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DailyUne | Réalités Par | 23H00 | 10 février 2009

Michael Dumont, 26 ans, agriculteur d’aujourd’hui (2)

C’est un métier sans RTT, aux revenus aléatoires et aux conditions de travail difficiles. A 26 ans, Michael Dumont a pourtant choisi la profession d’agriculteur en intégrant le GAEC (groupement agricole d’exploitation en commun) familial de Sercus, en Flandre. A quelques jours de l’ouverture du Salon de l’agriculture parisien, DailyNord a choisi de suivre le jeune homme dans ses activités hivernales entre traite, triage de pommes de terre et travaux divers de la ferme. L’occasion, en compagnie des autres membres de sa famille, de découvrir un métier finalement méconnu et en pleine mutation. Deuxième article de cette série avec le petit-déjeuner familial.

Le jour n’est pas encore levé sur la Flandre. Nadège, la sœur, a repris la voiture, elle reviendra plus tard. Michael entre dans la maison avec sa mère, Marie-Annick. Dans la cuisine, à la grande table, c’est Régis, le père. Lui s’est installé en 1979, à la suite de ses parents. Alors, forcément, il est heureux que son fils reprenne l’exploitation de 190 hectares en GAEC

avec sa sœur et son beau-frère. « On est content de voir qu’il a envie de reprendre la ferme. En plus, avec sa sœur et son beau-frère, ils pourront s’organiser pour se relayer, ce que nous, en couple, nous ne pouvions évidemment pas faire. » Un boulot sûr agriculteur ? « On dépend des cours, du temps, mais franchement, à l’heure actuelle, vous croyez qu’il serait mieux en ingénieur ou dans l’automobile ? Il n’y a aucun boulot sûr maintenant. »

DES DISTANCES ET DES RENDEMENTS MULTIPLIES

Pendant que le café finit de passer, on évoque les trente dernières années. « Oui, ça a changé, confirme le couple, pendant que Michael est déjà reparti à l’étable pour accueillir l’inséminateur. Notre chance a été de savoir se moderniser et vivre avec son temps. On a toujours eu des idées, nous comme les parents, donc la génération qui suit récupère une situation saine. » Ce qui a changé ? Les pommes de terre par exemple, une de leurs principales activités : « Du temps de mes parents et de notre installation, les pommes de terre étaient vendues à Paris. Ensuite, c’était en Corse et sur la Côte-d’Azur. Maintenant, elles sont expédiées en Espagne et au Portugal par camion. » Des distances qui s’allongent. Des rendements qui se multiplient : « En 1900, la moyenne au niveau national était de 10 quintaux de blé. Maintenant, c’est 70. Idem pour la production laitière : 3 000 litres par bête chaque année, il y a encore quelque temps. Maintenant, c’est 10 000. » Grâce – ou à cause selon les goûts -  aux évolutions de la science et à la recherche agricole…

« Mes meilleures années, c’était la décennie 1980, continue Régis. Il n’y avait pas la PAC (Politique agricole commune) et les installations se modernisaient. Maintenant, tout est fort bureaucratique. » « On a énormément de soucis administratifs, renchérit sa femme. Maintenant, le soir, une fois la journée de travail finie, il faut penser à tout ça… »

L’AUTRUCHE POUR SURVIVRE

Michael revenu à la table du petit-déjeuner, la discussion continue. Sur un drôle de sujet. L’autruche. « Oui, je vous promets, on en a fait. C’était juste après la vache folle en 98-99.

On voulait remplacer le bœuf, l’autruche était bien vue. On a eu un élevage. » De 15 à 20 bêtes pendant quatre ans. Une attraction dans le coin. « Il y avait des gens qui venaient voir. On nous a même proposé de monter une sorte de musée. Mais ça devenait trop compliqué, puis ce n’était pas notre métier. »

Comme leur métier ne consiste pas à être constamment pendu aux cours agricoles, pourtant l’une des premières activités quotidiennes de Régis (notre deuxième photo). Et ces derniers mois sont stressants. Les cours du blé dégringolent. Moitié prix par rapport à 2007. « On ne sait jamais quand vendre », pestent de concert père et fils. « D’ailleurs, lors de mes stages, on doit apprendre à identifier nos bénéfices et remplir les cases, ajoute Michael. On ne sait jamais quoi mettre. » La faute à l’Europe ? En grande partie. Mais aussi à une faiblesse du pouvoir d’action : « Allez manifester devant la coopérative de lait, vous manifestez aussi contre vous. Autant brandir une banderole dans sa cour ! » « Puis bloquer l’autoroute, ça ne sert à rien », continue Michael. Régis, lui, se souvient : « En 1968, mon père et son syndicat avaient démonté les rails de chemin de fer à Strazeele. Là, ça avait bougé. » « De toute façon, avec toutes les contraintes administratives et législatives, tous les petits vont disparaître », conclut Marie-Annick.

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Pour consulter le premier volet de cet article, rendez-vous sur Michael Dumont, 26 ans, agriculteur d’aujourd’hui (1).

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