DailyUne | Réflexions Par | 16H42 | 27 janvier 2011

Le Nord – Pas-de-Calais, nouvel Eldorado gazier ?

A croire que nos richesses  sont inépuisables. A l’heure où certains luttent pour classer le bassin minier au patrimoine de l’UNESCO, les gaziers découvrent que le sous-sol du Nord – Pas-de-Calais est de nouveau rentable. Au grand dam des défenseurs de l’environnement qui craignent que le sol de la région prenne un sacré coup de vieux avec la méthode d’extraction.

Du gaz, du gaz ! On croyait le sous-sol du Nord – Pas-de-Calais définitivement vidé de ses richesses par des siècles d’exploitation minière. Que nenni ! Désormais l’or noir, c’est le gaz. Pour l’instant, l’unique « argonaute » de la région s’appelle Gazonor. Basée à Avion, cette entreprise de quinze collaborateurs est spécialisée depuis 1978 dans l’extraction et la vente – principalement à Total-  du gaz de mine, le fameux grisou. Ex-filiale des Charbonnages de France, Gazonor a été vendue en 2007 pour 26 millions d’euros à European Gas Limited, un gazier australien qui a vite cherché à savoir si le sous-sol du Nord – Pas-de-Calais ne recelait pas quelques richesses cachées.

Jean-Louis Borloo offre les permis de recherche, du gaz à gogo

En octobre 2009 et en juillet 2010, Gazonor obtient du Ministère de l’Environnement, dirigé alors par Jean-Louis Borloo, deux permis de recherche : l’un dans le Valenciennois, l’autre au sud de Béthune, dans la zone dite « Sud Midi » car située au sud de la faille géologique qui traverse notre région (voir la carte à la fin de l’article). Et là bingo, il y a du gaz à gogo ! Dans le Valenciennois, les recherches permettent de mettre à jour des réserves de gaz de mine et Gazonor espère bien convaincre l’Etat de lui attribuer une concession d’exploitation sur ce territoire de 400km2 allant de Wallers-Aremberg à la frontière belge en passant par Trith-Saint-Léger ou Saint-Saulve.

La deuxième zone d’exploration, celle du « Sud Midi », s’étend sur 922km2 entre le sud de Béthune et le nord d’Arras. De Calonne-Ricouart à Roucourt en passant par Vimy. Un territoire peu urbanisé sous lequel Gazonor a découvert la présence d’une autre source de production considérable. Un gaz non-conventionnel, appelé gaz de couche (Coal Bed Methane en anglais). Parce qu’il est niché dans la couche de charbon, ce gaz nécessite de nouvelles techniques d’extraction contrairement au gaz de mine qui lui peut être exploité via les puits de mine d’antan.

Des inquiétudes sur la méthode d’exploitation

Quelles seront ces techniques et leur impact sur l’environnement ? La question inquiète les défenseurs de l’environnement. En début d’année, Corinne Lepage pointait du doigt « la compagnie australienne European Gas Limited qui a racheté Gazonor et a obtenu un permis d’exploitation pour un gisement dans le Nord-Pas de Calais estimé à 65 milliards de m3 » (Rue 89). Jugeant scandaleux l’absence de débat public sur cette question, elle demandait un moratoire sur l’exploitation du gaz de schiste réalisée par fragmentation hydraulique (de l’eau mélangée à des produits chimiques est injectée à très haute pression afin de casser la roche : voir cette démonstration explicite). Cette technique très coûteuse en eau fait débat aux Etats-Unis où elle est accusée de polluer la nappe phréatique et de fragiliser les sols, comme on peut le voir sur cette vidéo.

DANGER – Gaz De Schiste. 1/7 (Doc CHOC)
envoyé par kodemon2. – Plus de vidéos de blogueurs.

