Gilles Guillon, le Monsieur Polar du Nord
Considérée comme une gageure il y a trois ans et demi, la collection Polars en Nord s’est imposée dans le domaine de l’édition régionale et même au-delà. Un succès rendu possible par la persévérance de Gilles Guillon, ancien journaliste et désormais le « Monsieur Polar » au nord de Paris.
Les sceptiques étaient nombreux. « J’avais déjà proposé cette collection dans un autre cadre, se souvient Gilles Guillon, installé dans son bureau de Villeneuve-d’Ascq. On m’a répondu que ça ne marcherait jamais. Vous comprenez : du polar, une sous-littérature, de surcroît régionale, c’est-à-dire la lie de la lie et impubliable, ce n’était pas possible… »Pourtant, fidèle à la ligne de conduite qui l’a animé durant sa carrière de journaliste (FR3 à Lille, créations d’un magazine de sports automobiles, puis du bimestriel Pays du Nord), l’homme persévère : au point de franchir le pas il y a maintenant plus de trois ans.
« Très vite, j’ai été contacté par Ravet-Anceau (maison d’édition connue pour ses plans et cartes, Ndlr). Ils voulaient développer un secteur livres grand public. Les polars régionaux s’intégraient à cette démarche, même si je les soupçonne de s’être dit qu’ils allaient me laisser faire trois romans et puis passer à quelque chose de plus sérieux. »
LE QUARANTIEME TITRE SORT DES PRESSES
Résultat en ce début d’année 2009 : le quarantième titre de la collection Polars en Nord (Mort sur la Lys de Léo Lapointe, le même qui avait signé le numéro 1, Le Vagabond de la Baie de Somme) est sur le point d’être distribué chez les libraires. Et surtout la collection s’est exportée : « En Rhône-Alpes, sous le nom de Polars en région. Nous avons déjà six titres », continue Gilles Guillon. Avec des chiffres de vente à faire pâlir certains éditeurs régionaux : « Les best-sellers sont à environ 7 000 exemplaires. La moyenne est plutôt de 3 000 à 4 000 exemplaires. »
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Qui sont les auteurs ?
Des enseignants, en activité ou à la retraite. C’est le principal corps de métier des auteurs de Polars en Nord. Mais pas seulement : « Nous avons des auteurs qui viennent d’horizons divers, explique Gilles Guillon. Un psychiatre, un directeur d’hôpital, un comédien, un comptable, un policier, un chef d’entreprise. » Avec une moyenne d’âge de plus de 50 ans pour la majorité, le plus jeune allant sur ses 30 ans, le plus âgé sur les 80. La jeunesse, un frein pour intégrer la sélection de l’éditeur : « Je reçois des manuscrits d’auteurs ayant 20-25 ans, mais c’est rarement bien écrit. A croire qu’il faut une expérience de la vie pour raconter des choses intéressantes… » |
Flandre noire, L’Affaire du boucher du Vieux-Lille, Maryline de Boulogne, Enquêtes à Saint-Quentin, on l’aura compris, le succès de la collection passe en partie par son ancrage régional : « Pas la peine de m’envoyer un manuscrit en me disant que l’on passe ses vacances dans la Baie de Somme ! » Mais aussi par une sélection sévère, « forcément subjective », se permettant parfois un grand écart : « Il y a du roman policier classique, du glauque, du polar humoristique. Mais les lecteurs me font maintenant confiance. » Ajoutez à cela des caractéristiques de production plus terre à terre (« Le prix entre 8 et 12 euros ainsi que la très bonne impression et réalisation ») et le triptyque est complet.
« ILS M’ENVOIENT LE MANUSCRIT EN PREMIER »
Autre preuve de l’engouement autour de cette collection : désormais, certains auteurs ne passent même plus par la case Flammarion ou Gallimard pour proposer leurs manuscrits. « Au début, ils tentaient leur chance. Attendaient. Puis rien au bout. Désormais, ils me l’envoient en premier. » Et la notoriété de Polars en Nord dépasse même la région : « En novembre, j’étais à Lyon pour un salon du Livre. On avait emmené quelques Polars en Nord. A mon grand étonnement, ils sont partis. Soit parce que ces gens avaient vécu dans la région, soit parce que la localisation ne les intéressait pas plus que ça. »
Pari réussi alors pour celui qui se dit fan dans le domaine du polar de James Ellroy, Maurice Dantec et Daniel Pennac. Au point que la ligne de conduite qui le guide depuis ses débuts de journaliste va changer un peu : « Je m’étais dit : ‘ je reste trois ans et après je change’. Ça fait trois ans et demi, je crois que je vais continuer encore quelques années. » Tant mieux pour le polar.
Retrouvez les titres de la collection sur www.ravet-anceau.fr
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