ANALYSE

Réflexions Par | 11H36 | 23 mars 2015

Les enjeux du second tour des départementales

La droite confirme ses bons résultats des municipales dans le Nord et affiche ses ambitions mais reste en deçà dans le Pas de Calais. La gauche au fond de la piscine. Mais c’est le FN, parfois dix points au dessus de son score national qui retient  l’attention. Des chiffres à valider au soir du second tour de dimanche prochain. A la lumière des résultats du premier tour, revue des enjeux de ces départementales new look qui aboutiront sans aucun doute à une nouvelle donne.

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Les enveloppes ont parlé. Photo : DailyNord.

Xavier Bertrand. Indirectement impliqué mais directement concerné, le maire UMP de Saint-Quentin compte ses troupes et ses voix pour les régionales. Les grands barons Darmanin et Fasquelle sont à l’unisson. Un Nord dirigé par un Jean-René Lecerf le comblerait. C’est le retour du Général ! Et la preuve qu’une plate-forme commune avec l’UDI est la meilleure tactique pour gagner, quitte à puiser ensuite les réserves chez les abstentionnistes pour mieux repousser le FN. La même question est posée à la gauche, partie éparpillée et qui vient d’encaisser un fameux démenti.

Marine Le Pen. Un vote FN confirmé dans le Nord et le Pas de Calais, dans l’Aisne (le sénateur et président socialiste sortant Yves Daudigny éjecté au premier tour !), dans l’Oise…Le FN est bien numéro un. Alors que le score national relègue le parti des Le Pen à la troisième place des forces politiques avec 25%. C’est la présidentielle qui se présente moins bien que prévu. Ce sont les régionales Nord-Pas de Calais/Picardie qui tendent les bras à la fille du fondateur du FN. Pour rassurer ses troupes et motiver son électorat. Le mode de scrutin à la proportionnelle et à deux tours induit une terrible triangulaire entre UMP/UDI, FN et PS – le paysage tripartite est maintenant établi et bien malin celui qui peut prévoir les reports de voix entre les deux tours, donc les capacités d’une MLP qui emmènerait elle-même les listes et serait candidate à la présidence. Le second tour sera évidemment décisif. Surtout ne pas arriver en troisième place au soir du premier tour mais le FN ne semble pas sous le coup d’une telle menace. Et la fameuse question du front républicain se reposera de toute manière.

LES CHIFFRES DU PREMIER TOUR

Dans le Nord, le FN arrive en tête avec 31,85% des voix, suivi par la droite classique et 30,44%. Le PS n’atteint même pas les 20 (19,33%) ce qui prédit une bascule du département à la droite dimanche prochain.

Dans le Pas-de-Calais, le FN sort aussi en tête à 35,63%. L’UMP-UDI est à 17,13 tandis que le PS est à 16,71% et l’Union de la Gauche à 10,73%.

Dans les deux départements, aucune autre formation n’atteint les 10%. Le Front de Gauche fait par exemple 7% dans le Nord quand EELV atteint les 2,49%, un score équivalent à celui du Pas-de-Calais (2,61%).

Le scenario de cauchemar pour Pierre de Saintignon. Un Nord annoncé à droite, des candidats socialistes absents du second tour, un Pas de Calais indécis qui a autant de chances de basculer ou de rester à gauche, des triangulaires FN/UMP ou FN/PS inédites, une Aisne peut-être au FN, ce dernier à 30/35 % et plus dans certains secteurs de la grande région Nord-Pas de Calais/Picardie. Oui, mais quelle gauche pasdecalaisienne ? Celle de Monsieur Percheron, ennemi juré d’un PdS aubryste jusqu’à la moelle des os ? Martine Aubry comme encerclée. De quoi remettre en cause la désignation de son lieutenant De Saintignon pour le leadership socialiste aux régionales ? Mais alors, qui face à Xavier Bertrand qui a le vent en poupe après les résultats d’hier qui devraient se confirmer dans les urnes du second tour, et face à une Marine Le Pen éventuellement candidate ? Le PS ne peut faire l’impasse sur une telle échéance régionale, lui qui a mené une réforme territoriale difficile et qui a souvent dirigé ces deux régions qui n’en font plus qu’une. Madame Aubry sera face à un dilemme cornélien. Recours ou dernière chance ? Si elle dit non, et elle l’a déjà dit, on lui reprochera pour les années à venir sa frilosité. Si elle dit oui, c’est quitte ou double. Et ce n’est pas dans son tempérament. Elle veut être sûre de gagner, pas enjointe à sauver les meubles. Surtout dans le cadre d’une confrontation Bertrand/Le Pen.

