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DailyUne | Rebrousse-poil Par | 18H06 | 08 février 2009

La crise enrichit notre vocabulaire

S’il existe un domaine épargné par la crise, c’est bien celui du langage. Au contraire, notre vocabulaire ne cesse de s’enrichir : tantôt avec de nouveaux mots, tantôt avec de nouvelles expressions.

Depuis l’été 2007, les médias nous abreuvent de hedge funds, subprimes, solvabilité et autres titrisations naguère réservés à un public averti. Avec un effort encore accru au cours des derniers mois, le lexique boursier a ainsi forcé les portes du langage courant. D’ailleurs, à titre anecdotique, on peut déjà signaler la sortie d’un nouveau Que sais-je ? en janvier, sobrement intitulé Les cent mots de la crise. Histoire de ne pas perdre son latin au milieu de ces légions d’anglicismes.

Des mots qui adoucissent des maux

Si la crise enrichit notre vocabulaire, elle donne aussi du relief à un autre champ lexical : celui de l’actualité sociale. Certes, les ressources humaines n’ont pas attendu le retournement de conjoncture pour corriger leur façon de s’exprimer. Mais avec l’avalanche de plans sociaux au cours des dernières semaines, cette révolution sémantique transparaît aujourd’hui plus nettement.

Plutôt que de parler de suppressions d’emplois, on évoquera donc une restructuration d’entreprise. Si l’exemple est ici assez grossier, les expressions usitées sont parfois plus subtiles. Quelques formules puisées auprès des syndicalistes de la région : adaptation ou régularisation des effectifs (sous entendu adaptation ou régularisation par le bas), gestion prévisionnelle des emplois (on anticipe pour voir combien de personnes (ne) seront (plus) nécessaires dans X années), rester sur le cœur de métier (on emploie moins pour sous-traiter plus), optimisation des installations (on va fermer une usine pour concentrer la production sur une autre)… Autant d’expressions joliment enrobées et derrière lesquelles l’œil exercé du syndicaliste décèle des suppressions d’emplois.

Enrober pour se dérober ?

Naturellement, parler d’une restructuration reste moins stigmatisant qu’évoquer une vague de licenciements même si, derrière les mots, la réalité demeure à peu près la même. On peut sans doute lire quelques avantages dans l’usage de telles expressions alambiquées. D’abord on peut se demander si tout le monde entend bien de quoi il s’agit au juste; ensuite, on ménage l’image de l’entreprise ; et enfin, on prépare ses salariés à d’éventuelles suppressions d’emplois.

Forcément, dans le contexte actuel, on aurait tendance à suspecter une stratégie sémantique solidement ficelée par des DRH naturellement à la solde du grand patronat. Mission : virer des employés sans faire trop de vagues et en ménageant l’image de l’entreprise.

Renseignements pris, cette évolution de langage ne répondrait à aucune stratégie délibérée mais  refléterait tout bonnement l’essor et la sophistication des ressources humaines. Sans aucune malice. Témoignage d’une spécialiste du secteur : « Il y a dix ans, on parlait de licenciement ; aujourd’hui, on n’utilise plus ce terme. Nous prenons davantage en compte l’avenir de la personne derrière. Les ressources humaines ont ainsi pris conscience de ce qui existait derrière le licenciement. » Et forcément, le champ lexical des RH a évolué. Société de communication oblige, il existe ainsi une tendance à positiver et à enrober : sans doute préfère-t-on être victime d’une restructuration que d’un licenciement…

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