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Le monde selon moi | Petit théâtre de Martine Aubry Par | 25 octobre 2007

Et le cumul des mandats dans le temps ?

Léonce Deprez a 80 ans. Il se présente, pour la cinquième ou sixième fois, en candidat “libre” à la mairie du Touquet, c’est à dire sans l’investiture de son parti l’UMP, selon toute vraisemblance décernée à Daniel Fasquelle, l’étoile montante de la droite dans le Pas de Calais, élu député de la circonscription en juin dernier. Et qui se taillerait bien un fief inexpugnable en ravissant l’hôtel de ville de la station balnéaire des Quatre Saisons à celui qui lui a associé son nom. Pas gagné, certes, tant la prégnance d’un Léonce Deprez dans “sa” ville est forte. Le jeu reste ouvert. Mais ce qui me vient à l’esprit, c’est cette satanée réforme du cumul des mandats, entamée il y a huit ans – par Bernard Roman, président socialiste de la commission des lois d’alors- et toujours inachevée. La commission de réflexion sur les institutions, dans laquelle siège un Jack Lang également député socialiste du Pas de Calais, n’a pas proposé grand-chose sur le sujet. Ah si ! Pour le président de la république, un quinquennat renouvelable une fois. Comme aux Etats-Unis (où le mandat présidentiel est de quatre ans).

Et si on appliquait l’esprit d’une telle proposition à tous les mandats, parlementaires et locaux ? L’allongement de l’espérance de vie ne peut tout justifier. Agir sur le nombre de mandats successifs apparaît plus logique que fixer une limite d’âge. On peut même imaginer d’interdire plus de deux mandats successifs. Fini, la gérontocratie organisée ! De plus, cela inciterait à la “reconversion” de l’élu qui pourrait ensuite envisager de retenter les dieux après une parenthèse professionnelle.

Voilà qui renouerait les liens entre le monde du travail -et de la vie en général- et celui des palais de la république, souvent déconnectés des réalités. Et qui contribuerait à enrichir la démocratie représentative. De plus, cela donnerait un peu d’oxygène dans les appareils partisans, souvent sclérosés par des générations installées qui bloquent l’éclosion des jeunes talents. Il ne serait pas inutile d’inaugurer enfin le non-cumul des mandats dans le temps. Pour une fois, l’exemple viendrait d’en haut.

PS : La restauration par le vide

Plusieurs milliers d’adhérents auraient pris la clef des champs à la fédération socialiste du Nord. Presque une hémorragie si l’on considère le rythme des défections depuis une ou deux années. Un phénomène discret mais réel, soigneusement tu par les responsables de la fédération*. Rue de Solférino, on enregistre les mêmes tendances dans plusieurs autres “fédé”, spécialement celles formées de grands centres urbains et universitaires, là où le zapping de la militance s’exprime le mieux. Les nouveaux adhérents, ces jeunes diplômés, souvent militants associatifs ou sympathisants de mouvements altermondialistes ou tout simplement “de gauche”, qui s’étaient laissés recruter par internet, se sont évanouis dans la nature. Pour 20 euros, ils étaient allés grossir les rangs d’un parti dont ils ignoraient tout. C’est comme cela que Ségolène Royal a été désignée candidate. Parce qu’elle était la plus cathodique, la plus bankable en termes de marketing politique, la plus communicante. Ajoutez une pincée de valeurs morales, un soupçon d’éthique publique et vous obtenez “Ségolène”.

Tout pour plaire à ces nouveaux adhérents qui ont fait pencher la balance de son côté. On n’oubliera pas de sitôt le “congrès” de Lens en octobre 2006, cet Epinay raté. Organisé en écuries de course, le PS a été débordé par cet afflux d’adhésions dont il n’avait ni la culture ni le mode d’emploi. C’est ce que l’on reproche, entre autres, à François Hollande, d’avoir ouvert la porte à une militance inconnue en tout cas mal contrôlable. Les caciques du PS peuvent aujourd’hui souffler. Ces renégats qui ont porté cette Royal honnie par eux s’en sont allés. Sonnés par la défaite de mai. Ecoeurés par le sarkozysme triomphant. On ne les y reprendra plus à faire de la politique, à vouloir changer la vie.

