Expatrié en terre Ch’ti : acclimatation sans douleur
Tout le monde n’a pas eu la chance de naître ch’ti. Qu’on se console, on peut aussi le devenir. Est-ce douloureux? Même pas. Comme on avait un expatrié breton sous la main, on lui a demandé s’il s’était acclimaté à nos latitudes septentrionales un an et quelque après son installation. Eh bien, vous n’allez pas le croire, notre Breton se plait à Lille ! Simple témoignage, mais c’est l’occasion de coller du plomb dans l’aile à ces fichus clichés.
Breton. Autant dire qu’au rayon clichés, Thomas (c’est son nom à notre expat’) en connaît un sacré rayon. Alcool, pluie, autochtones bruts de décoffrage, re-pluie… Tiens, ça me rappelle quelque chose… Y’a pas à dire, la Bretagne est loin d’être épargnée. « Les clichés, je m’en méfie », sourit Thomas. Oui, mais difficile de leur échapper totalement quand ils collent d’aussi près à une région comme la nôtre. D’autant qu’avant son arrivée sous nos cieux en avril 2008, notre Breton avait un aperçu de la région guère éloquent : un bref séjour à Calais (désolé pour les Calaisiens, mais faut reconnaître que c’est pas ce que la région a fait de mieux), et une soirée de transit en gare de Lille Flandres… un dimanche soir de braderie (sic). Expérience traumatisante. « En revenant de Belgique, j’avais une correspondance à Lille. Il y avait des gars par terre, des gens partout, c’était sale, je trouvais ça flippant. » Vision d’apocalypse. Mouais, pas les conditions idéales pour une première approche.
Cette terre n’attire pas…
Dieu merci, notre Breton ne s’arrête pas à ça. Alors au gré des opportunités professionnelles, le voilà débarquant sous nos latitudes septentrionales. Avec femme et bagages. « Lorsque j’ai annoncé ça à mon épouse, elle n’était pas forcément enthousiasmée. » Avril 2008. En pleine furie Bienvenue chez les Ch’tis. Son maroilles baigné dans le café, son coron germinalesque et son dialecte. Forcément, le couple a vu le film. Pas comme un documentaire, on se rassure, juste à des fins ludiques. Mais bon, la caricature laisse quand même des traces. « Ça a renforcé encore les clichés. Un nord un peu gris -même si je savais qu’il ne faisait pas – 40°-, une population pauvre, une terre industrielle, l’accent… On habitait alors dans l’est (à Nancy, ndlr), on s’est dit qu’on allait en baver. »
… mais elle sait retenir
Ok, on a compris, on a saisi l’état d’esprit à l’arrivée. Bon, et maintenant ? « La météo d’abord, ce n’est pas si catastrophique. Et puis, on a pu s’installer trouver une maison pour un prix raisonnable et ça, ce n’est pas donné dans toutes les régions. » Et les autres clichés ? « La pauvreté est bien là. On sent que la région en a bavé. L’accueil des gens, ça aussi c’est vrai. Nous avons de la famille qui vient régulièrement, elle le dit également: tu ne trouves pas ça ailleurs. » Et pour l’alcoolisme ? « Je viens de Bretagne », rappelle-t-il. Forcément, on va croire que le journaliste déterminé a soudoyé notre Breton. Même pas. Non, Thomas aime décidément bien Lille. « C’est une ville énorme à dimension humaine », « une ville qui bouge tout le temps ». Mieux que Rennes, Bordeaux, Paris ou Nancy par lesquelles il est passé avant. « La plus agréable à vivre. » (On ne s’en lasse pas). Là, le journaliste est conquis. Bon, y’a bien quelques petits trucs dont notre Breton se passerait allègrement (« Ce culte de la voiture » voué par l’homo nordicus, par exemple) mais dans l’ensemble, l’intégration est plutôt réussie. Alors notre Breton serait-il devenu un Ch’ti ? Un vrai de vrai qui prend les armes lorsque certains ont l’outrecuidance d’émettre une critique ? « Bien sûr que je défends la région, quand quelqu’un en parle! Ma fille est Ch’ti, elle est née ici. » D’ailleurs si il reconnaît, qu’au départ, il venait plus dans l’esprit de rester « trois ou quatre ans », aujourd’hui, il ne pose plus de limite. Converti alors ? Pas tout à fait encore. « Je ne me vois tout de même pas finir ici, je suis trop loin de la mer. » Question de temps…
Vous aussi vous venez d’autres cieux et vivez désormais dans le Nord – Pas-de-Calais ? N’hésitez pas à apporter votre témoignage en commentaires. Votre premier contact avec la région, vos anecdotes, etc.



