Avoir 19 ans et être de droite
On s’attendait à voir débarquer une grande gueule. Pleine d’assurance et d’arrogance. « Oui, j’ai 19 ans et je suis de droite, nous aurait-il dit. Ça vous dérange ? » Eh bien même pas. Quand Julien Labre nous a rejoint dans un café lillois, c’est un jeune homme d’apparence timide qui s’est présenté. D’apparence, parce que derrière, il sait déjà débattre. Rencontre avec un mec de droite juste content de pouvoir expliquer pourquoi il a rejoint les rangs des Jeunes UMP (vous savez, les auteurs du fameux lipdub sur lequel , d’ailleurs, notre homme se démarque) alors qu’à son âge on est censé – dans l’imaginaire collectif – être de gauche.
Comment devient-on militant de droite à 19 ans ?
Militant de droite à 19 ans, désolé, mais dans nos schémas, ça ne colle pas… A moins que Julien Labre ait un passé familial. Même pas d’après le jeune homme originaire d’Aix-Noulette près de Liévin. « Non, mes parents ne sont pas engagés politiquement.
Ils sont plutôt de droite, mais ne m’ont jamais poussé à faire de la politique. Idem dans ma famille, personne n’est carté que ce soit à droite ou à gauche. » Mais alors, qu’est-ce qui a conduit cet étudiant en gestion à s’engager ? « Ça fait un an. C’est venu suite à des discussions avec un ami à La Catho de Lille qui m’a emmené à des débats en semaine. J’ai regardé les différentes idées des partis. Je me sentais plus proche de l’UMP. La campagne des européennes et l’Université d’été ont renforcé cette motivation. » Et il s’est engagé comme ça. Personne n’a été surpris ? Le regard des amis n’a pas changé ? « Non. J’ai des amis sympathisants, d’autres non. Certains s’en fichent, d’autres me demandent pourquoi, mais ça ne va pas plus loin. Il n’y a pas d’animosité ! » Et les parents, contents ? « Ils ne sont pas surpris, mais il ne m’encouragent pas plus que ça d’ailleurs. Ils veulent que je me consacre aux études d’abord. » Qu’il se doit donc de privilégier en parallèle du quotidien de jeune militant à savoir : « débats, tractage en période électorale. C’est du boulot ! Les jeunes UMP ne sont pas très connus dans la région ! »
Militant à 19 ans, c’est suivre la ligne de son parti sans s’en détourner ?
19 ans, malléable et corvéable à merci. En plus, il va défendre toutes les idées politiques du parti. Pas de pot, Julien Labre n’a rien du béni-oui-oui. « Il y a des choses que j’apprécie, d’autres moins. Je ne vais pas suivre chaque ligne du parti, ni boire toutes les paroles… » Du coup, le jeune homme est par exemple d’accord sur la politique environnementale, essentielle pour le futur selon lui. Mais plus réservé sur le démantèlement de la jungle pour rattacher le débat à la région (« finalement, le démantèlement ne changera rien. Comme Sangatte. Maintenant, quelles solutions ? Faire des centres ? Je pense que le noyau du problème vient de leurs conditions de vie : pourquoi doivent-ils fuir leurs pays ? ») ou la fameuse loi Hadopi qui a empoisonné le débat politique pendant des mois : « On ne peut pas approuver le libre-accès à tout, on ne peut pas voler la propriété d’un artiste. Maintenant, j’ai une réserve entre les grosses pointures du disque et le petit artiste qui est bloqué à cause du téléchargement. A titre personnel, j’essaie d’acheter, mais il m’est arrivé d’échanger quelques morceaux. En fait, Hadopi est peut-être trop idéaliste. » Un jeune homme capable aussi de calculer honnêtement les chances de la droite aux Régionales dans le Nord – Pas-de-Calais : « Dans notre région, il ne faut pas introduire une droite pure et dure. C’est pour ça que Valérie Létard est un bon choix pour ne pas braquer les électeurs de gauche. Ici, il faut ne pas mettre UMP en avant et y aller avec une droite modérée. Même si j’ai une immense sympathie à l’égard de Thierry Lazaro, soutenu au départ par le mouvement afin de mener la liste pour la région Nord – Pas-de-Calais. »