Et leur parti retrouve des étiages d’adhérents plus en conformité avec leurs habitudes. Un flot de militants qu’ils sauront canaliser en 2012 pour éviter une seconde mésaventure Royal. Débarrassé de cette frange militante qu’il n’a pas su cornaquer, pour le PS, c’est la Restauration ! Le parti redevient ce qu’il était. Mêmes dirigeants, mêmes habitudes de clientèlisme, mêmes réflexes,…Voilà pourquoi le PS reste et restera pour les années à venir un parti d’élites, presque de cadres dont on ne voit pas comment il pourrait se réformer vraiment.

*Gilles Pargneaux, le premier fédéral du Nord, réaffirme dans La Voix du Nord que le nombre d’adhérents ne chute pas et reste aux alentours de 10 500 membres. Selon lui, la plupart des nouveaux adhérents à 20 euros, ne sont pas des adhérents internet mais ont poussé la porte de leur section.

Rachida Dati : le maquillage tombe

L'”affaire” Rachida Dati appelle commentaires. L’affaire du diplôme, ce parchemin qu’elle n’aurait pas obtenu tout à fait. A chaque semaine, son petit scandale, tant l’opinion est comme ces monstres de la mythologie, jamais rassasiés, toujours aux aguets. En soi le mal est bénin. Les bonnes pierres de notre République ne vont pas se déchausser pour autant. Mais peut-on faire confiance à quelqu’un qui dissimule ainsi, qui joue ainsi avec la vérité ? L’attitude dont a fait preuve la garde des Sceaux confine, au pire, au mensonge par omission. Au mieux, à l’étourderie préméditée. L’approximation dont elle est responsable est typique du monde politique. On veut toujours se montrer sous son meilleur jour, on ne brille jamais assez, on craint l’ombre comme la peste. On cultive l’imprécision, en espérant une interprétation favorable. Le subterfuge est bien connu des DRH et autres “chasseurs de têtes”, qui, soit-dit en passant, se montreraient impitoyables devant une telle ambiguïté. Les membres du jury d’admission à l’Ecole de la magistrature doivent en rougir de honte, eux qui n’ont pipé mot devant le CV enjolivé de madame Dati. Comme si cette dernière – et ses collègues du monde politique- se faisait recruter tous les jours par l’opinion. Une telle trouille du zapping oblige à d’incessantes contorsions avec la réalité. Qui a été chargé de mission écrira conseiller technique sur ses professions de foi électorales, beaucoup plus chic. Untel a exercé quelque responsabilité, il affichera le titre ronflant de directeur, tellement plus valorisant. Un troisième s’attribuera mérites et bons points à la place d’un autre. L’auto-proclamation et le pillage des honneurs et des titres sont parmi les clés de la réussite en politique. Cela s’appelle de la vantardise. Peut-on confier autant de responsabilités à des gens qui travestissent autant la vérité ?

Faire un sort à la démocratie participative

Je le dis tout net. Je ne crois pas à la démocratie participative. Pour une bonne raison: je ne comprends pas ce que c’est. Comment ça peut fonctionner. Quel intérêt pour les citoyens. Pendant la dernière campagne présidentielle, Madame Royal a jeté un pavé dans le marécage électoral en proposant de rééquilibrer notre vie politique par une dose consistante de “démocratie participative”, via des jurys citoyens. Tollé chez les élus car ils vivent de la démocratie représentative, ennemie jurée de la précédente comme l’ombre l’est de la lumière. Indifférence chez les électeurs car ils se méfient instinctivement des bonimenteurs qui prétendent leur apprendre à voter. Et puis je n’aime pas tout ce qui ressemble à une auberge espagnole, pain bénit pour les démagogues de toutes obédiences qui font leur miel des formules toutes faites et bien creuses. Modestement, je proposerais que l’on se penche sur des solutions moins incantatoires mais plus opérationnelles. Le mandat impératif, tout d’abord, qui viendrait remplacer le mandat indicatif. Pour cela, il faut réformer la constitution qui l’interdit. Une révolution culturelle chez nos élus qui pourraient ainsi se voir révoqués par un nombre suffisant d’électeurs en cours de mandat pour promesses non ou mal tenues ou manquement à l’éthique (Nixon et Clinton en savent quelque chose, Gray Davis le prédecesseur de Schwarzenegger au gouvernorat de Californie, aussi). Ensuite la démocratie aléatoire. On tire au sort sur une liste de citoyens volontaires ceux à qui on proposera d’exercer des responsabilités d’interêt général. Les Grecs le faisaient déjà. Pourquoi pas nous ? Peut-être pas pour le président de la République, mais pour la plupart des conseils municipaux et des élections locales, voilà qui mérite qu’on y réflechisse. Dans les deux cas, les citoyens “participent”. Alors, heureux ?

