DailyUne | Réflexions Par | 09H05 | 09 janvier 2012

SeaFrance, des marins courageux aux « pirates » de la CFDT

L’avenir de la compagnie de ferries calaisienne SeaFrance va être tranché ce lundi matin : le Tribunal de Commerce de Paris doit décider de la viabilité du projet de SCOP (société coopérative), proposé par la CFDT-maritime. La CFDT-maritime ? De courageux marins devenus  des pirates en quelques semaines, à en croire le traitement médiatique de l’affaire. Retour sur les différents actes de ce vaudeville nordiste.

Acte I : il faut sauver SeaFrance

Fin du mois d’octobre : le plan de redressement proposé par le gouvernement français est rejeté par Bruxelles. Seuls deux plans de restructuration restent en lice : celui de Louis-Dreyfus armateurs et la fameuse SCOP. Sur le site d’Europe 1, Stéphane Humetz, secrétaire fédéral FGTE-CFDT précise que « les salariés y croient, il y a déjà eu 509 adhésions au projet de SCOP ». Quelques jours plus tard, des élus du Nord-Pas-de-Calais tous bords confondus, Daniel Percheron (président PS de la région) et Natacha Bouchart (sénateur-maire UMP de Calais) envoient une lettre ouverte à François Fillon : il faut sauver SeaFrance, dont le poids économique est très important (880 emplois menacés) pour la ville de Calais et la région toute entière.

Acte II : la SCOP, dernier espoir

Deux semaines plus tard, Europe 1 propose une interview d’un salarié de l’entreprise, qui défend le projet SCOP. Le schéma est simple : les gentils syndicalistes contre les méchants repreneurs de chez Louis-Dreyfus armateurs qui veulent supprimer près de la moitié des emplois. D’où la liesse des marins, à l’annonce de la liquidation de l’entreprise, relayée par tous les médias. Le secrétaire général de la CFDT-Maritime, Didier Capelle, l’explique, cité par Le Parisien : « Jusqu’ici, les textes européens nous empêchaient d’obtenir des aides financières de la région ou de l’État. Avec la liquidation, c’est possible ». Les marins de SeaFrance vont pouvoir mettre en place leur projet de SCOP et donc devenir actionnaires de leur entreprise.

Très peu de médias proposent alors un autre son de cloche. Bakchich est l’un des premiers à souligner l’incongruité de la réaction de marins, qui fêtent la liquidation de SeaFrance. Et à souligner le rôle de la CFDT-maritime, qualifiée de quasi-secte par le pure-player, article relayé déjà par DailyNord. Les autres médias préfèrent valoriser l’émouvant combat des marins et de leur syndicat pour sauver leur entreprise : la CFDT se bat pour faire reprendre la mer à SeaFrance titre par exemple LCI. Un seul mot est sur toutes les lèvres : SCOP, le symbole d’un combat de David contre Goliath. Sur le site de Nord Éclair, on apprend que la société coopérative est un modèle « plus que viable » et plus ou moins le seul espoir des ferries français.

Acte III : les « pirates » de la CFDT maritime

Début janvier, le ton change brusquement. A la veille de la décision du Tribunal de Commerce de Paris, tout semble basculer. Et si 20 Minutes dresse un élogieux portrait d’Éric Vercoutre, entraîneur de foot et syndicaliste, l’angle n’est plus tellement de saison. Le Figaro s’en donne à cœur joie : la CFDT-maritime est une bande de pirates. Et parle d’omertà pour qualifier l’atmosphère à Calais… Le terme de mafia n’est plus très loin. Europe 1 renchérit de plus belle et parle des pratiques douteuses du syndicat : menaces, intimidations, violences…. Philippe Hénon, rédacteur en chef de Nord Littoral, le quotidien local,  se retrouve propulsé au centre de l’arène médiatique. Les relations du journal avec la CFDT ne sont pas au beau fixe (menace d’être tondu et promené en place publique, saccage des locaux par des marins furieux, voir RMC). Le lynchage continue… Et finalement, le projet de SCOP n’est peut-être plus aussi génial que ça (Le Monde). On accuse le syndicat d’avoir rejeté sans les examiner d’autres propositions de reprise. Libération n’est pas en reste et dénonce une gestion plus qu’opaque de la compagnie par le syndicat. La CFDT-maritime riposte et parle d’une « campagne de calomnie » (La Voix du Nord). Le désormais pirate Didier Capelle se dit « prêt à démissionner », si les pratiques frauduleuses sont démontrées. On attend donc aujourd’hui le dénouement de l’affaire. Peut-il y avoir un autre coup de théâtre ?

Un peu plus de DailyNord ?