Quand même, c’est bizarre d’être de droite à 19 ans…
On insiste, on insiste. C’est quand même bizarre un mec de droite alors qu’on n’affiche même pas deux décennies complètes au compteur. Et Julien Labre, derrière son apparente timidité, a réponse à tout. Sans hésitation. « Ça peut surprendre, ça peut intriguer. En même temps, je ne me balade pas avec un badge UMP… Sur les idées : pourquoi un jeune devrait-il être plus de gauche que de droite ? La droite s’est ouverte, les jeunes peuvent y proposer des réformes, on l’a bien vu avec l’Université d’été de Seignosse. » Mais quand même, c’est mieux de dire qu’on est de gauche, non, ça fait plus dynamique, plus ouvert vers le futur ? « Vous savez quand je vois qu’à l’Université d’été du PS, on chante encore L’Internationale, je me demande qui est le plus ouvert et qui est le conservateur. On l’est finalement peut-être moins. Oui, je suis pour une économie libérale, mais en restant ouvert. Je ne suis pas à la droite de la droite. » Le journaliste insiste lourdement : « Mais vous n’êtes pas coincé ? » « : Non ! On sort, on s’amuse, il fallait voir à l’Université d’été. Nous ne sommes pas coincés ! » Preuve en est le fameux clip des Jeunes Populaires tourné en partie là-bas (*)… Sauf que là, Julien Labre n’est pas aussi enthousiaste : « Sa forme me paraît quelque peu en décalage avec le milieu auquel il se rapporte, à savoir l’action politique. Eviter d’arborer cette image, qui peut-être perçue comme provocatrice sortie du contexte de grande fête que sont les universités d’été, aurait selon moi été bénéfique sur de nombreux plans. » On comprend qu’il n’adhère pas à la démarche qui, selon lui, peut altérer la crédibilité des Jeunes Pops : « Et ériger une barrière entre des jeunes sympathisants qui auraient éventuellement désiré s’insérer dans le mouvement de l’UMP. » Avant de conclure sur le sujet : « N’oublions pas que nous parlons d’un parti politique, et donc d’un espace de réflexion, certes dynamique, avec un pôle jeune résolument actif, mais nécessitant tout de même que l’on garde un certain sérieux. Cet axe a en partie été perdu de vue pendant le tournage de ce clip, il me semble. »
Militant à 19 ans, un tremplin pour le futur ?
Forcément, avec nos idées préconçues, on y a pensé tout de suite. Si tu fais de la politique à moins de 20 ans, tu as déjà les dents qui rayent le parquet pour gravir les échelons des élections et régner un jour sur la planète… Julien Labre nous met la remarque dans les dents justement. « C’est encore tôt pour parler d’être élu un jour. Pour le moment, je suis militant. Après, pourquoi pas quand je serai plus âgé. Maire ? Peut-être. » Bon, il va bien essayer de se faire embaucher par son parti ? Même pas : « Pour le moment, je me destine au monde du marketing ou de l’entreprenariat. » Rien à y faire, imparable le Julien Labre. Même quand on lui demande s’il n’a pas d’autre chose à faire à son âge que de la politique : « Ce n’est pas parce qu’on est jeune que l’on doit rester passif. On peut penser par soi-même, s’engager ! » Et vous savez le pire dans tout ça ? C’est que finalement, au sortir de l’entretien, on se dit qu’en plus d’être un mec intelligent, notre jeune UMP est un mec sympa. Comme quoi…
(*) Pour ceux qui vivent sur Mars, depuis quelques jours, le débat politique tourne autour de l’essentiel lipdub des Jeunes Populaires. Un clip de promotion pour l’UMP sur lequel les internautes se déchaînent… Pour vous faire une idée, allez voir le clip sur la page DailyMotion des Jeunes Populaires. Photos : Stéphane Dubromel
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