Gazonor n’envisagerait pas de fracturer encore plus le “mille-feuille” nordiste…

Contacté par DailyNord, Nicolas Ricquart, directeur de Gazonor, s’avoue un peu surpris de l’attaque de Corinne Lepage. S’il reconnaît la volonté d’exploiter de nouveaux forages au sud du bassin minier, il souligne que la technique pour extraire le gaz de couche est différente de celle utilisée pour le gaz de schiste et il l’assure haut et fort : « à ce stade, la fracturation hydraulique n’est pas envisagée dans le Nord – Pas-de-Calais. Son sous-sol est déjà un vrai mille-feuille et il n’y a pas besoin de fracturer la roche pour avoir accès au gaz de couche. »

… mais les écolos pas rassurés

Cela rassurera-t-il les écologistes ? Pas sûr. Adeline Mathien, chargée de mission énergie à France Nature Environnement reste sceptique, « le gaz de couche reste un gaz non-conventionnel. Or la seule méthode d’extraction connue pour ces gaz non-conventionnels est la fracturation hydraulique… » Quant à Nord Nature Environnement, émanation de France Nature Environnement, l’association envisage de se prononcer publiquement la semaine prochaine sur un sujet encore peu médiatisé dans la région. Du côté de la Direction régionale du Bureau de Recherche Géologique Minière, on confirme l’absence dans le sous-sol du Nord – Pas-de-Calais de ce gaz de schiste qui fait tant débat aux Etats-Unis et maintenant dans le sud de la France (voir ce papier du Monde).  Quant aux techniques d’extraction du gaz de couche ? On avoue son incompétence sur un sujet un peu trop technique. Ne reste plus qu’à croire sur parole Nicolas Ricquart qui préfère insister sur le potentiel d’une énergie, produite sur le sol national, alternative au pétrole et au nucléaire « Avec 100 000 kilomètres de galeries dans la région, nous avons le plus gros réservoir de gaz de mine au monde. Plus 80 % du charbon n’a pas été exploité. A raison de 10m3 de gaz par tonne de charbon, ça donne une idée de la quantité de gaz qu’il reste à extraire. » Avec la fermeture du gisement de Lacq dans les Pyrénées-Atlantique en 2013, Gazonor est en passe de devenir le premier producteur de gaz en France.

carte

Les zones d’exploitation de Gazonor : en noir, les concessions de production actuelles ; en vert, les permis d’exploration accordés par Jean-Louis Borloo l’an dernier.

Un peu plus de DailyNord ?

6 Commentaires

  1. Je cherche à connaitre les actions hors information internet concernant la possibilité d’arrêter cette folie mais pour l’instant je ne tombe que sur des articles, très bon au demeurant , là n’est pas le problème, mais rien sur des collectifs et des action concrètes. J’attends par concrète être des cailloux dans leur chaussures les retarder dans leur recherches et non plus simplement de l’information dont les gaziers et autres pétrolier n’ont rien à foutre et qui apparemment n’est pas entendu plus que ça
    J’ai contacter le cabinet du ministre de l’écologie pour lui dire qu’il fallait stopper cette folie voilà l’échange :

    Madame, Monsieur,

    J’ai reçu plusieurs milliers de méls attirant mon attention sur les problèmes environnementaux posés par l’extraction de gaz de schiste et me demandant que soit mis en place un moratoire (pétition n° 1). J’ai rédigé une réponse courte qui vous a ensuite été envoyée automatiquement. J’ai reçu plus de 200 réponses individualisées puis, très vite, plusieurs milliers de méls identiques (pétition n° 2). En parallèle, les médias ont relayés vos inquiétudes. Ces très nombreuses réactions témoignent que nous partageons une passion commune pour l’environnement et je m’en réjouis.

    J’ai lu personnellement chaque mél individualisé et bien entendu les pétitions. Vous comprendrez bien que ma réponse sera collective.

    Une abondante information est disponible sur le site Internet du ministère de l’écologie et du développement durable (www.developpement-durable.gouv.fr) à la rubrique « énergies et climat », en particulier sur les procédures et les garanties qu’elles apportent, sur les permis accordés et les demandes en cours d’instruction avec la cartographie associée et sur les énergies renouvelables.

    Le gouvernement a décidé de lancer une mission d’inspection sur les gaz et huiles de schiste afin d’être éclairé sur les enjeux économiques (dans le monde et en France), sociaux et environnementaux. Le rapport sera public. Vous pourrez prendre connaissance du communiqué de presse et de la lettre de mission à l’adresse http://www.developpement-durable.gouv.fr/spip.php?page=article&id_article=20901

    Jean-Marie Durand

    Directeur adjoint du cabinet

    MEDDTL

    Monsieur Durant,

    Comment pouvez-vous affirmer que nous partageons la même passion pour l’environnement, alors que vous vous apprêtez à donner la France aux grandes compagnies d’exploitation de gaz et de pétrole. Est-il utile de vous rappeler l’Etat du golf du Niger ? Est-il necessaire d’être un Enarque ou un Normalien pour ne pas comprendre que les milliers de litres d’eau utilisé pour extraire le gaz sont perdu pour la vie, pour les plantes, les animaux.

