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DailyUne | Petite histoire Par | 23H01 | 12 mars 2009

Vendredi 13 : à la rencontre d’un exorciste

Exorciste. Forcément, on a vu le film éponyme et forcément, on imagine quelque chose d’obscur et moyenâgeux. Comme un vendredi 13 traînait dans le calendrier, nous sommes allés à la rencontre d’Henri Caffart, prêtre exorciste du diocèse d’Arras. Histoire de voir ce qu’il y avait derrière cette fonction pour le moins singulière. Histoire de briser des clichés aussi.

A quoi peut bien ressembler un chasseur de démons ? Avant de rencontrer Henri Caffart (77 ans), on avait une petite idée. Quelqu’un en soutane brandissant une croix, conjurant le mauvais sort par les talismans et exhortant les démons à quitter je ne sais quel corps ou maison. Bref, quelque chose de théâtral aux frontières du mystique et du paranormal. Eh non. Henri Caffart n’a rien d’un exorciste. Enfin, pas comme on se l’imaginait. Le regard est rassurant, le geste apaisant, le verbe tout ce qu’il y a de plus rationnel. Dans la pièce, un téléphone-fax, un ordinateur. Sur son bureau, un mobile et même un agenda électronique. Si parmi la centaine de prêtres exerçant la fonction en France, il demeure peut-être des exorcistes s’adressant directement au Démon, lui est un exorciste moderne. D’ailleurs, il le dit volontiers : « Notre mission a considérablement changé ». En témoigne l’évolution sémantique du service diocésain. Ne dites plus « service d’exorcisme », mais « service Saint Irénée (*) ». Idem à Lille, avec le service Saint François. Plus sobre. Aussi une façon de se distinguer des médiums, cartomanciens et autres métiers du paranormal. Autre signe de cette modernité, Henri Caffart s’appuie sur une méthodologie éprouvée et une équipe : des laïques, un psy à la retraite,  un autre prêtre et aussi deux diacres. Au total, 21 personnes (réparties à Lens, Béthune et Saint-Omer) l’accompagnent dans sa tâche.

160 personnes en 2008

Maisons hantées ? Bruits étranges ? Apparitions peut-être ? Oui, Henri Caffart a déjà recueilli de tels témoignages. Toujours dans des maisons « éclaboussées de violence ». Peu importe la croyance que chacun accorde à ces phénomènes, la détresse des personnes, elle, est bien réelle. Rassurer et apaiser, cela fait partie des missions du service Saint Irénée. « Je me suis rendu dans ces maisons, une ou plusieurs fois. Nous avons écouté les gens, nous avons prié ensemble. Ne me demandez pas comment ces phénomènes arrivent, ni comment ils s’en vont, mais à chaque fois les gens m’ont dit que c’était fini. »

Mais ce genre d’interventions demeure pour le moins marginal. Le prêtre évoque sept cas de cette nature seulement depuis sa prise de fonction en 1992. Anecdotique lorsqu’on songe aux 160 personnes qui se sont adressées au service Saint Irénée en 2008. Des hommes, des femmes, de tout âge, pas forcément croyants ou pratiquants. Très peu de farfelus. Souvent des personnes repliées sur elles-mêmes et en grande détresse.« Nous avons beaucoup de personnes avec des problèmes ressurgissant du passé, des blessures anciennes remontant à l’enfance. »

L’individualisme, démon des temps modernes

COMMENT DEVIENT-ON EXORCISTE ?

Dix-sept ans plus tard, Henri Caffart (77 ans) en sourit encore. Il se souvient du moment où son évêque lui a proposé de devenir exorciste du diocèse. « J’ai eu la même réaction que vous, exorciste, pour moi, cela évoquait le Moyen âge. » Singulier au regard de son parcours ancré dans la société. Ordonné en 1958, il a été prêtre ouvrier (chauffeur poids lourds) de 1966 à 1990. Il a aussi été syndicaliste CFDT, délégué du personnel et juge aux Prud’hommes. Et encore, visiteur dans les prisons et une activité au sein du Mouvement « Vie libre » (lutte contre l’alcoolisme).

« Je ne me voyais pas du tout devenir prêtre exorciste. » Il demande néanmoins un temps de réflexion pour examiner la question. Pour se renseigner aussi. « J’ai regardé le film », sourit-il. Plus sérieusement, il va aussi se documenter, rencontrer des confrères. « J’ai consulté 33 personnes ». Pas forcément des hommes d’Eglise, d’ailleurs. Il acceptera finalement la mission et suivra une formation en psychologie et psychiatrie de deux ans avec les aumôniers de l’hôpital Sainte-Anne à Paris.

« Nous faisons face à des gens écrasés en conflit avec leur conjoint, leur travail, leur famille. Ce sont des gens qui connaissent une succession de calamités : maladie, décès, divorce, licenciement… Beaucoup arrivent en disant qu’on leur a jeté un sort. » Et pour conjurer ce sort (ou la croyance en ce sort), ils s’adressent à Henri Caffart. « Notre rôle est d’écouter ces gens et d’aider la personne à se remettre debout. (…) L’exorciste doit aider les gens à faire sortir leur mal être et leur souffrance. » Le Malin se révèle donc souvent être un mal être. Mais là encore, peu importe l’origine du mal. Les problèmes du commun des mortels, Henri Caffart connaît bien : il a été prêtre ouvrier, syndicaliste, visiteur dans les prisons (lire ci-contre)… Il sait donc le bien et le réconfort que peut apporter une écoute. « A l’issue de l’entretien, je leur demande ce qu’ils en pensent. Ils me disent qu’ils ont été écoutés et qu’ils se sentent apaisés et soulagés. »

Oui, de l’écoute, tout simplement. Une rencontre parfois, plusieurs si nécessaire, pour apaiser ces personnes. Henri Caffart sourit : « Un jour, une femme m’a dit : ” vous êtes le psychiatre du bon Dieu ” ». Il y a du vrai. Psy, assistant social, tout cela à la fois, emprunt naturellement d’une dimension spirituelle.

(*) Evêque lyonnais du deuxième siècle après J. C., Saint Irénée était réputé pour son don de la conciliation.

Contacs : Service Saint François du diocèse de Lille, 03 20 31 32 77. Service Saint Irénée du diocèse d’Arras, 03 21 43 48 62 Ce service est naturellement gratuit et garantit l’anonymat des personnes.

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