Régionales. Si pas Aubry, qui ? Si plus PdS, qui ? Deux possibilités. Le ministre de la Ville, Patrick Kanner, qui devrait conserver son canton et donc siéger dans l’opposition si la droite emporte le conseil départemental du Nord. Et qui n’a pas encore digéré qu’on lui coupe l’herbe des régionales sous le pied  (voir billets précédents, de même La longue marche de Monsieur Kanner – 13 janvier -, pour découvrir son appétit pour l’hôtel de ville de Lille, une fois Martine Aubry retirée…). Frédéric Cuvillier, le maire de Boulogne-sur-Mer, ancien ministre de Ayrault et Valls, discret depuis plusieurs semaines et qui nourrit les mêmes rancunes à l’endroit du clan Aubry. Il avait quitté le gouvernement en espérant se ménager un chemin vers les régionales. Qui d’autre ?

Gilles Pargneaux en ballotage ? Le premier fédéral du Nord pourra-t-il se maintenir à la tête de la fédération lesté d’un nouvel échec et après des européennes calamiteuses et des municipales ratées (Roubaix et Tourcoing)? Ou bien les caciques socialistes lui préféreront-ils un autre chef. On murmure que Dominique Bailly, sénateur-maire d’Orchies ferait un bon successeur et qu’il aurait l’aval de Martine Aubry – et donc d’Audrey Linkenheld, patronne de l’importante section lilloise et autre bras droit de la maire de Lille – François Lamy a le bon profil mais trop nouveau sur le terrain. Entre Pargneaux et la maire de Lille le torchon brûle. Il faudra un responsable, donc une tête. Pour préparer la suite. Les régionales – trouver les arguments pour nouer des alliances de premier tour avec les alliés écolos et FdG, eux aussi à la peine, et endiguer la vague de mécontentement et de déception qui pourrait aboutir à une remise en question de PdS –  et le congrès de Poitiers.

Le congrès de Poitiers. Car il s’agira de préparer le congrès de Poitiers, un rendez-vous de juin que Martine Aubry tient à ne pas manquer. Pour peser sur la ligne du parti, carrefour des carrières et des ambitions et préserver l’avenir de toute manière incertain. Et ne pas le laisser aux mains de l’aile droite du PS, majoritaire au gouvernement. Même si Martine Aubry sait que la donne mondiale et européenne ne peut faire l’économie d’une ligne un tant soit peu libérale. Mais là, ce sont des militants encore imprégnés de jeux de parti et pas forcément en phase avec la société réelle qu’il faut convaincre. Autre enjeu, l’inévitable question des alliances avec les frères ennemis, EE-LV et FdG. La gauche divisée perd. La droite unie gagne. Le diagnostic est simple. Le remède encore dans les éprouvettes.

Un peu plus de DailyNord ?

2 Commentaires

  1. Jusque-là j’étais favorable à l’émergence d’une super région “flandre artois picardie” mais les résultats d’hier mon fait prendre conscience de la dangerosité de cette réforme puisque le FN y cartonne à des degrés diverses ( plus en Picardie et dans le Pas-de-Calais que dans le Nord). J’espère que François Hollande écoutera Martine Aubry et reverra sa carte des régions, je n’ai pas envie de me retrouver avec Marine Le Pen à sa tête.

  2. Mais que fait encore Pargneaux, …à la tête du Parti Socialiste? Ca y est? Les militants ouvrent enfin les yeux??!!

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