Lire cet article" />

DailyUne | Petite histoire Par | 23H00 | 09 février 2009

Le petit musée de Frédo

A Loos-en-Gohelle (près de Lens), le musée Alexandre Villedieu raconte la Grande Guerre d’une singulière façon : à partir des objets retrouvés dans la campagne environnante, il exhume des histoires de soldats. Un musée sans prétention dévolu au quotidien des hommes de la Grande Guerre.

C‘est un musée où rien ne brille. Où on ne rencontre aucun trésor inestimable. Où les objets les plus communs occupent une place identique à d’autres plus rares. Un musée où l’on explique davantage que l’on expose. Ici, les fusils Lebels ou le corned-beef côtoient des godasses au cuir racorni et des douilles de toutes nationalités. Le petit musée de l’association « Sur les traces de la Grande Guerre » montre les objets tels qu’ils sont déterrés dans la campagne environnante : oxydés, brisés, difformes, souvent méconnaissables. « Ce n’est pas un musée ordinaire » sourit Alfred Duparcq dit « Frédo » à l’initiative du projet en 1996.
Frédo (bientôt 80 printemps) récupère tout ce que la campagne loossoise peut receler de vestiges de la Grande Guerre. Des souvenirs sans valeur au premier abord. Mais les gamins des écoles apprendront qu’ils ne doivent pas jouer avec ces sphères totalement oxydées aux allures inoffensives de boules de pétanque (« elles renferment du gaz ou de la poudre ») ; leurs aînés, eux, découvrent un morceau de Grande Guerre dissimulé en chaque objet. Car l’intérêt du musée n’est pas dans la contemplation de ces reliques, mais bel et bien dans sa visite guidée. En témoignent les mots (souvent en anglais) laissés dans le livre d’or par quelques uns des mille visiteurs annuels. Comptez 1h30 minimum pour parcourir ce musée confiné à l’étage de la salle des fêtes communale : Frédo n’est jamais à cours d’anecdotes.

Les objets racontent

Collectionneur ? Le sémillant septuagénaire l’est sans doute un peu. Mais la démarche est plus ambitieuse. « Chaque objet est une histoire d’homme », répète-t-il volontiers. « Ce n’est pas l’histoire de la Grande Guerre, mais l’histoire des hommes de la guerre.  C’est l’être vivant qui nous intéresse. Qu’il soit français, allemand, britannique, irlandais… ». Alexandre Villedieu, qui a donné son nom au musée, illustre à lui seul la démarche (lire ci-dessous).

“L’encre d’origine”

Alexandre Villedieu ? Inconnu au dico. Frédo aime raconter cette histoire démarrée à partir d’un stylo Waterman exhumé en 1996. Avec sa plume d’or, son intérieur en bronze, le stylo est en parfait état : « Il écrivait avec l’encre d’origine ! », s’exclame encore Frédo. A force de recherches, le stylo va se mettre à parler et à raconter l’histoire de son propriétaire : un certain Alexandre Villedieu issu d’une famille aisée lyonnaise. Quoique réformé en 1911 pour tachycardie, il sera rappelé sous les drapeaux en 1915 et versé comme simple soldat dans le premier régiment d’infanterie coloniale avant de tomber quelques mois plus tard sur le sol artésien à l’âge de 28 ans.

Montrer des hommes et non des héros derrière ces reliques de 14-18 demeure une idée fixe chez Frédo. Alexandre Villedieu est un de ces soldats. James Brown, un reporter anglais tombé le jour de ses 20 ans, en est un autre. Ses restes exhumés lors d’un chantier en 2001 ont pu être identifiés et son parcours reconstitué. Ces histoires sont rares et forcément précieuses.
Frédo ne parle pas du Poilu ou du Tommie en général : il évoque des histoires personnelles de combattants. Comme ce soldat qui échappe miraculeusement à la mort : ses camarades sont tués, lui est protégé par un vulgaire morceau de bois. Il en confectionnera un baudrier et sortira de la guerre sans une égratignure. On apprendra plus tard que ce morceau de bois était en réalité un morceau du retable de l’église de Loos.

