Réflexions Par | 08H30 | 27 mars 2013

Frédéric Salat-Baroux, l’énième coup de la droite lilloise ?

ANALYSE. Frédéric Salat-Baroux, le gendre de Jacques Chirac, serait ainsi sollicité pour venir épauler Jean-René Lecerf  à Lille et pour le compte d’une liste UMP. Bien. Encore faudrait-il que les Nordistes sachent qui est Salat-Baroux… Reste que ce n’est pas la première fois que la droite caresse des idées folles…bouter le socialisme hors de chez lui, voyons…avant de se raviser prudemment. Très prudemment.

Frédéric Salat-Baroux : un nom à retenir, vraiment ? Capture d'écran : Public Sénat

La mairie de Lille, terre de parachutages imaginaires ? Bien avant l’hypothèse Salat-Baroux, Alain Juppé, qui sera premier ministre et patron du RPR de l’époque, avait lui aussi déjà couvé une telle velléité. C’était en 1995. Mais l’Hôtel de Ville de Bordeaux lui tendait les bras et la succession de Chaban apparaissait certes moins risquée que celle de Mauroy. Puis, quelques années plus tard, ce sera le tour du niçois Jacques Toubon, autre bras droit de Jacques Chirac, tendance autoritaire, et qui, sur le ton de la badinerie, au détour d’une interview people, évoquera son intérêt pour la capitale des Flandres, avant de se concentrer sur Paris ce qui lui sera fatal tant la capitale prend des allures de triangle des Bermudes pour ceux qui s’y brûlent leurs ailerons de requin.

Jean Matteoli, c’était autre chose. Il avait une réelle fibre nordiste et son nom à consonance corse ne doit pas leurrer. Ancien patron des Charbonnages de France, il connaissait très bien la région et ses habitants. Ex-ministre gaulliste sous Giscard, commissaire à la conversion dans la région, puis président du conseil économique et social, apprécié pour son sens du dialogue, au détour des années 80, il n’osa pas franchir le Rubicon d’une décision lourde de conséquences.

Lecerf, Türk-bis

Lecerf, c’est Türk-bis“, s’exclame cet observateur de la vie politique en faisant référence aux deux candidatures (1989 et 1995) du sénateur non-inscrit qui deviendra après ces aventures un remarqué patron de la CNIL. Les points de convergences ne manquent pas. Juristes et profs de droit (ils furent assistants à la fac de droit de Lille-Villeneuve d’Ascq, cornaqués par José Savoye, ancien conseiller municipal d’opposition de Pierre Mauroy), ils commencèrent leur ascension à Marcq-en-Baroeul, dans le sillage de Serge Charles qui était député-maire du coin. Ce ne sont pas à proprement parler des gaullistes de gauche et le pré-souverainiste Michel Debré les inspire. Alex T, le rebelle de son camp – les troupes locales passent leur temps à se déchirer et il passera le sien à essayer de décrocher une investiture – se rapproche d’Albin Chalandon pendant les législatives de 1986 qui voient le garde des Sceaux emmener la liste RPR dans le Nord. Puis se lancera dans un cavalier seul sénatorial plutôt réussi. Türk, éternel isolé, s’était éloigné de la bourgeoise Marcq et tente alors Lille-la-socialiste.

Jean-René L., actuel filloniste, qui a succédé à Charles décédé et, comme son ancien compère, se fait élire au Sénat et prend la tête de l’opposition au conseil général. Aux dernières nouvelles, il y est toujours. Aujourd’hui, celui qui a conquis à la haute chambre de vrais galons de spécialiste des questions de justice, s’apprête à relever le gant contre Martine Aubry.

Les barons régionaux y ont pensé aussi

Delevoye, Legendre, Vernier, des barons régionaux qui ont tous entendu l’appel des Flandres et de sa capitale et étudièrent en catimini le projet d’une implantation lilloise ou métropolitaine. Mais préférèrent tous capitaliser sur leur fief plutôt que de tout perdre dans une aventure qui n’avait rien d’une sinécure. Respectivement Bapaume, Cambrai et Douai. Ce qui leur permettait de cultiver plus facilement le cumul des mandats (agglomération, circonscription, conseil régional, Sénat,…) et de s’adonner au jeu de l’oie de la vie publique pour mieux durer. Le temps plutôt que l’espace. Daubresse, qui avoue son affection pour Lambersart mais veut toujours tirer les ficelles sur Lille, est également dans ce cas de figure. De même que Philippe Vasseur qui aurait, selon ses propres amis, fait un parfait challenger de Mauroy…ou d’Aubry. On ne dira plus rien sur Jean-Louis Borloo que la rumeur a plusieurs fois transporté dans la capitale des Flandres, au gré d’une adresse réelle ou présumée qui n’avait que peu à voir avec la politique.

Mais qui connaît Frédéric Salat-Baroux ?