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L’argent, symbole d’autorité

Sarko qui “s’augmente” à 20 000 euros par mois et se retrouve au même niveau de rémunération que son Premier ministre, cela me rappelle ces cadres de direction et autres hauts managers qui mettent un soin tout particulier à calquer la grille des rémunérations de leur entreprise sur celle de la hiérarchie. Un numéro cinq ne peut gagner plus qu’un numéro quatre et ainsi de suite…Un PDG qui gagnerait moins que son DG ! Décidément, la France est une société para-militaire où l’autorité procède des galons et du protocole. Mais le système est vite perverti. On ne cherche pas à récompenser la compétence et le mérite, mais à organiser le statu quo, à éviter les voix discordantes, à repousser toute remise en cause du chef : l’ordre juste version française ! Plus que l’argent à la mode américaine, il faut y voir la puissance irréductible du symbole à la sauce franco-latine : “Je gagne plus que toi, donc je te commande”. A contrario : “si tu dois m’obéir, c’est parce que tu gagnes moins que moi…”. “J’ai raison, puisque je suis mieux payé que toi”. CQFD. Accessoirement, cela permet à Nicolas Sarkozy, chantre de la droite bling-bling, de faire meilleure figure face aux patrons du CAC 40 qu’il fréquente assidûment. 6000 euros par mois, ça faisait cheap. Même assortis d’un avantage en nature royal, le palais de l’Elysée pour n’en citer qu’un. En ce qui le concerne, lui et son Premier ministre, j’espère simplement qu’ils réglent eux-mêmes les factures d’eau, d’électricité et de gaz et autres dépenses courantes telles les taxes d’habitation afférentes à ces logis princiers. Comme cela se fait dans les démocraties d’Europe du Nord.

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Les culturistes de l’opinion

Les gens qui font de la politique me font penser à des culturistes. Ces body-builders qui ne cessent de brûler leurs graisses accumulées pendant la nuit et les temps de repos. Des Sisyphe de la tripe et du tissu musculaire. Les autres vous les voyez sur les marchés et autres rendez-vous où l’on flatte l’électeur. Ils courent inlassablement après l’image diaphane qu’ils ont donné la veille, leur souvenir flou dans l’esprit des gens lors du marché de la semaine dernière, les sensations improbables qu’ils ont imprimées dans le cortex des foules un soir de meeting, le flash fugace d’une apparition cathodique. Tentant de consumer la mauvaise graisse de l’oubli, d’entamer le gras de l’indifférence ou de chasser les toxines de la rumeur. Pour eux une campagne politique est un puzzle : il s’agit de recoller les morceaux d’une image éparse souvent fragile, toujours fabriquée, sans cesse à reconstruire. A coup de sourires mécaniques, de poignées de main industrielles et de “Ca va ce matin” robotiques. Comme les athlètes de la gonflette, ils se battent contre la mauvaise image qui fera l’opinion négative et contre le zapping de tous les jours, cet Alzheimer de la politique. Ho Hisse !

Abus de pouvoir

Par Marc Prévost :: 25/10/2007 à 10:50 ::

Je viens de terminer “Abus de pouvoir” (Edition du Moment) , de notre confrère Vincent Quivy, qui avait signé l’année dernière l’excellent “L’impossible monsieur Borloo” (Edition l’Archipel), un livre que j’ai référencé dans la bibliographie du mien. Tout homme qui a du pouvoir est tenté d’en abuser…il lui faut des limites. C’est la théorie des contre-pouvoirs. Encore faut-il les exercer, ces derniers ! Vincent Quivy examine une série d’exemples dans lesquels nos chers élus se sont laissés griser par leurs responsabilités. Au détriment de l’intérêt général et, souvent, aux frais du contribuable. On s’attardera sur le dernier chapitre consacré aux fausses connivences qui biaisent les relations entre les pouvoirs et les journalistes/media. “Dis Tonton Platon, c’est loin la démocratie ? Tais-toi et vote.” A lire sans modération.

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