2 Commentaires

  1. SEAFRANCE 
    A CALAIS, Patronat, Gouvernement et Chérèque, contre les travailleurs ! La lutte courageuse des salariés de SeaFrance a relancé la question du maintien de l’emploi face à la volonté délibérée de ceux qui veulent tout casser. La magouille mise en place par Sarkozy sur les « indemnisations supra-légales » et l’interminable décision du tribunal de commerce sur la recevabilité ou non de la mise en place d’une SCOP ont démontré à quel point la question relevait avant tout d’une volonté et orientation politique. Comment, en 2008, une compagnie qui, avec un résultat net en 2007 de 15,4 millions d’euros, plus de deux millions de passagers par an sur la liaison Calais-Douvres, réalisant un chiffre d’affaire de 220 millions d’euros, transportant 3,8 millions de passagers, plus de 700.000 voitures, autant de camions et 24.000 autocars, peut elle ainsi être amenée à disparaitre ? De toute évidence c’est la SNCF, actionnaire à 100% du groupe qui décide de casser la compagnie, avec la complicité de l’Etat, en la rendant déficitaire afin de se séparer de sa filiale maritime. Quand on veut tuer son chien, il suffit de l’accuser d’avoir la rage. Pour se faire c’est à cette époque que Pierre FA, Inspecteur Général à la SNCF, condamnée auparavant pour détournement de fond en 2003, dans l’affaire ELF à 9 mois de prison avec sursis et 40.000 euro d’amende, entre en jeu et prend les affaires en mains. C’est alors qu’une campagne invraisemblable de calomnies et de dénigrement va s’abattre contre les travailleurs de Seafrance, sous couvert d’hypothétiques malveillances syndicales et autres, à ce jour encore non établies Des journalistes se sont délectés en relayant toutes ces attaques. De toute évidence, plus le mensonge est gros, plus il a de chance de passer. C’est l’artillerie lourde que l’on va sortir contre les marins et leur syndicat: faux, usage de faux, escroquerie au jugement, vol en bande organisée, voies de faits, gestion opaque, enrichissement personnel des dirigeants syndicaux. Les salariés auraient même, apprend-on dans la presse, bénéficié d’avantages « exorbitants », c’est-à-dire une organisation du travail avantageuse et 1000 euros de primes vacances… Si ce n’avait été que le gouvernement et l’employeur qui s’étaient ainsi déchaînés contre les travailleurs, on aurait pu comprendre. C’est leur habitude et leur raison d’être. Le plus scandaleux c’est que c’est la direction de la CFDT elle-même, avec à sa tête François Chérêque, qui a été en pointe des attaques alors que les salariés luttaient pour le maintien de leur emploi. Cette même Confédération syndicale qui, dès 1970, dessine les fondements de l’autogestion en entreprise, estimant alors que la gestion et l’organisation de l’entreprise doivent revenir aux travailleurs afin qu’ils puissent intervenir sur leurs conditions de travail. Ce principe devient pendant ces années l’identité même de la CFDT. Ce sont donc des gens qui ont trempé dans le dossier Karachi et des bureaucrates syndicaux, coupables, eux, de haute trahison de la cause ouvrière, qui ont orchestré la chasse aux sorcières. Pourquoi le combat pour l’emploi des travailleurs de SeaFrance était-t-il si intolérable pour la bourgeoisie et le gouvernement ? Seafrance attire bien sur des convoitises. D’un côté il y a la britannique PO qui ne serait pas fâchée de prendre seule la traversée Calais-Douvres. Il y a l’armateur danois DFDS, Louis Dreyfus Armateur (LDA), qui souhaiterait récupérer le marché, en lançant éventuellement une compagnie type « low cost ». Britanny Ferries (liée au lobby agricole breton et à la FNSEA, c’est-à-dire à l’UMP), lorgne également du côté de SeaFrance. Eurotunnel de son côté craint comme la peste la mise en place d’une liaison « low cost » qui casserait les prix. Et puis il y a aussi ces trois bateaux, quasiment neufs, que certains voudraient racheter pour une bouchée de pain. En résumé, avant même que la cessation définitive d’activités ne soit prononcée, dès que le bilan a été déposé par la direction de SeaFrance, le bal des prédateurs avait déjà commencé. Mais voilà il y a un problème, les travailleurs s’organisent et veulent créer leur SCOP, et ainsi leurs plans sont contrariés. L’idée d’une SCOP devient insupportable pour le patronat et le gouvernement ! La crise du capitalisme et ses répercussions tragiques sur l’emploi, leur vie et celle de leur famille, il devient intolérable pour le patronat et leurs représentants gouvernementaux que le projet de maintien de l’emploi par une scop voit le jour. Il était insupportable pour les capitalistes que les travailleurs démontrent, même si le projet était complexe à monter et à faire perdurer, que les licenciements ne sont pas une fatalité économique mais avant tout une question politique dans le cadre de la guerre que se livrent les patrons. Une foi de plus les hommes en noir de la justice ont à nouveau démontré ce à quoi consiste leur travail, dans cette affaire ils ne sont les croque-morts de la bourgeoisie. Toutefois, si le projet de SCOP était légitime, il n’était pas sans limites. Les coopératives de production, d’une part, sont loin d’être en l’espèce la panacée des salariés face à la crise surtout si des requins type Eurotunnel ou autres rachetaient les bateaux pour les louer aux salariés de la coopérative qui y auraient travaillé. En tout état de cause ce ne sont pas les perspectives de gouvernement des candidats de la gauche qui pourront remettre en cause la domination de l’argent sur l’emploi et les hommes. Il faut un changement radical de perspective de société. 

  2. @Couze,
    Votre développement ne laisse aucun doute quant à la sincérité de vos convictions et votre pugnacité pour sauver l’outil de travail Seafrance. Mais avouez que médiatiquement votre (enfin façon de parler) section CFDT prend très, très cher! Ainsi ce lien du Parisien, qui ne figure pas dans l’article, passe aux yeux du public lambda (dont je fais partie) comme un véritable réquisitoire à charge. Ce n’est plus un bruit de vaisselle cassée mais plutôt celui d’un ferry jeté du haut de la Tour Eiffel.

    http://www.leparisien.fr/economie/un-salarie-seafrance-etait-la-vache-a-lait-de-calais-20-01-2012-1820818.php

    Dans ce papier, ce n’est plus l’entité Seafrance mais la communauté calaisienne qui est jetée en pâture. Moi je ne dis rien mais je crois qu’il va y avoir du boulot pour revenir à l’essentiel: sauver l’entreprise et ses emplois. Et d’autant plus -vous ne me contredirez pas- qu’à 100 jours de la présidentielle, vous risquez de subir une situation figée. Je crois aux vertus d’une SCOP et vous dit m… pour la suite. Même si à mon sens, le chiffre avancé de 50 millions d’euros me paraît un peu juste.

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