Histoire et anecdotes

La visite du musée est ainsi une succession d’anecdotes qui éclairent cette Grande Guerre et son arsenal d’absurdités mieux que n’importe quel livre. Naturellement, au fil de la visite on touche du doigt la grande Histoire à travers les trois batailles (pour ne pas dire boucheries) loossoises. On apprend par exemple que 12 000 Canadiens lors de la troisième bataille de Loos (15 août 1917), séjournèrent à dix mètres de profondeur dans des souterrains pendant quinze jours en attendant une attaque sans cesse repoussée. Quelque 9 000 furent tués ou portés disparus : le plus jeune avait à peine 15 ans… Difficile à imaginer. Les dizaines et dizaines d’inscriptions laissées par ces soldats durant leur séjour dans le sous-sol loossois permettent alors d’aller au-delà du simple fait de guerre. Il ne s’agit plus de 9 000 soldats quelconques, mais de 9 000 Alexandre Villedieu, John Brown et autres gamins de vingt ans.

Le musée Alexandre Villedieu est ouvert sur rendez-vous. Contact : Association Loos Sur les traces de la Grande Guerre. Durant la belle saison, l’association propose aussi une lecture du paysage de la Grande Guerre à travers des circuits de balades dans les environs.
Renseignements : 03 21 70 59 75 / 03 21 28 99 82. Courriel : a.villedieu@wanadoo.fr Internet: http://pagesperso-orange.fr/asso.sltdlgg/

Un peu plus de DailyNord ?

Réagir à cet article

La rédaction de DailyNord modère tous les commentaires, ce qui explique qu'ils n'apparaissent pas immédiatement (le délai peut être de quelques heures). Pour qu'un commentaire soit validé, nous vous rappelons qu'il doit être en corrélation avec le sujet, constructif et respectueux vis-à-vis des journalistes comme des précédents commentateurs. Tout commentaire qui ne respecterait pas ce cadre ne sera pas publié. Evidemment, DailyNord ne publiera aucun contenu illicite. N'hésitez pas à avertir la rédaction à info(at)dailynord.fr (remplacer le "at" par "@") si vous jugiez un propos ou contenu illicite, diffamatoire, injurieux, xénophobe, etc.

Les articles de DailyNord les...

Bienvenue dans la ville la plus étrange des Hauts-de-France

L'une des avenues de la zone moderne. Photo : DailyNord

Elle pourrait loger 5 000 personnes, mais cette ville n'aura jamais d'habitants. Découvrez pourquoi.

media-contact

Les vraies raisons de la baisse de fréquentation du Louvre-Lens

louvre-lens-1

Baisse de fréquentation, impacts économiques limités sur le Lensois, DailyNord a enquêté sur le Louvre-Lens. Une enquête en trois volets à consommer sans modération.

lacompagniecrayonne

Comment le Conseil régional compte affaiblir les associations écologistes

Californie avril-mai 2016

Baisse de subventions ou coupures sans préavis, DailyNord révèle comment le Conseil régional des Hauts-de-France a l'intention d'affaiblir les associations qui gravitent autour de l'écologie et de l'environnement. Retrouvez notre enquête.

newsletter-abonnement

Pour ne plus jamais louper un excellent article de DailyNord

L’unique et le seul dictionnaire officiel du Nord – Pas-de-Calais

La madouille (et non la magouille) entre officiellement dans notre petit dico décalé du Nord-Pas-de-Calais. Crédit photo Dailynord.

Retrouvez toutes les définitions du Petit dico décalé du Nord - Pas-de-Calais

Les livres avec Eulalie

Logo CRLL

Mais qu’est-ce que vous êtes en train de lire ?

dailynord-min2

>>> Découvrez le DailyProjet

Partenaire

safetex