    Vous nous endormez en répétant qu’il ne s’agit (pour l’instant) que d’une prospection…mais nous ne sommes pas dupes nous sommes nés dans le capitalisme nous n’avons connu que cette forme d’économie et nous savons très bien que lorsque que l’on fait de tels investissements c’est pour en retirer des bénéfices financiers peut importe que les sols soient à jamais contaminés (on parle de 500 produits chimiques !!!!!!!!!!), peut importe que des milliers de litres d’eau soit consommer pour extraire du gaz au lieu d’alimenter la vie (les plantes et les animaux). L’important c’est que le marché soit au top !

    Vous êtes responsable de l’avenir du pays et pas uniquement de l’économie du pays, vous aurez l’air malin à la têtes d’un pays sans population tous morts ou malades à cause de votre cupidité. Vous êtes directeur adjoint du cabinet, vous êtes donc un des responsables, il ne tient qu’à vous de stopper cette folie… Mais sachez que du côté de la population nous serons vigilants et que si vous n’empêcher pas ce massacre nous ferons tout ce que nous pourrons pour le faire à votre place.

    Cédric Népote

    simple citoyen français.

    La réponse du cabinet de NKM le 14 février 2011:

    Monsieur,

    J’ai bien entendu visionné Gazland et je ne veux absolument pas que cela se passe comme ça en France. Très brièvement, la situation est plus complexe que cela à différents points de vue : économique, environnemental, juridique… Le ministère de l’écologie n’est plus en charge de délivrer les autorisations au titre du code minier. Il soutient les économies d’énergie et le développement des énergies renouvelables. La ministre a obtenu le 10/2 des industriels, qui l’ont accepté, une suspension des travaux les plus contestés le temps de la mission d’inspection pour éclairer le gouvernement et le public (et probablement proposer une évolution du code minier qui ne permet actuellement pas le retrait des permis sauf situation particulière).

    Respectueusement,

    Jean-Marie Durand

    Voilà donc qui veux dire causé toujours faites vos gesticulations vous ne comprenez rien dit en terme électoraliste mais si par “La situation est plus complexe..” il entend par là vous que nous opposant à cette folie, sommes simplistes, et bien soit, nous sommes de simples hommes et femmes qui ont compris que l’eau nous hydrate, la terre nous nourris et quand les compagnies auront tout bousiller peut être se souviendra-t-il de cet échange.

    Voilà donc si vous avez des infos sur des “opérations” j’en serais

  2. Bonjour,

    Je recherche également des actions ou associations dans le nord pas de calais qui luttent contre cette folie et pouvoir y participer.

    Merci

    Charlotte

  3. @charlotte : le collectif régional NPDC se réunit le 31 mars à 19 h à la MRES, 23 rue Gosselet à Lille.

  4. Hier, ma question au Gouvernement a été un coup d’épée dans… le gaz !

    Alors que je dénonçais la privatisation de Gazonor et la liquidation du régime minier, le Ministre de l’Industrie a bien voulu me répondre, mais sur la composition du capital de la société… GRTgaz !

    J’ai donc appris l’existence de GRTgaz, que je ne connaissais pas, gestionnaire du réseau de transport de gaz naturel possédé par Gaz de France avant la libéralisation du marché…

    L’objet d’une question ultérieure ? Peut être, il semble y avoir du grain à moudre de ce côté-là aussi !

    L’erreur est humaine ; cela peut arriver à tout le monde.

    Et puis, faute avouée est à moitié pardonnée. En effet, en toute modestie, M. Besson a reconnu cet impair et m’a fait savoir qu’il me fera parvenir “une réponse plus documentée”.

    Je l’en remercie beaucoup. La population du bassin minier ne peut pas rester ainsi le bec dans l’eau !

    Intégralité de la question (vidéo et texte) et de la réponse ici :

    http://www.jeanjacquescandelier.fr/spip.php?article441

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