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Comment Abdelouahed est devenu un sans-papiers

DailyUne | Petite histoire Par | 19 mars 2009

Un sans-papiers n’est pas forcément un réfugié clandestin en transit pour l’Angleterre. On peut très bien être en situation régulière et se retrouver indésirable le lendemain. Etre arrivé en France en toute légalité, y séjourner plusieurs années, s’être intégré et voir brutalement son existence chamboulée, faute de papiers. Parcours d’Abdelouahed, un sans-papiers de la région lensoise.

Abdelouahed pourrait être l’exemple d’une intégration réussie. « Regardez », dit-il, en étalant devant lui feuilles d’impôts sur le revenu, taxes d’habitation, quittances de loyers, lettre d’embauche… Ce Marocain de 40 ans a débarqué en France en 2005. Pas clandestinement comme on l’imagine dès que l’on entend parler de sans-papiers. Non, tout ce qu’il y a de plus légalement. Marié à une Marocaine naturalisée française, il a bénéficié du regroupement familial. Au Maroc, il était chef de chantier, ici il sera simple maçon. Après plusieurs petits boulots, il est embauché dans une boîte de l’ex bassin minier. Notre homme ne doit pas bosser si mal puisqu’il décroche même un CDI. Une intégration réussie, en somme.

Expulsable du jour au lendemain

Sauf qu’en octobre 2007, son épouse entame une procédure de divorce. Du coup, son titre de séjour n’est pas renouvelé en avril 2008. La machine administrative est en route. Au passage, Abdelouahed perd son boulot. Logique, depuis juillet 2008, l’employeur est tenu d’alerter la préfecture quand il embauche un étranger. Licencié donc.

Recours au tribunal administratif (en décembre dernier) puis devant la cour d’appel (février 2009), même résultat.  Abdelouahed demeure un sans-papiers expulsable. Il séjournait en France en toute légalité depuis trois ans, du jour au lendemain, on ne veut plus de lui. Abdelouahed n’a plus qu’à faire ses bagages et à rentrer bien sagement au Maroc. Peu importe qu’il soit toujours légalement marié à une Française (la procédure de divorce est toujours en cours). Qu’il ait trouvé du boulot, qu’il s’acquitte de ses impôts. Peu importe qu’il ait reconstruit sa vie ici et qu’il ne songe pas à retourner outre-Méditerranée. D’ailleurs, personne ne lui a vraiment demandé son avis, il n’a pas été reçu en Préfecture.

Peur d’entendre frapper à la porte

Mine de rien, vivre sans papiers, ça bouscule sacrément le quotidien. La régularisation signifie bien plus que le simple droit de séjourner sur le territoire : elle donne aussi accès à une existence matérielle. Un boulot, un logement, la liberté de se déplacer. Des projets aussi. Du jour au lendemain, Abdelouahed Ziyadi a vu son avenir hypothéqué. Plus question de travailler ni même de chercher un boulot. Privé de ressources, Abdelouahed est contraint de vivre de l’aide de proches en se demandant comment, demain, il pourra s’acquitter de son loyer. Plus d’aides en tout genre. Plus rien. Et même une liberté restreinte. Abdelouahed dit ainsi limiter ses déplacements : « j’ai peur de sortir dehors ». Il sait combien son sort peut se jouer sur un contrôle d’identité inopiné : le centre de rétention avant le retour au pays. Peur aussi qu’on le dénonce : « A chaque fois que l’on frappe à la porte, j’ai peur que ce soit la police qui arrive. » Le cas est assez rare, mais les forces de l’ordre ont le pouvoir de débarquer chez lui à 6 heures du mat.

Son seul espoir passe aujourd’hui par l’association Code62, chargée du dossier. « Nous essayons d’humaniser ce dossier », confie Eric Massa. Le vice-président précise ainsi « que beaucoup d’éléments n’ont pas été pris en compte ». Comme les efforts d’intégration par exemple. Il s’agit de montrer combien ce refus de régularisation condamne l’intéressé à mener une non existence. Combien de temps peut prendre la régularisation ? Le sourire d’Annie Saint-Arnoult (présidente de la section Lens de Code62) est plutôt éloquent : «Aucune idée ». Questions de mois, d’années parfois, personne ne sait. Abdelouahed est donc condamné à demeurer dans l’expectative. Et à avoir peur à chaque fois que la sonnette d’entrée retentit.

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