Alors un Frédéric Salat-Baroux peut-il faire bouger  les lignes ? Les challengers de droite, comme Lecerf (voir encadré) essaient souvent de s’adjoindre un grand nom pour donner de l’épaisseur à leur candidature. Problème : qui connaît le monsieur ici ? Haut-fonctionnaire, avocat, ancien secrétaire général de l’Elysée sous Jacques Chirac, époux de Claude, la fille,…tout cela sonne bien parisien et au pays des remuants beffrois, ce n’est pas la meilleure carte de visite. Martine Aubry, ancienne ministre et “fille-de…”, au moins, avait l’aval sans faille d’un maire socialiste sortant et son implantation ne fut pas un long fleuve tranquille. Le député-maire UMP de Lambersart, Marc Daubresse, éternel espoir de la droite, explique que c’est 2020 qui est en ligne de mire, puisque à cette date Martine Aubry sera sûrement …ailleurs. Un coup de billard à 36 bandes dont lui seul a le secret…Cela voudrait dire que Frédéric Salat-Baroux, 50 ans, devrait passer six ans dans l’opposition lilloise, aux côtés de Jean-René Lecerf, bientôt 62 ans, avant que le tandem ne prépare la nouvelle échéance. Le premier, promu “opposant TGV”, car on l’imagine mal abandonner ses activités à Paris, acceptera-t-il une si longue traversée du désert ? Le second s’effacera-t-il aussi facilement ? Lequel servira de faire-valoir à l’autre* ? Comme un air de division à droite, non ?

 

* Amusant, ce ticket entre le Parisien et le Lillo-Marcquois. En 1989, la droite avait présenté le centriste et parisien Durieux et le local RPR Türk sur deux listes séparées, ce qui avait assuré une réélection dans un fauteuil à Pierre Mauroy. En 2014, on songe donc à réunir Lille et Paris. Le TGV est passé par là.

Un peu plus de DailyNord ?

2 Commentaires

  1. A Lille, pour une fois, la droite a à Lille un candidat credible et bien sur lui. A son actif, un hommage remarqué au Senat sur la qualité de son travail sur les prisons par la conscience du PS, M Badinter. S’interesser au sein du “parti de l’ordre” aux problèmes des detenus, c’est original et plus porteur d’avenir que d’aller serrer la paluche de la femme, un peu fatiguée, la plus riche de France, fille d’un des financeurs de la Cagoule…

  2. Salat Barroux, ça sonne Sud ouest, cassoulet et gros rouge. Avec ce nom impossible mais pittoresque, peut on faire une carrière politique surtout quand a épousé une femme experte en coups tordus de communication ?

Réagir à cet article

La rédaction de DailyNord modère tous les commentaires, ce qui explique qu'ils n'apparaissent pas immédiatement (le délai peut être de quelques heures). Pour qu'un commentaire soit validé, nous vous rappelons qu'il doit être en corrélation avec le sujet, constructif et respectueux vis-à-vis des journalistes comme des précédents commentateurs. Tout commentaire qui ne respecterait pas ce cadre ne sera pas publié. Evidemment, DailyNord ne publiera aucun contenu illicite. N'hésitez pas à avertir la rédaction à info(at)dailynord.fr (remplacer le "at" par "@") si vous jugiez un propos ou contenu illicite, diffamatoire, injurieux, xénophobe, etc.

Les articles de DailyNord les...

Bienvenue dans la ville la plus étrange des Hauts-de-France

L'une des avenues de la zone moderne. Photo : DailyNord

Elle pourrait loger 5 000 personnes, mais cette ville n'aura jamais d'habitants. Découvrez pourquoi.

media-contact

Les vraies raisons de la baisse de fréquentation du Louvre-Lens

louvre-lens-1

Baisse de fréquentation, impacts économiques limités sur le Lensois, DailyNord a enquêté sur le Louvre-Lens. Une enquête en trois volets à consommer sans modération.

lacompagniecrayonne

Comment le Conseil régional compte affaiblir les associations écologistes

Californie avril-mai 2016

Baisse de subventions ou coupures sans préavis, DailyNord révèle comment le Conseil régional des Hauts-de-France a l'intention d'affaiblir les associations qui gravitent autour de l'écologie et de l'environnement. Retrouvez notre enquête.

newsletter-abonnement

Pour ne plus jamais louper un excellent article de DailyNord

L’unique et le seul dictionnaire officiel du Nord – Pas-de-Calais

La madouille (et non la magouille) entre officiellement dans notre petit dico décalé du Nord-Pas-de-Calais. Crédit photo Dailynord.

Retrouvez toutes les définitions du Petit dico décalé du Nord - Pas-de-Calais

Les livres avec Eulalie

Logo CRLL

Mais qu’est-ce que vous êtes en train de lire ?

dailynord-min2

>>> Découvrez le DailyProjet

Partenaire

safetex