Humeur : les justifications de Besson
Y aurait-il quelque chose qui ne colle pas du côte de Calais ? On en aurait presque l’impression avec les nombreuses justifications d’Eric Besson, ministre de l’Immigration. Vendredi, l’ex-transfuge du PS est revenu à Calais pour la troisième fois en dix jours. Devant cinquante journalistes. Pour redire que la pression migratoire avait baissé…
On l’a déjà écrit dans ses colonnes. On pense ce qu’on veut du démantèlement de la jungle. Que c’est inhumain de jeter les migrants dans de pires conditions que celles de la jungle en détruisant leurs campements. Que ça ne servira à rien vu que de toute façon, les réfugiés dispersés aux quatre coins du pays reviendront à Calais d’ici quelques semaines (c’est déjà le cas d’ailleurs). Mais qu’en même temps, il fallait bien faire quelque chose et ne pas laisser empirer une situation qui n’avait rien – n’en déplaise à certains commentateurs ou politiques donneurs de leçons qui n’ont jamais proposé une seule idée viable – d’un camp de vacances où régnaient joie et bonne humeur.
« La pression diminue »… Oui, à Calais
Mais il faut bien avouer qu’on a l’impression que quelque chose ne colle pas dans l’attitude du ministre de l’Immigration, Eric Besson. Il était déjà revenu le surlendemain de la destruction de la jungle, alors en villégiature politique au Touquet. Et le revoilà à Calais ce vendredi : pour affirmer (très) haut et (trop) fort devant une cinquantaine de journalistes venus assister à la destruction d’un nouveau squat (un abri de fortune, mais les migrants avaient déjà pris la poudre d’escampette bien évidemment) : « La pression migratoire sur le Calaisis a fortement baissé au cours des derniers mois. » Petite phrase allégrement relayée par les médias (voir l’AFP sur le sujet) alors qu’elle n’apporte évidemment rien de nouveau : évidemment, la pression a diminué sur Calais ces derniers mois. Bien avant les destructions d’ailleurs : entre les contrôles renforcés à Calais, les tensions entre les différentes communautés, des associations qui tentent d’expliquer aux migrants que l’Eldorado ce n’est peut-être pas l’Angleterre (France Terre d’Asile et le HCR, retrouvez notre article réalisé il y a quelques semaines), nombre de migrants s’étaient déjà éparpillés. Alors si on y ajoute le fait de prévenir à grands coups de conférences de presse et d’annonces à la télévision le démantèlement de tel ou tel squat, oui, la pression descend encore un peu. A Calais. Pendant qu’elle augmente ailleurs. Un article de La Voix du Nord évoquait les nouveaux points de passage des migrants : de la Normandie aux Pays-Bas voire le Danemark ou la Norvège. Et comme après Sangatte en son temps, on a déjà l’impression qu’Eric Besson – loin de faire l’unanimité à droite sur son action – ne parle plus que pour se rassurer et rassurer ceux qui veulent bien (encore) le croire. Avant dans quelque temps de refiler son ministère au plus offrant qui devra trouver un nouveau coup d’éclat à défaut de solutions. A Calais ou ailleurs sur le littoral. Car quoiqu’en disent certains grands esprits, si des gamins de 14 ans quittent leurs pays et leurs parents pour faire des milliers de kilomètres dans des conditions déplorables, c’est peut-être qu’il y a une raison…





50 journalistes pour cette fois, 150 journalistes pour le démantèlement de la jungle si je me souviens bien, je ne sais pas combien pour la deuxième, en même temps tant que les journalistes suivront, Eric Besson aurait tort de ne pas faire sa communication…