidarité, ou à l’insertion. L’exemple de la ville de Roubaix est plutôt significatif. Avant de rencontrer un nom à consonance étrangère, il faut arriver au cinquième adjoint ! Pas question de montrer Roubaix du doigt, il s’agit simplement de prendre un exemple de ville où la diversité est plutôt significative.

Petits calculs entre amis

Car les places sont chères. Les femmes en savent quelque chose. Elles ont aussi bataillé avant que la loi sur la parité ne leur accorde d’office une place. Vincent Geisser et El Yamine Soum parlent de « placisme ». Définition : « un syndrome qui se traduit par une véritable obsession des notables locaux et nationaux à garder leur place et à tout faire pour que cet Autre (Black, Beur, Domien***…) n’y accède jamais ». Au-delà d’intérêts particuliers contrariés, un candidat issu de la diversité s’assimile souvent à un risque aux yeux de partis plutôt conservateurs. Peur de voir le candidat rejeté par les électeurs, peur aussi de le voir réduit à une communauté et incapable en somme d’œuvrer dans l’intérêt général. « Le problème lorsqu’on est issu de l’immigration, c’est de porter les soucis de tout le monde et de ne pas tomber dans le communautarisme », reconnaît Walid Hanna. Mais ce communautarisme peut être dépassé. La preuve, aux dernières municipales, Martine Aubry a décroché son plus gros score dans ce quartier du Faubourg de Béthune où Walid Hanna avait mené campagne.

Dans une interview accordée au Monde daté de samedi, le nouveau commissaire à la diversité et à l’égalité des chances, Yazid Sabeg déclare que « les partis doivent enfin s’emparer de cet enjeu ». Et d’annoncer « une charte que les partis devront transcrire dans leurs statuts ». Pas question néanmoins d’instaurer des quotas. « Il faut laisser une chance à tout le monde, aux gens compétents qu’ils s’appellent Mohamed, Walid ou Jean-Paul. Il faut laisser jouer la compétition », plaide Walid Hanna. Une sélection naturelle par la compétence, en somme. Comme dans le sport ou le monde artistique ; des domaines qui reflètent aujourd’hui davantage la diversité que le monde politique censé pourtant donner l’exemple. Question de crédibilité.

(*) Médecin d’origine libanaise, Walid Hanna (47 ans) est troisième adjoint à Lille. Il est un des rares exemples de personne issue de la diversité à un poste clé. Docteur ès mathématiques, Barry El-Hadj (60 ans) est militant depuis 25 ans. Enseignant dans un lycée de Roubaix, il est membre du conseil national de l’UMP et délégué du Nord à la citoyenneté pour la fédération UMP du Nord. Originaire de Guinée, il a aussi été candidat en 2008 dans le canton Lille-sud.

(**)Vincent Geisser (chercheur au CNRS) et El Yamine Soum (doctorant à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) sont auteurs du livre, Discriminer pour mieux régner. Enquête sur la diversité dans les partis politiques, éditions de l’Atelier, 2008.

(***) Domien: issu des départements d’outre-mer.

Ce contenu est © DailyNord. Si cet article vous intéresse, vous pouvez reprendre un extrait sur votre site (n’excédant pas la moitié de l’article) en citant bien évidemment la source. Si vous désirez publier l’intégralité de l’article, merci de nous contacter »

Réagir à cet article

La rédaction de DailyNord modère tous les commentaires, ce qui explique qu'ils n'apparaissent pas immédiatement (le délai peut être de quelques heures). Pour qu'un commentaire soit validé, nous vous rappelons qu'il doit être en corrélation avec le sujet, constructif et respectueux vis-à-vis des journalistes comme des précédents commentateurs. Tout commentaire qui ne respecterait pas ce cadre ne sera pas publié. Evidemment, DailyNord ne publiera aucun contenu illicite. N'hésitez pas à avertir la rédaction à info(at)dailynord.fr (remplacer le "at" par "@") si vous jugiez un propos ou contenu illicite, diffamatoire, injurieux, xénophobe, etc.

POLITIQUE

EN ROUTE VERS LES MUNICIPALES 2020

INFORMATIONS ESSENTIELLES, ANECDOTIQUES, DÉCRYPTAGES, ENQUÊTES, RÉVÉLATIONS, INDISCRÉTIONS, REBONDS DÉCALÉS... TOUS NOS ARTICLES S'INTÉRESSANT AUX MUNICIPALES 2020 SONT PAR ICI ! ACCÉDER AU DOSSIER

Abonnez-vous à notre newsletter

Bienvenue dans la ville la plus étrange des Hauts-de-France

Elle pourrait loger 5 000 personnes, mais cette ville n'aura jamais d'habitants. Découvrez pourquoi.

Les tops DailyNord

Les Livres avec Eulalie